La masterclasse sur l'interprétation historiquement informée d'Yves Henry au Nohant Festival Chopin, qui se tient chaque été, aux mois de juin et juillet. ©Radio France - Suzana Kubik
La masterclasse sur l'interprétation historiquement informée d'Yves Henry au Nohant Festival Chopin, qui se tient chaque été, aux mois de juin et juillet. ©Radio France - Suzana Kubik
La masterclasse sur l'interprétation historiquement informée d'Yves Henry au Nohant Festival Chopin, qui se tient chaque été, aux mois de juin et juillet. ©Radio France - Suzana Kubik
Publicité
Résumé

C’est l'un des festivals de musique classique les plus anciens en France. Le Festival Chopin, niché depuis cinquante-six ans au cœur du Berry, à Nohant, sur les terres de George Sand.

En savoir plus

Ce festival dédié à la musique romantique à la mémoire du compositeur qui y a composé les deux tiers de son œuvre est aussi un laboratoire. Dans le cadre de son Académie, les jeunes pianistes y découvrent l'interprétation historiquement informée sur les pianos anciens. Et ils, elles redonnent vie à un son et à un savoir-faire oublié.

En poussant la porte de l’auditorium du théâtre de la Châtre, petite bourgade voisine de Nohant, on est tout de suite plongé au cœur du sujet. Deux pianos se dressent sur la scène : un de facture moderne, et un autre, son ancêtre, un Pleyel restauré de 1839. Il aurait pu appartenir à Chopin.

Publicité

"Pour un jeune musicien d'aujourd'hui, avoir la chance de jouer sur un piano de l'époque de Chopin, c'est exceptionnel. C'est très rare. Souvent, ces instruments sont dans des musées ou inaccessibles ou hors d'usage." explique Yves Henry, spécialiste des pianos anciens et président du festival Chopin. Dans le cadre de l’Académie du festival, il anime des masterclasses pour les jeunes pianistes sur l’interprétation historiquement informée.

"Le piano de l'époque de Chopin est un piano de proximité. À l'époque, on joue dans des salons très petits où il y a un public privilégié qui est autour du piano. Des instruments de l’époque de Chopin permettent de mieux comprendre sa musique."

Le président du Festival de Chopin et spécialiste des pianos anciens Yves Henry au piano Pleyel de 1846
Le président du Festival de Chopin et spécialiste des pianos anciens Yves Henry au piano Pleyel de 1846
- PA Allard

Eve-Mélodie Salomé a choisi d’interpréter le Nocturne en Ré b majeur. Diplômée du Conservatoire supérieur de Paris, c’est la première fois qu’elle joue sur un piano d’époque :

"L’instrument ancien nécessite un toucher plus doux, plus raffiné, la sonorité change beaucoup, on sent aussi les limites de l’instrument. Le nocturne que j’ai joué se prêtait bien au pianoforte et j’avais plus de facilité, même si je ne connaissais pas l’instrument, d’essayer de le faire sonner le mieux possible."

Un son indissociable d’un savoir-faire artisanal

Le piano de l’époque de Chopin, c’est un son et une facture instrumentale en plein essor, dont Paris est la capitale mondiale et Nohant une sorte de laboratoire. Au cours des sept étés que Chopin y passe aux cotés de Georges Sand, la maison Pleyel lui met à disposition ses nouveaux modèles. Pour valoriser ce patrimoine, le festival Chopin expose les instruments restaurés de sa collection dans la maison devenue musée de la romancière. Nous en profitons pour faire un bond dans le passé. Virginie Cherrier est guide au Domaine de Nohant.

"Le premier piano Pleyel qui arrive ici en 1839 est loué par Georges Sand pour Chopin pour lui faire une surprise. Par la suite, différents pianos vont se succéder que Chopin prend un soin jaloux de bien choisir. Ces pianos vont évoluer aussi en fonction de l’œuvre de Chopin, cela permet à Chopin de bien comprendre le piano, et quand il retourne à Paris, il va pouvoir le vendre auprès de ses élèves. Pleyel joue le rôle de facteur et d’éditeur de Chopin, et Chopin est son commercial."

Le salon de la maison de George Sand avec une réplique du pianino Pleyel de 1849
Le salon de la maison de George Sand avec une réplique du pianino Pleyel de 1849
- Pascal Lemaître-Centre des monuments nationaux

Les ateliers de Camille Pleyel tournent à plein régime. Un millier de pianos par an, 300 employés, un savoir-faire unique, un rayonnement international. Mais le vent tourne. Les grandes salles de concert qui demandent un piano beaucoup plus puissant sonnent le glass du pianoforte. Aujourd’hui, alors qu’un Stradivarius se chiffre en millions d'euros, les pianos anciens n'ont aucune valeur marchande, nous explique Amerigo Olivier Fadini, facteur des instruments à clavier et spécialiste des pianos de l'époque de Chopin.

"Tous ces pianos ont deux cents ans, presque tous ont été remaniés par les gens incompétents ou mal informés. Même chez Pleyel au début du siècle, ils n’avaient aucun esprit de conservation. Ils prenaient des pianos de l’époque de Chopin qu’ils transformaient."

Il faut rappeler aux gens qu'en faisant des grands concerts sur les pianos contemporains en honneur de Chopin, c'est un peu le trahir, nous dit Amerigo Olivier Fadini. Une prise de conscience qui fait son chemin : depuis 2018 le célèbre concours Chopin de Varsovie par exemple, intègre les instruments anciens. Un renouveau qui passera par la jeune génération.