Daniyar Dosdiyarov, militant du Parti démocratique interdit par les autorités a été arrêté, torturé.
Daniyar Dosdiyarov, militant du Parti démocratique interdit par les autorités a été arrêté, torturé.
Daniyar Dosdiyarov, militant du Parti démocratique interdit par les autorités a été arrêté, torturé. ©Radio France - Thibault Lefèvre
Daniyar Dosdiyarov, militant du Parti démocratique interdit par les autorités a été arrêté, torturé. ©Radio France - Thibault Lefèvre
Daniyar Dosdiyarov, militant du Parti démocratique interdit par les autorités a été arrêté, torturé. ©Radio France - Thibault Lefèvre
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Résumé

Dix jours après des manifestations pacifiques sévèrement réprimées par le pouvoir, le Kazakhstan compte ses morts – 225 selon les autorités – et ses disparus. Le régime de Kassym-Jomart Tokaïev met tout en œuvre contre l'opposition démocrate, y compris la torture. Témoignages à Almaty.

avec :

Arthur Gerbault (Technicien de reportage à Radio France), Thibault Lefèvre (Reporter).

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Il est très maigre, peine encore à marcher, son regard noir, soutenu par de profondes cernes, est incisif. Il ne cligne pas des yeux, et quand il serre la main, ses doigts moites se dérobent sous la pression de la douleur.

"Ils m’ont frappé les mains avec une matraque et un marteau. Regardez, elles sont maintenant couvertes de bleus", témoigne Daniyar à Almaty, la plus grande ville du pays et son ancienne capitale. Entre son arrestation le soir du 4 janvier, et sa libération, il y a cinq jours, ce militant démocrate a été torturé quotidiennement, pendant trois heures.

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Danyar Dosdiyarov, militant du Parti démocratique interdit par les autorités a été arrêté, torturé.
Danyar Dosdiyarov, militant du Parti démocratique interdit par les autorités a été arrêté, torturé.
© Radio France - Thibault Lefèvre

"Les policiers nous ont complètement déshabillés puis ils nous ont recouvert la tête avec des sacs en toile et frappés. Ils nous ont menottés puis descendu dans les caves. On était huit dans la cellule. Ils ont aussi utilisé un pistolet à impulsions électriques. Le pire, c’est quand ils m’ont penché en avant et qu’ils m’ont mis des coups dans les organes génitaux."

On entendait les cris de ceux qui étaient torturés. Puis quand ils m’ont remonté, j’ai vu des gens inconscients et ça puait le sang.

Détentions arbitraires

Depuis trois ans, Daniyar milite pour le Parti démocrate du Kazakhstan, considéré comme illégal par le pouvoir. Le soir du 4 janvier, il est sorti manifester, et il assure qu’à aucun moment il n’a eu l’intention de commettre des violences. "Je ne m’en suis jamais pris aux policiers."

À cause de l’augmentation des prix, les manifestations ont commencé à Janaozen, puis dans tout l’ouest du pays. À Almaty, on voulait s’adresser pacifiquement au gouvernement. Nous n’avons jamais appelé le peuple au soulèvement ou à s’attaquer à la police. Le régime de Kassym-Jomart Tokaïev c’est la même dictature que celle de son prédécesseur Noursoultan Nazarbaïev, rien n’a changé.

Danyar Dosdiyarov, militant du Parti démocratique kazakhstanais, a été arrêté lors d'une manifestation le 4 janvier à Almaty puis torturé pendant une semaine.
Danyar Dosdiyarov, militant du Parti démocratique kazakhstanais, a été arrêté lors d'une manifestation le 4 janvier à Almaty puis torturé pendant une semaine.
© /Radio France - Thibault Lefèvre

Daniyar est assigné à résidence pendant deux mois. Pour le moment, aucune charge n’a été retenue contre lui.

"Ne vous inquiétez pas pour moi, je suis depuis vingt ans dans l’opposition, j’ai 60 ans et je n’ai pas peur", déclare, elle, Bakhytzhan Toregozhina. Cette activiste pro-démocratie a choisi un parc du centre ville d’Almaty pour livrer son témoignage. Elle a l’habitude de fuir les oreilles du régime, mais elle ne peut rien faire pour éviter ses yeux. "La dame là-bas, elle est passée avec une poussette et elle a discrètement pris une photo."

Disparitions en masse

Depuis dix jours, Bakhytzhan Toregozhina recense méthodiquement, les cas de disparitions suspectes. Sur sa liste, il y a aujourd’hui plus de 500 noms.

"Esmurzayeva Janna d’Aktobe, Jagiparov Yerlan… Ce sont des activistes que je connais bien, je peux prouver qu’ils ne sont pas terroristes. Comme le gouvernement n’en trouve pas, ils arrêtent n’importe qui et ils essaient de prouver qu’il est coupable."

Nous avons l’habitude que le gouvernement nous mente, c’est comme ça depuis trente ans. Il faut immédiatement travailler pour chercher la vérité parce qu’après, c’est trop tard, les preuves disparaissent. Je vais écrire une lettre au président de la République pour exiger leur libération.

À 60 ans, Bakhy tzhan Torego Zhina n'a plus peur de rien. Cette activiste pro-démocratie témoigne à visage découvert.
À 60 ans, Bakhy tzhan Torego Zhina n'a plus peur de rien. Cette activiste pro-démocratie témoigne à visage découvert.
© Radio France - Thibault Lefèvre

Le président Kassym-Jomart Tokaïev, et son gouvernement, qui ont organisé la contre-offensive médiatique, avec l’ouverture soudaine des frontières aux journalistes étrangers puis la mise à disposition quotidienne d’experts ou d’officiels triés sur le volet.

Parmi eux, Bolat Nurgaliyev. "Je suis un diplomate de carrière, et j’ai notamment travaillé pour le ministère des affaires étrangères de l’Union soviétique." Il déroule son impressionnant CV puis explique les raisons qui ont poussé l’exécutif à violemment faire taire les oppositions.

"Je me souviens quand j’étais enfant, dans les années 1960. Nous regardions les troubles à Paris avec les CRS qui utilisaient les mêmes méthodes, comme en temps de guerre. D’abord, tu disperses la foule et ensuite, tu vois qui est coupable et qui ne l’est pas."

La situation était désespérée et c’est la survie de l’État qui était en jeu.

Les autorités kazakhstanaises ont détenu, au plus fort de la contestation, jusqu’à 12 000 personnes. Il y aurait encore aujourd’hui dans les geôles du pays 2 000 prisonniers qui attendent d’être jugés ou libérés…

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Références

L'équipe

Arthur Gerbault
Collaboration
Thibault Lefèvre
Journaliste