Des avocats de parties civiles entrent dans la salle d’audience de la cour d’assises spéciale de Paris
Des avocats de parties civiles entrent dans la salle d’audience de la cour d’assises spéciale de Paris
Des avocats de parties civiles entrent dans la salle d’audience de la cour d’assises spéciale de Paris ©Radio France - Florence Sturm
Des avocats de parties civiles entrent dans la salle d’audience de la cour d’assises spéciale de Paris ©Radio France - Florence Sturm
Des avocats de parties civiles entrent dans la salle d’audience de la cour d’assises spéciale de Paris ©Radio France - Florence Sturm
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Résumé

À l’heure de leurs plaidoiries, prévues sur neuf jours, une grande partie des avocats a fait le choix d’un travail collectif et a renoncé à prendre la parole devant la cour d’assises spéciale de Paris.

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Après 125 jours d’audience pour le procès des attentats du 13 novembre 2015 qui ont fait 130 morts au Bataclan, au stade de France et sur les terrasses parisiennes, l’heure est aujourd’hui aux plaidoiries des parties civiles. Elles sont plus de 2 500 et les avocats qui les représentent 327 dans ce procès hors norme. Dès le début de l’instruction, plusieurs d’entre eux ont créé un groupe pénal pour un travail de coordination qui s’est déjà traduit tout au long de l’audience et qui débouche aujourd’hui sur une organisation inédite, plus de 150 avocats ayant accepté de ne pas plaider, avec l’accord de leurs clients, victimes et proches de victimes.

Elles sont venues nombreuses à la barre, dire leurs souffrances, la perte d’un proche, les séquelles de l’attentat. Devant l’afflux de nouvelles demandes, leurs avocats ont même décidé de leur offrir une journée de plus, vendredi dernier, prise sur les 10 prévues pour les plaidoiries qui débutent aujourd’hui sous le signe de la coordination… Frédérique Giffard, avocate des parties civiles : "Ce qu'on essaie de faire, c'est de trouver une alternative intelligente à la succession de plaidoiries classiques. Donc on essaie de plaider sur des thèmes."

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Contourner ainsi les inévitables répétitions, mais faire en sorte, insiste Frédéric Bibal, avocat des parties civiles, que chacune des victimes se retrouve, individuellement dans ces plaidoiries :

"L'idée, c'est d'arriver à refléter à la fois un destin commun qui est celui de ces victimes après les attentats et en même temps de rendre compte des parcours individuels puisqu'il y a autant de parcours que de victimes. Il y a aussi un point qui préoccupe beaucoup l'équipe des avocats qui travaillent sur ces plaidoiries, c'est la question des personnes absentes. Il y a beaucoup de victimes qui ne sont pas venues au procès ou qui sont restés avec la web radio par exemple, qui a eu pas mal de succès. On se pose la question de savoir quelle parole elles attendent et comment représenter les personnes qui, en réalité, n'étaient pas visibles dans ce procès."

Questionnements sur le groupe État islamique, la radicalisation, l’aspect pénal du dossier, les parcours des victimes, les blessures physiques et psychiques qu’elles ont subies : autant de thématiques transversales, comme celle choisie par Helena Christidis, avocate des parties civiles :

"Je plaide sur la thématique des enfants. Thématique qui m'importe énormément, qui me touche particulièrement. Ce sont les enfants qui étaient présents, d'autres qui ont effectivement perdu un de leurs parents, d'autres qui ont vu revenir aussi leurs parents, mais avec un stress post-traumatique assez important. Et puis, il y a aussi ceux qui ne naîtront jamais, parce que les parents ont décidé finalement de faire une croix sur la parentalité."

Mais comment dire à une victime que son avocat ne prendra pas la parole à l’audience ? "On a dit à personne de ne pas plaider. Tous les gens qui ne plaident pas sont évidemment complètement volontaires et en adhésion à cette entreprise collective." poursuit-elle.

Sur les 150 plaidoiries attendues, quelque 70 avocats vont donc intervenir à titre individuel, tandis que plus de 170 y ont renoncé, en acceptant d’intégrer et de confier la parole de leurs clients à d’autres de leurs confrères… Frédéric Bibal :

"Ce qui est de toute façon remarquable dans ce procès, c'est la place qui a été donnée à la parole des victimes. Tout l'enjeu pour nous, les parties civiles, c'est de ne pas cantonner les victimes lorsqu'elles sont entendues par la cour, à une simple place mémorielle ou d'hommage. C'est très bien de rendre hommage aux victimes, mais l'idée, c'est d'aller au delà de ça et de faire en sorte que ce qu'elles ont subi soit précisément intégré dans le processus pénal, ce qui est autre chose que d'en rester au stade de l'hommage."

Neuf jours de plaidoiries en perspective pour les parties civiles, avant de céder la place au parquet national antiterroriste. Dans ce procès hors normes, le réquisitoire va prendre trois journées entières. Verdict attendu le 29 juin prochain.

Retrouvez notre dossier : Au cœur du procès des attentats du 13 novembre 2015