Jean-Philippe Boulay, viticulteur bio à Touzac, en Charente, le 21 juin 2022.
Jean-Philippe Boulay, viticulteur bio à Touzac, en Charente, le 21 juin 2022. ©Radio France - Anne-Laure Chouin
Jean-Philippe Boulay, viticulteur bio à Touzac, en Charente, le 21 juin 2022. ©Radio France - Anne-Laure Chouin
Jean-Philippe Boulay, viticulteur bio à Touzac, en Charente, le 21 juin 2022. ©Radio France - Anne-Laure Chouin
Publicité

Que change l'agroécologie au travail agricole ? Un projet de recherche sur le sujet est en train d'être mené par le centre de sociologie de l'université de Bordeaux : le projet "Trasad" qui se concentre sur la viticulture en Champagne, en Nouvelle Aquitaine et en Occitanie.

Cela fait bientôt quarante ans que Jean-Philippe a passé ses vignes en bio, un changement radical de ses pratiques agronomiques et de son travail de vigneron. Cette conversion agroécologique, il l'a initiée à la suite d'une maladie "causée par les pesticides". "C'était soit j'arrêtais tout, soit je continuais en bio", explique Jean-Philippe, un des pionniers de la bio dans ce vignoble produisant du Cognac. Il fait aussi partie de la quarantaine de vignerons et de salariés agricoles interrogés dans le cadre du projet Trasad, un projet de recherche initié par la MSA (Mutuelle Sociale Agricole), et porté par le centre de sociologie Emile Durkheim de l'université de Bordeaux.

Retrouver un "bien-être mental" au travail

Un projet pour lequel des sociologues et spécialistes de l'agroécologie des universités de Bordeaux, Poitiers, Toulouse ou encore Champagne-Ardenne essayent de comprendre comment se transforment les conditions de travail dans les exploitations qui ont choisi la transition agroécologique, une transition inscrite comme objectif de la Loi d'avenir agricole de 2014.

Publicité
Ibrahima Diallo, Benoit Leroux, Delphine Thivet et Océane Minard Carneiro, chercheurs associés au projet Trasad, université Montaigne, Bordeaux 20 juin 2022
Ibrahima Diallo, Benoit Leroux, Delphine Thivet et Océane Minard Carneiro, chercheurs associés au projet Trasad, université Montaigne, Bordeaux 20 juin 2022
© Radio France - Anne-Laure CHOUIN

Leur recherche doit se poursuivre, mais les premiers enseignements montrent que si la charge de travail augmente souvent pour les salariés et les exploitants, qui doivent prêter plus d'attention aux sols, la dimension de ce travail change. Un certain "bien être mental" lié à la fierté de retrouver du sens et de l'autonomie dans le travail se fait jour. Par ailleurs, les processus de transition agroécologiques s'accompagnent souvent d'un réapprentissage nécessaire, souvent auprès des pairs ou des conseillers techniques. Les formations agricoles traditionnelles, par exemple, ne délivrent pas ou peu de formations à la bio. Les salariés agricoles, souvent invisibilisés, tendent à ne trouver que peu de différences entre le travail en conventionnel et le travail en bio. La différence se fait plutôt entre petites et grandes exploitations.

Ce projet de recherche vise aussi à évaluer les conséquences des conversions sur la santé des travailleurs de l'agriculture. Et il pointe déjà des différences entre les conversions à la bio, ou bio-dynamie, d'une part (conversions le plus souvent initiées par le viticulteur lui même), et les conversions au label HVE (Haute Valeur Environnementale), moins exigeant, et plutôt initiées par les coopératives ou maisons de négoces, en vue d'une valorisation marchande.