. ©AFP - Brendan Smialowski
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Résumé

Convaincus que les petits ajustements ne suffisent plus, 150 dirigeants d’entreprises se retrouvent tous les mois pour imaginer de nouveaux modèles. Et formuler des propositions de transformation environnementale. Reportage à Lille.

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Ce jour-là, au programme : "modèles économiques", "impact des activités"...  des conférences, mais aussi des sessions de travail par ateliers pour les 150 dirigeants qui deux jours par mois, pendant un an, se retrouvent pour la "Convention des entreprises pour le climat", la CEC.

Cette initiative est directement inspirée de la Convention citoyenne pour le climat, qui avait formulé 149 propositions. Certains des participants font d'ailleurs partie aujourd'hui de la CEC.
Mais il ne s’agit pas cette fois d’une commande de l’Etat, les participants n’ont pas non plus été tirés au sort.
150 entreprises - représentant au total 240 000 salariés- ont été sélectionnées pour assurer une diversité de taille, de secteurs et de régions. Il fallait aussi que les dirigeants s'engagent à venir deux jours par mois.

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Cette initiative est imaginée et organisée par une équipe de bénévoles. Eric Duverger, l’initiateur du projet, a lui décidé de se mettre en congé sabbatique de son poste chez Michelin. Avec l'idée de participer "de l'extérieur", au changement de modèles.

Et cela commence par la connaissance de l’état des lieux. À la tête des Vedettes de Paris, des bateaux de croisière sur la Seine, Marie Bozzoni fait partie des personnes déjà sensibilisées aux questions climatiques et son entreprise travaille depuis longtemps à l’amélioration de son empreinte environnementale. Dès 2008, elle a obtenu une certification de management environnemental.  
Et pourtant, comme de nombreux participants, elle a été surprise par ce qu'ont expliqué les climatologues lors des premières sessions.  "Cela a été une claque, une vraie prise de conscience de ce qui est en train de se passer. Et puis jusqu'à présent je trouvais ces questions climatiques connotées de manières très militante; L'image de ceux qui parlaient  d'environnement et de climat, c'était plus celle de zadistes que de chefs d'entreprise. J'ai moi-même pu avoir parfois cette impression, ne serait-ce que parce que dans notre environnement professionnel, il n'y avait pas grand monde qui parlait de climat."

Son entreprise a déjà a déjà bien avancé sur les manières de changer la motorisation de ses bateaux pour les rendre moins polluant.
"Au final, l'enjeu auquel notre entreprise va devoir faire face. Ce n'est pas le changement d'énergie et de motorisation. La société risque d'évoluer de telle manière qu'il y aura beaucoup moins de voyages. S'il y beaucoup moins de touristes, j'aurai beaucoup moins de clients. Il faut donc imaginer d'autres offres. Or dans le même temps, aujourd'hui, faire là transformation énergétique de nos bateaux pour aller vers de l'électrique, qui donc n'est qu'un passage nécessaire, une étape, cela représente une année de chiffre d'affaires si on regarde 2019. On est aussi aujourd'hui avec ce dilemme là face à nous et qu'il faut traiter"

C’est là toute la complexité du sujet pour les dirigeants : quel ordre de priorités établir pour changer ses manières des produire, mais aussi ses offres, éventuellement ses partenaires ou clients. Comment trouver les ressources financières ? Que proposer à ceux qui travaillent sur des activités vouées à disparaître?
"Je suis sûr que l’on vendra moins de camions dans le futur. Et ce n'est pas dramatique de vendre moins de camions, explique Christophe Martin, directeur général de Renaut Trucks France. Mais ce qui est important, c'est de faire attention au risque social qu'il y a derrière. Et on ne peut pas d'un revers de main dire "on change tout le modèle" et avoir 5 000 personnes sur le carreau. Ce n'est pas une option, mais il faut préparer cela, en développant des nouveaux produits et services, par exemple." L'entreprise a commencé à reconditionner certains de ses camions, pour leur redonner une seconde vie.  En 2022, Renault Trucks France va reconditionner environ de 400 véhicules, et vendre 13 000 camions neufs "Peut-être que demain, on vendra 6 000 camions neufs et on reconditionnera 6 000 camions d'occasion. Ce sont des services qu'on pourra vendre demain, poursuit Christophe Martin. _On va avoir des véhicules qui fonctionneront avec des batteries, on commence déjà. Or le reconditionnement des batteries pour peut-être leur_s donner une deuxième vie, ce sont des métiers qui n'existent pas aujourd'hui et qu'on doit inventer." 

Ces changements d'organisation sont nécessaires au sein même des entreprises, mais plus largement, ils invitent à repenser les relations entre les acteurs d’un même secteur ou d'une filière.
"Nous commençons à vendre des véhicules électriques. Est-ce que nous devons développer nous-mêmes des infrastructures de recharge ? Ou signer des partenariats avec des acteurs spécialisés là dedans? Dans notre industrie - et c'est vraiment nouveau - il y a a eu des accords, par exemple entre le groupe Daimler Mercedes et le groupe Volvo pour développer des piles à combustible, destinés à des véhicules qui fonctionneront à l'hydrogène. Ce sont donc des investissements communs avec des concurrents. Ce qui était franchement inimaginable par le passé. Mais ces changements d'ordre mental ne sont pas nécessairement évidents : on a toujours travaillé avec les mêmes modèles."

Selon leur secteur d’activités - cela va de l’industrie pétrolière aux tisanes naturelles- les participants sont face à des problèmes plus ou moins vastes et complexes. Mais tous le disent travailler ensemble, leur permet d’imaginer et de faire avancer dans leurs secteurs de nouvelles manière de faire.
La Convention des entreprises pour le climat compte aussi formuler des propositions aux politiques. Participants et organisateurs disent attendent des pouvoirs publics qu’ils favorisent l’accélération des changement dans certains secteurs.