Au conservatoire départemental de Mantes-la-Jolie, les démissions d'élèves représentent 6% des effectifs. Les cours de danse, réservés aux classes à horaires aménagés depuis le 17 février s'attendent à de nombreuses défections. ©Radio France - Cécile de Kervasdoué
Au conservatoire départemental de Mantes-la-Jolie, les démissions d'élèves représentent 6% des effectifs. Les cours de danse, réservés aux classes à horaires aménagés depuis le 17 février s'attendent à de nombreuses défections. ©Radio France - Cécile de Kervasdoué
Au conservatoire départemental de Mantes-la-Jolie, les démissions d'élèves représentent 6% des effectifs. Les cours de danse, réservés aux classes à horaires aménagés depuis le 17 février s'attendent à de nombreuses défections. ©Radio France - Cécile de Kervasdoué
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Résumé

Victimes de fermetures à répétition, d'injonctions contradictoires et de mesures sanitaires fluctuantes, les structures d'enseignements artistiques se vident de leurs élèves. Dans certains établissements, les démissions atteignent 10% des effectifs. Reportage au conservatoire de Mantes-la-Jolie.

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Avec les confinements successifs, des milliers d'élèves des conservatoires et autres structures d'enseignement artistique abandonnent ou risquent d'abandonner leurs activités extra scolaires en musique, en danse ou en théâtre. Un tout nouveau collectif de directeurs d'établissements, Enseignement Artistique en Mouvement, s'est créé en décembre 2020, pour accompagner les structures dans la crise. 

Depuis, un questionnaire-enquête tourne tant dans les conservatoires, les écoles municipales et les associations pour faire le point sur les difficultés liées à la crise sanitaires. En trois mois, le questionnaire a atteint un quart du millier de structures d'enseignements présentes sur les territoires et le bilan est inquiétant. 70% des établissements ont déjà enregistré cette année des démissions d'élèves, qui oscillent autour de 3% des effectifs et peuvent atteindre les 10%. 

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Le fondateur de ce collectif dirige le Conservatoire Départemental de Mantes-la-Jolie, dans les Yvelines, qui lui enregistre déjà 6% de démissions d'élèves et s'attend à beaucoup plus à la rentrée prochaine.

Le Conservatoire à Rayonnement Départemental de Mantes la Jolie compte 1100 élèves dont 211 adultes qui ne peuvent plus y rentrer à cause des mesures sanitaires
Le Conservatoire à Rayonnement Départemental de Mantes la Jolie compte 1100 élèves dont 211 adultes qui ne peuvent plus y rentrer à cause des mesures sanitaires
- Philippe Tormen

Il y a eu tellement de décrets contradictoires dans les conservatoires : pourquoi a-t-on interdit le chant lyrique et pas le chant jazz ? Pourquoi les élèves de classe à horaires aménagés peuvent venir danser et pas les autres ? Suite à une lettre signée par 56 sénateurs, la ministre de la Culture a soutenu en janvier que la danse était une discipline artistique mais le gouvernement ne l'a plus autorisée le 17 février en arguant qu'il s'agissait d'un sport ! Les familles sont très déçues, les élèves démissionnent et nous aurons bien du mal à récupérer ce public maintenant que pendant des mois la culture est devenue non essentielle !
Philippe Tormen, directeur du CRD de Mantes-la-Jolie et fondateur du Collectif Enseignement artistique en mouvement

A la mi février, les premiers retours du collectif sont alarmants, 67% des 163 structures interrogées connaissent des démissions d'élèves depuis le mois de novembre. Ces démissions sont spécifiquement liées à la pandémie et fragilise les structures associatives.  Moins bien dotées en argent public, elles sont peu ou pas équipées en matériel numérique, elles ont moins d'espace que les grands conservatoires (CRR ou CRD) et ont dû souvent faire face, seules, aux mesures sanitaires imposées par le gouvernement. Résultat, certaines enregistrent des démissions allant jusqu'à 10% de leurs effectifs et menacent maintenant de mettre la clef sous la porte.

Mais les grands conservatoires ne sont pas pour autant à l'abri. A Mantes-la-Jolie, le conservatoire emploie 74 enseignants et 15 administratifs pour un budget de 3 millions d'euros. les démissions enregistrées depuis le mois de septembre atteignent les 6% mais les professeurs craignent de voir leurs élèves partir à la rentrée prochaine. Dans le département de danse, par exemple, où les cours ont  à nouveau été interdit le 17 février, les élèves décrochent.

Je danse depuis ma chambre mais c'est compliqué en visio parce que je ne vois pas les mouvements et que la musique est décalée.
Camille, 14 ans, est de moins en moins assidue

Un cours de danse classique en visio c'est impossible. On n'a pas de barre à la maison. On fait les exercices avec une chaise mais ça tremble, on risque de se faire mal. Moi, j'ai décrochée de la danse classique et l'année prochaine j'arrête.
Nina, 15 ans