Quatre éducateurs habitent au lieu de vie et d'accueil avec dix jeunes.
Quatre éducateurs habitent au lieu de vie et d'accueil avec dix jeunes. ©Radio France - Laura Dulieu
Quatre éducateurs habitent au lieu de vie et d'accueil avec dix jeunes. ©Radio France - Laura Dulieu
Quatre éducateurs habitent au lieu de vie et d'accueil avec dix jeunes. ©Radio France - Laura Dulieu
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Le lieu de vie et d'accueil de l'association Pollen accueille dix étrangers mineurs non accompagnés qui ne parlent pas ou peu le français.

Dans le petit village de Saint-Sérotin, dans le département de l'Yonne, le lieu de vie de l'association Pollen existe depuis 2006. Il accueille des mineurs non accompagnés (MNA) et leur enseigne le français. 

Il est 19 heures au lieu de vie de l'association Pollen. C'est l'heure du dîner. Ici, dans les bâtiments d'une ancienne colonie de vacances, 5 mineures et 5 mineurs vivent avec quatre éducateurs. C'est la particularité de ce type de structure : les éducateurs ont leur résidence permanente sur place, avec leur famille. Un "lieu de vie et d'accueil" est une structure sociale ou médico-sociale de petite taille, assurant un accueil et un accompagnement personnalisés, en petit effectif, d’enfants, d’adolescents et d’adultes qui vivent une situation sociale, familiale ou psychologique problématique. 

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Les MNA doivent apprendre le français rapidement

Chaque lieu de vie est destiné à un public en particulier. Celui-ci est destiné exclusivement à des jeunes étrangers, non accompagnés, et qui ne parlent pas ou très peu le français. Or c'est toute l'urgence de leur situation, comme l'explique François Conan, le fondateur de ce lieu de vie : _"Un jeune qui arrive après 16 ans doit prouver avant ses 18 ans qu'il a intégré une formation qualifiante depuis au moins six mois. Mais quand certains ne parlent pas du tout la langue, c'est très court."  _Les jeunes entament donc un apprentissage accéléré du français. 

François Connan a ouvert ce lieu de vie et d'accueil en 2006.
François Connan a ouvert ce lieu de vie et d'accueil en 2006.
© Radio France - Laura Dulieu

François Conan est ancien professeur de français en langue étrangère (FLE). Après avoir découvert l'existence des lieux de vie ainsi que la situation des étrangers MNA, il décide d'ouvrir une structure dédié exclusivement à ces jeunes. Il rachète cette ancienne colonie de vacances, met les bâtiments aux normes, aménage dix chambres individuelles pour les mineur.e.s et quatre logements pour les éducateurs et leurs familles. La structure ouvre en 2006. Depuis, plusieurs départements y envoient des jeunes, qui restent de quelques mois (le temps d'une année scolaire par exemple) à plusieurs années. 

"Une grande famille"

Environ la moitié d'entre eux sont en internat la semaine, tandis que l'autre est scolarisée dans des établissements plus proches. Razi est actuellement le seul adolescent pas encore scolarisé : il apprend le français chaque matin de 9 heures à midi, avant les après-midi d'activités. Razi a connu l'ambiance des foyers, et ça n'a rien à voir selon lui : "C'est pas du tout comme une ambiance foyer. Ici, on se connaît tous bien, c'est comme une grande famille, et je m'y sens bien."

Les autres ont une vie quasi normale d'adolescent.e.s, avec leurs avantages et leurs inconvénients. Fatima est Ivoirienne, elle est arrivée au lieu de vie il y a un an : "Au tout début, je ne voulais pas venir. Je m'étais fait des amis dans le 91. Ici, c'est la campagne, tu es obligée d'attendre le bus, puis le deuxième bus, et tu ne peux rien faire sans que les éducateurs t'emmènent". Mais elle affirme avoir changé d'avis à son arrivée : "Quand je suis arrivée, les personnes déjà ici m'ont bien accueillie, m'ont expliqué comment ça fonctionnait. Ici, ils nous aident quand on a besoin d'eux, pour les rapports de stage, les lettres de motivation, puisqu'on a déjà des difficultés en français. Ça fait du bien d'être ici"

Les jeunes alternent chaque semaine pour faire la vaisselle.
Les jeunes alternent chaque semaine pour faire la vaisselle.
© Radio France - Laura Dulieu

Alfredo est l'un des plus anciens résidents, il est arrivé d'Angola il y a trois ans. 

Ce ne sont pas des camarades, ce sont des frères. On a vécu beaucoup. Même si on s'est rencontré en arrivant ici, faire trois ans ensemble, dans la même maison, manger la même nourriture, dormir ensemble parfois dans la même chambre, partager des moments... Ce n'est pas un truc qu'on prend à la légère. Le commencement est toujours difficile, mais je suis en train de faire un bac+3 en animation. J'espère que ce parcours scolaire me permettra de devenir éducateur spécialisé, pour faire comme ils font eux. Je me suis dit : "pourquoi pas aider les gens qui sont dans la même situation que moi?" Je pense que je pourrais mieux les comprendre, parce que j'aurais vécu ce qu'ils vivent.                        
Alfredo

Des difficultés pour recruter

François Conan s'apprête à prendre sa retraite et passer la main, mais il peine à recruter des éducateurs qui acceptent de s'installer sur place. "On a plein de gens qui arrivent et trouvent ce lieu formidable, qui veulent travailler ici. On leur dit qu'il y a un appartement disponible, et ça bloque tout de suite. Il faut comprendre qu'en habitant ici, on peut rencontrer des jeunes sans le vouloir. Il y a quelque chose de l'ordre de la nécessaire mesure personnelle de cet équilibre là, qui fait que les gens se sentent incapables d'assumer cela." 

Même si un poste reste actuellement à pourvoir, l'équipe qui prendra la suite de François Conan est constituée. Il se dit "confiant". 

S'il n'y avait eu personne pour prendre la suite, ce se serait arrêté et c'est tout. Je suis à l'aise avec ça. J'ai fait une action, une goutte d'eau. Si elle s'arrête, tant pis. Mais elle donne du sens à la vie, je crois que c'est pour ça que je l'ai faite.                  
François Connan

L'équipe