Des états généraux pour améliorer la diffusion du livre en langue française dans le monde

Présentation des états généraux du livre en français à Paris, le 29 juin 2021 (à d., Sylvie Marcé, la commissaire générale et à sa d. Pierre Dutilleul, du SNE)
Présentation des états généraux du livre en français à Paris, le 29 juin 2021 (à d., Sylvie Marcé, la commissaire générale et à sa d. Pierre Dutilleul, du SNE) ©Radio France - Fiona Moghaddam
Présentation des états généraux du livre en français à Paris, le 29 juin 2021 (à d., Sylvie Marcé, la commissaire générale et à sa d. Pierre Dutilleul, du SNE) ©Radio France - Fiona Moghaddam
Présentation des états généraux du livre en français à Paris, le 29 juin 2021 (à d., Sylvie Marcé, la commissaire générale et à sa d. Pierre Dutilleul, du SNE) ©Radio France - Fiona Moghaddam
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Les états généraux du livre en français s'ouvrent aujourd'hui à Tunis. Ils doivent répondre à l'un des problèmes majeurs du livre francophone : son inégale diffusion à travers le monde. La quasi-totalité des livres francophones sont vendus dans les pays du Nord, les revenus au Sud n'étant que de 5%.

Ces 23 et 24 septembre 2021 ont lieu à Tunis les premiers états généraux du livre en langue française. Qu'ils soient éditeurs, auteurs, libraires, syndicats professionnels, représentants institutionnels ou responsables politiques, entre 300 et 400 acteurs du livre francophone se retrouvent pour présenter une série de propositions dans l'objectif de lancer une nouvelle dynamique pour le livre en français. Ce travail a demandé trois années de préparation et il révèle de fortes inégalités sur l'accès aux livres en langue française entre les pays. 

85% des cinq milliards d'euros générés par la vente de livres en langue françaises proviennent de France - un chiffre qui monte à 95% si l'on prend les pays du Nord - et qui ne reflète pas la répartition de la population francophone à travers le monde, les deux tiers se situant hors de France. D'après l'étude menée par le Bureau international de l'édition française, le poids du livre est jusqu'à 24 fois plus élevé qu'en France dans certains pays. 

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En Afrique subsaharienne, le livre en langue française coûterait l'équivalent de 150 à 325 euros

D'après les informations du Panorama de l'édition francophone réalisé par le Bureau international de l'édition française pour ces états généraux, le livre en langue française apparaît comme un produit de luxe dans de nombreux pays. En France, son prix moyen est de 12 euros et de quatre ou cinq euros dans les pays du Sud. Mais rapporté au pouvoir d'achat des ménages, il pèse en fait bien plus lourd dans le budget mensuel au Sud. Un livre produit localement en Afrique subsaharienne coûterait ainsi l'équivalent de 150 euros et il faudrait dépenser 325 euros si le livre est importé. En cause notamment, le prix du transport, qui est donc l'un des principaux freins à la diffusion du livre en langue française dans le monde. Pour l'éviter, Pierre Dutilleul, directeur général du Syndicat national de l'édition, suggère la possibilité d'imprimer directement les livres sur place. 

Il faudrait pouvoir imprimer à la demande, localement, nombre de ces livres. C'est une chose qui commence à se développer et sur laquelle nous devons vraiment travailler et trouver des solutions. Il faut peut-être développer d'autres systèmes, comme la cession de droits, les échanges, plutôt que l'export qui pénalise en transport, en durée et en coût, limitant l'accès de ces pays à des livres français.            
Pierre Dutilleul, directeur général du Syndicat national de l'édition (SNE)

En France, les auteurs étrangers francophones sont peu connus. "On aimerait mieux les faire connaître", affirme Pierre Dutilleul qui se réjouit de voir des prix littéraires décernés à des écrivains francophones étrangers depuis quelques années (l'autrice camerounaise Djaïli Amadou Amal a par exemple remporté le Goncourt des lycéens 2020 pour "Les Impatientes", ndlr).

Les impossibles échanges Sud-Sud

Diffuser des livres de l'étranger vers la France est compliqué mais la diffusion entre deux pays étrangers l'est encore plus. "C'est pratiquement impossible d'échanger des livres Sud-Sud" témoigne Karim Ben Smaïl,  directeur de Cérès éditions, le principal éditeur francophone de  Tunisie et président de la Fédération tunisienne des éditeurs. "On  est obligés de passer par la France. C'est un des problèmes majeurs qui  fait que ce vecteur de filiation, de paix, d'amitié et de dialogue ne  fonctionne pas. Le seul moyen pour nous aujourd'hui de vendre un livre à  l'étranger, c'est par la vente par correspondance et on a un site de  vente par correspondance qui fonctionne bien. Mais pour la vente par  correspondance, il faut faire de la publicité, il faut la faire en  euros... Nous sommes tous des petits éditeurs et des petites structures,  même si nous sommes présents depuis près de 60 ans. Ce n'est pas  évident sans un effort, une volonté politique et un financement", ajoute-t-il.

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Il y a des mécanismes d'aides à la co-édition en France qui sont efficaces mais qui sont obsolètes et qui n'ont pas évolué. Ils ne tiennent pas compte, au niveau de l'aide aux éditeurs du Sud, de l'informatisation, de la vente par correspondance... Par exemple, le Centre national du livre aide les libraires mais ne considère pas que les libraires en ligne sont des libraires donc elles n'ont pas le droit aux aides. Elles sont pourtant très importantes car elles peuvent toucher n'importe qui, n'importe où.          
Karim Ben Smaïl, directeur de Cérès éditions en Tunisie

Ce que confirme également Pierre Dutilleul, du Syndicat national de l'édition. "On est prisonnier d'un certain nombre de principes économiques, politiques, géopolitiques, fiscaux qui font que l'on fait perdurer des schémas existants. On continue l'export, on continue d'essayer d'alimenter des librairies françaises dans les pays francophones et ailleurs. On a du mal à les faire vivre et à gérer des problèmes de promotion, de transports. Tout cela fait que les Français qui vivent à l'étranger et veulent bénéficier des services d'une librairie francophone n'ont pas accès dans des délais et à des conditions économiques raisonnables à l'ensemble de la production francophone", explique-t-il.

La majeure partie des ventes de livres en langue française se fait dans l'hexagone
La majeure partie des ventes de livres en langue française se fait dans l'hexagone
© Radio France - Fiona Moghaddam

Les meilleures ventes à l'étranger : les manuels scolaires

À Dubaï, Michel Choueiri dirige la seule librairie francophone des Émirats arabes unis. Il propose à la vente 7 000 à 8 000 titres, tous genres confondus, en dehors des manuels scolaires qui comportent environ 1 000 titres. Ils concentrent pourtant 60 à 70% des ventes.

Notre marché le plus fort, ce qui nous fait vivre, comme beaucoup de libraires dans le monde, c'est le marché du manuel scolaire. Mais on a un fort potentiel de livres, principalement de jeunesse et beaucoup de littérature. Qu'on le veuille ou non, si cette librairie n'avait pas la partie des manuels scolaires, elle ne pourrait pas résister bien longtemps.          
Michel Choueiri, directeur général de la librairie Culture & Co et vice président de l'association internationale des libraires francophones

La solution du numérique ?

Face à ces difficultés, le numérique paraît être une solution. "L'une des solutions mais pas la solution" avance Pierre Dutilleul.

En France, le numérique ne représente que 5% du chiffre d'affaires en littérature générale. "Le  livre imprimé reste majeur dans l'utilisation qu'en font les lecteurs.  C'est une question de comportement, on ne les change pas en une heure", ajoute Pierre Dutilleul. Ce qui n'empêche pas de tenter de le développer ces prochaines années.

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