Derrière son look d'adolescente, Diana est en réalité une grande pianiste. La jeune Ukrainienne s'entraîne chez la famille française qui l'accueille.
Derrière son look d'adolescente, Diana est en réalité une grande pianiste. La jeune Ukrainienne s'entraîne chez la famille française qui l'accueille.
Derrière son look d'adolescente, Diana est en réalité une grande pianiste. La jeune Ukrainienne s'entraîne chez la famille française qui l'accueille. ©Radio France - Diane Berger
Derrière son look d'adolescente, Diana est en réalité une grande pianiste. La jeune Ukrainienne s'entraîne chez la famille française qui l'accueille. ©Radio France - Diane Berger
Derrière son look d'adolescente, Diana est en réalité une grande pianiste. La jeune Ukrainienne s'entraîne chez la famille française qui l'accueille. ©Radio France - Diane Berger
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Résumé

Musicienne de haut niveau à seulement 14 ans, Diana a dû fuir l'Ukraine à cause de l'invasion russe. Maintenant en France, elle poursuit autant que possible sa pratique du piano.

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La guerre en Ukraine dure depuis maintenant quatre mois : après 120 jours de conflits, plus de 7 millions d'Ukrainiens ont dû quitter leur pays et se réfugier à l'étranger. La France en accueille un peu plus de 85 000. Mais derrière ces chiffres et ces statistiques se cachent des milliers d'histoires particulières. Diana par exemple, une jeune Ukrainienne de 14 ans, n'est pas une adolescente comme les autres : c'est une pianiste de haut niveau.

Sweat-shirt et baskets blanches, cheveux noués en queue de cheval : quand elle revient de l'école, Diana Stognushenko ressemble à une collégienne comme les autres. Puis la jeune fille s’installe au piano, les mains dansent sur le noir et blanc des touches : la mélodie qui jaillit de l’instrument ne laisse aucun doute, c’est une grande musicienne.

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Accueillie en banlieue parisienne depuis le mois de mars avec sa mère

Diana et sa maman vivent en banlieue parisienne, accueillies chez la famille Mahé. Pour ces Français, dès le début de la guerre, accueillir des réfugiés est apparu comme une évidence, mais rien ne les destinait à accueillir une pianiste aussi talentueuse.

Chez eux, il y avait bien déjà un piano, destiné aux trois enfants de la famille, formés surtout au jazz et aux petites compositions divertissantes, explique amusée la mère, Céline, et leur niveau est bien loin de celui de la jeune Ukrainienne : “On n’avait pas en tête avant l’arrivée de Diana qu’elle avait un si haut niveau. Du coup, nos voisins se sont dit que nos enfants avaient sacrément augmenté leur niveau ! Et ils sont ravis d’entendre le piano quand la fenêtre est ouverte.”

En effet, Diana est ce que l’on appelle communément un “prodige”. L’adolescente vient de Kostiantynivka (ou Konstantinovka), dans l'est de l'Ukraine, près de Kramatorsk. Avant la guerre, elle s’entraînait au moins quatre heures par jour. Elle avait également remporté de grands concours internationaux de musique, et elle était promise à un grand avenir.

Puis, deux jours avant ses 14 ans, Moscou envahit son pays. Son père, trompettiste, doit rester sur place, mais sa mère, Nadiia, décide d’emmener sa fille loin du conflit pour la mettre en sécurité. Dans leurs bagages, “que le nécessaire” explique cette femme blonde au regard doux. “Que le nécessaire”, c’est-à-dire les tenues de concert de sa fille, et quelques partitions.

Aujourd’hui, lorsqu’elle écoute sa fille jouer, elle le confesse : “C’est toujours une grande émotion, à chaque fois comme une nouvelle page avec de nouvelles couleurs, même quand je connais déjà les compositions.”

Et Diana essaie de s’accrocher autant que possible à la pratique du piano : elle s’entraîne pendant des heures, au conservatoire de Versailles et au conservatoire Serge Rachmaninoff de Paris, où elle a pu reprendre des cours. “Mais c’est variable car il faut aller à l’école, apprendre le français… Beaucoup de choses qui ne sont pas du même ordre qu’avant.”

Le soutien de grands artistes

En effet, Diana et sa mère sont en train d’apprendre le français. Mais pour l’instant, elles s’expriment principalement dans leur langue maternelle, le russe, et c’est le violoniste Alexandre Brussilovsky qui vient traduire leurs pensées. Lui vit en France depuis plus de trente ans maintenant, mais il est né en Ukraine quand c'était encore une République de l'Union soviétique. Il a entendu parler du cas de Diana par l’une de ses anciennes élèves, et il a très vite pris la jeune pianiste sous son aile.

“C'est vraiment vital de pouvoir faire quelque chose à notre niveau : à notre niveau, c’est faire de belles notes et rappeler aux gens qu’il est important de soutenir le pays. Car c’est une bataille qui ne concerne pas seulement les Ukrainiens, c’est une bataille pour le monde.”

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C'est son épouse, la pianiste Kei Saotomé, qui enseigne désormais la musique à l'adolescente, plusieurs heures par semaine. Quand son élève se met au piano, la concertiste japonaise se plonge dans un silence religieux, ses yeux rougissent parfois d’émotion : “Toute ma vie, j’ai refusé de dire que “la musique est une langue universelle”, je trouvais que c’était un peu stéréotypé comme phrase. Mais aujourd’hui, je me rends compte que vraiment la musique est universelle.”

En effet, Kei Saotomé ne parle pas suffisamment le russe, Diana pas suffisamment le français, pour mener des échanges classiques. Sans aucune autre langue en commun, elles ont recours à un logiciel de traduction pendant les cours, mais surtout, au “feeling”.

“J’admire le parcours de Diana, avoue la pianiste japonaise, même si elle n’a que 14 ans, elle m’apprend beaucoup de choses, en tant que professeure, en tant qu’artiste. Travailler avec elle me donne beaucoup d’émotions, donc je vais tout faire pour lui préparer le plus bel avenir possible en tant que pianiste.”

Pour Diana et sa mère, l'avenir est encore bien incertain : leur domicile en Ukraine est sûrement détruit, et il est impossible de prévoir l'issue de la guerre. En attendant, avec d'autres jeunes artistes ukrainiens et de grands musiciens reconnus, Diana jouera ce vendredi 24 juin, à l'occasion d'un concert exceptionnel, église de la Madeleine à Paris, à 20h30. Les fonds recueillis seront reversés à l'Ukraine.