Passation de pouvoir entre Jean-Marie Le Pen et sa fille Marine lors du congrès de Tours le 16 janvier 2011. ©AFP - Alain Jocard
Passation de pouvoir entre Jean-Marie Le Pen et sa fille Marine lors du congrès de Tours le 16 janvier 2011. ©AFP - Alain Jocard
Passation de pouvoir entre Jean-Marie Le Pen et sa fille Marine lors du congrès de Tours le 16 janvier 2011. ©AFP - Alain Jocard
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Résumé

Cela fait dix ans que Jean-Marie Le Pen a quitté la présidence du Front national. En une décennie, Marine Le Pen a tenté de dédiaboliser le parti, et de faire oublier les provocations de son père.

avec :

Nicolas Lebourg (Historien spécialiste de l'extrême droite et du fascisme), Sébastien Chenu (Député du Nord et porte-parole du Rassemblement national), Jean Marie Le Pen (Homme politique).

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Depuis le congrès de Tours en janvier 2011, Marine Le Pen a pris la tête du Front national devenu Rassemblement national. Son entreprise de dédiabolisation a-t-elle fonctionné ? A-t-elle eu les résultats escomptés ? Pourrait-elle lui permettre d'accéder au pouvoir ? 

Reportage de la rédaction signé Antoine Marette. 

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Le RN est un devenu un parti crédible pour Sébastien Chenu

Sébastien Chenu est l’un des visages de cette dédiabolisation : il a rejoint le Front national en 2014. Issu de l’UMP où il a cofondé l’association LGBT Gaylib, le voilà désormais député et porte-parole du Rassemblement national. Un parti qui a bien changé en dix ans selon lui.

La différence principale à mon avis, c'est qu'aujourd'hui, le Rassemblement national est un parti de gouvernement. Il n'est pas uniquement un parti qui est le réceptacle des colères, bien qu'elle soient nombreuses dans le pays, il dépasse cela. Il est en capacité d'offrir une alternative crédible, une autre proposition pour gérer le pays, une autre façon de pouvoir envisager la nécessaire préoccupation de la nation, des frontières, mais également, les protections des Français, leur édifice social, tout ce qu'ils ont construit. Marine Le Pen a transformé un petit parti protestataire en un grand mouvement populaire de gouvernement. Le Rassemblement national a structuré depuis longtemps son offre politique. Avant, l'analyse de Jean-Marie Le Pen reposait sur la bande des quatre (contre le PS, le PC, le RPR et l'UDF), puis le système bipolaire dont le Front national était exclu. Et désormais, cette bipolarisation s'est réorganisée au profit du RN : vous avez d'un côté les libéraux-mondialistes, et de l'autre les partisans de la nation. C'est un système politique qui a été complètement rénové, repensé, que les Français on redessiné eux-mêmes. Et il s'est fait à la lumière de ce à quoi nous aspirions.          
Sébastien Chenu, député du Nord, conseiller régional des Hauts-de-France et porte-parole du RN.

Cette dédiabolisation du Rassemblement national a fait une victime : son créateur. Jean-Marie Le Pen, habitué des provocations, condamné pour provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence raciales, contestation de crime contre l’humanité, incitation à la haine raciale, injures publiques visant les homosexuels… Jean-Marie Le Pen est exclu du parti en 2015, victime de la dédiabolisation… Une dédiabolisation qui selon Sébastien Chenu n’a tout simplement aucun sens.

Cela postulait qu'il y avait un Diable, si l'on devait se dédiaboliser, et que ce Diable était dans nos rangs, ce qui est stupide ! Et si le Rassemblement national de Marine Le Pen a connu certains succès électoraux depuis l'exclusion de Jean-Marie Le Pen, ça n’est pas grâce à la dédiabolisation. C’est en tout cas l’avis de Jean-Marie Le Pen. C'était probablement fait sous l'influence de Florian Philippot qui ne cachait pas son désir de rupture et de création d'une apparence nouvelle, qui soient compatibles avec les mouvements politiques en place.          
Sébastien Chenu, député du Nord, conseiller régional des Hauts-de-France et porte-parole du RN.

Le RN prospère sur les thèmes qu'il a semés, estime Jean-Marie Le Pen

Et si le Rassemblement national de Marine Le Pen a connu certains succès électoraux depuis son exclusion, ça n’est pas grâce à la dédiabolisation. C’est en tout cas l’avis de Jean-Marie Le Pen.

Je crois que ce qui fait l'avantage du Rassemblement national, c'est que ses thèses sont confirmées par l'évolution de la situation, et il faut bien le dire, par le déclin de la France dans beaucoup de domaines, déclin que nous avions annoncé, et dont nous voulions protéger le pays.          
Jean-Marie Le Pen, fondateur du FN.

Un parti qui demeure isolé et qui refuse les alliances

Jean-Marie Le Pen aurait donc semé les graines de futurs succès électoraux, que sa fille Marine se contenterait de récolter… Cette interprétation minimise les conséquences de la dédiabolisation. Et pourtant, elles existent selon l’historien spécialiste de l’extrême droite Nicolas Lebourg :

Sur le plan de la ligne politique, le parti n'a plus d'ambiguïté sur la question de l'antisémitisme et de l'inégalité des races, ambiguïtés qu'il avait cultivées dans les années 90. Mais le problème, c'est que Marine Le Pen s'est mise dans les pas de son père sur la stratégie politique, celle de l'isolement de son parti. Elle arrive à nourrir aujourd'hui les mêmes inquiétudes que son père, quant au fait qu'elle veuille vraiment le pouvoir. Et on le voit bien, elle a aujourd'hui une hémorragie de ses forces militantes : le Front national avait eu un grand afflux au début de sa présidence, et il a reperdu la moitié de ses militants. Il n'y a pas une ligne très claire.          
Nicolas Lebourg, historien spécialiste de l'extrême droite.

Pas de ligne très clair, et pourtant, Marine Le Pen se porte bien dans les sondages et se rapprocherait d’une possible victoire à la présidentielle. Selon un sondage réalisé le mois dernier par Harris Interactive, elle obtiendrait au second tour de la présidentielle 48% face à Emmanuel Macron… Une progression de 14 points par rapport à son score en 2017.

Références

L'équipe

Antoine Marette
Journaliste