Un homme passe à moto devant des panneaux d'affichage électoraux dans la capitale libanaise le 1er mai 2022, avant les prochaines élections législatives. ©AFP - Anwar Amro
Un homme passe à moto devant des panneaux d'affichage électoraux dans la capitale libanaise le 1er mai 2022, avant les prochaines élections législatives. ©AFP - Anwar Amro
Un homme passe à moto devant des panneaux d'affichage électoraux dans la capitale libanaise le 1er mai 2022, avant les prochaines élections législatives. ©AFP - Anwar Amro
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Résumé

On vote dimanche au Liban, pays qui traverse la pire crise économique et financière de son histoire. Ces élections législatives doivent renouveler un parlement verrouillé par les partis politiques hérités de la guerre civile.

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Dimanche, les Libanais se rendent aux urnes pour renouveler un parlement verrouillé par les partis confessionnels hérités de la guerre civile et accusés d’avoir mis le pays en banqueroute  par la corruption et le clientélisme.

Pour la première fois, ils sont concurrencés pratiquement dans tout le Liban par des listes "citoyennes", partis ou coalitions rassemblant des candidats indépendants, des figures de la société civile et des groupes issus de la révolte populaire qui a secoué le Liban au début de la crise, à l’automne 2019.

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"Les élections, je n’y crois plus et la révolution, non plus"

Dans un quartier populaire de Tripoli, la grande ville sunnite du nord du Liban, Mohammed fait défiler des photos sur son téléphone. "Celui-là, porté-disparu. Celui-là, porté-disparu… Celle-là aussi …". Cinq visages, cinq membres de sa famille, morts il y a 3 semaines dans le naufrage d’un bateau qui tentait de rejoindre Chypre et l’Europe, à 180 kilomètres des côtes libanaises.

"Le niveau de vie est catastrophique, il n’y a pas de travail, pas de soins médicaux, pas de sécurité sociale, pas d’Etat qui respecte ses citoyens ! S’ils avaient amélioré la vie des gens, ils n’auraient pas essayé de fuir sur ces bateaux de la mort !", résume Mohammed.

En 2019, Tripoli était à l’avant-garde de la révolte qui réclamait le départ de la classe politique. Aujourd’hui, ce sont les Libanais qui partent. Pour beaucoup la désillusion a remplacé l’espoir du changement. Maher, 23 ans, descendu dans la rue en 2019, était sur le bateau qui a fait naufrage il y a trois semaines.

"La vie ici est devenue trop dure ici, le salaire ne dépasse pas 50$/mois. Sur le bateau, tu meurs une fois. Ici tu meurs un peu tous les jours. Les élections, je n’y crois plus et la révolution, non plus. Les politiques contrôlent tout, rien ne changera. Ici, chaque personne que tu croises rêve de partir." confie le jeune homme. Dimanche, Maher n’ira pas voter. Sa priorité, c’est de retenter la traversée vers l’Europe.

Au QG de campagne de la liste pour le changement, qui fédère une partie de la contestation de 2019 et des indépendants, on connait bien cette résignation. "Le défi, c’est de convaincre ces gens d’aller voter… de mettre un bulletin pour déclencher le changement", souligne Zakaria Messeiké, l’un des candidats. Mais difficile de réenchanter dans la ville la plus pauvre du pays, fief de la communauté sunnite où les barons locaux dominent encore malgré le retrait de certains ténors comme l’ancien Premier ministre Rafic Hariri ou son successeur, Najib Mikati. Les influences extérieures pèsent aussi, syrienne ou saoudienne.

"On n’a pas beaucoup d’argent, alors que les autres candidats dépensent comme des fous. Ils ciblent ceux qui acceptent de l’argent contre leur vote, mais nous on n’a rien à offrir, sauf une occasion pour les Libanais de changer. Quand vous êtes face à un mur, il faut commencer par faire une brèche pour le faire tomber", ajoute encore Zakaria Messeiké.

L'opposition face à la machine clientéliste

À l’autre bout du Liban, au Sud, la brèche est encore plus difficile à ouvrir. Dans ces régions majoritairement chiites, deux partis règnent sans partage depuis trente ans -le mouvement Amal et le Hezbollah proche de l’Iran. Deux formations habituées aux menaces, aux intimidations et aux coups de forces contre leurs opposants. "On fait attention… On marche dans la rue, on aborde les gens mais c’est risqué, on s‘est déjà fait attaquer. On ne met pas d’affiches parce qu’elles sont arrachées", décrit Hathem Hallawi, candidat pour le changement dans la ville de Tyr. "Il y a une dimension psychologique que ces partis utilisent pour que les gens perdent l’espoir : ils les convainquent qu’ils sont imbattables avec leurs posters et leurs drapeaux partout, avec le contrôle du terrain, avec des cadeaux… À la fin, les gens vont voter pour eux, ou sinon ils ne croient plus à notre alternative", ajoute-t-il.

Des jeunes Libanais soutenant le groupe chiite Hezbollah organisent un rassemblement de motos dans la banlieue sud de Beyrouth le 9 mai 2022.
Des jeunes Libanais soutenant le groupe chiite Hezbollah organisent un rassemblement de motos dans la banlieue sud de Beyrouth le 9 mai 2022.
© AFP - Ibrahim Amro

Ambiance moins électrique à Beyrouth ou dans les régions chrétiennes du Mont Liban, mais même emprise des partis communautaires. "Les leaders politiques savent très bien instrumentaliser les confessions pour diviser et se maintenir au pouvoir", déplore Najwa Bassil, candidate de l’opposition dans le Kesrouan qui dénonce cette vieille recette héritée de la guerre civile, encore efficaces auprès des électeurs chrétiens qui l’ont vécue. "Nous on veut vivre ensemble, on peut vivre ensemble. Au Liban, on voit qu’il y a des mariages interreligieux, on voit des jeunes de toutes les confessions qui ont manifestés avec un discours politique anti-confessionnel. N’oublions pas que ces partis sont ancrés dans le système libanais, toutes les familles, toutes les régions, donc il y a encore beaucoup à faire pour arriver au changement", ajoute-t-elle.

Avec un mode de scrutin taillé pour eux, les partis confessionnels ne seront pas renversés dimanche, lors de ce scrutin. L’opposition le sait mais compte sur un sursaut des Libanais pour faire entrer au moins une dizaine de nouveaux députés au parlement.

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Références

L'équipe

Aurélien Colly
Journaliste