Consultations gratuites pour dépister la lèpre, dans le village de Petit Chantier, en décembre 2021.
Consultations gratuites pour dépister la lèpre, dans le village de Petit Chantier, en décembre 2021.
Consultations gratuites pour dépister la lèpre, dans le village de Petit Chantier, en décembre 2021. - Fondation Raoul Follereau
Consultations gratuites pour dépister la lèpre, dans le village de Petit Chantier, en décembre 2021. - Fondation Raoul Follereau
Consultations gratuites pour dépister la lèpre, dans le village de Petit Chantier, en décembre 2021. - Fondation Raoul Follereau
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Résumé

La pandémie a ralenti le dépistage de cette maladie ancestrale toujours taboue : formations d’infirmiers reportées, livraisons de médicaments retardées mais aussi baisse de fréquentation des centres de santé. Pourtant, détectée à temps, la maladie se soigne bien.

avec :

Amandine Réaux (Journaliste et correspondante de Radio France en Côte d’Ivoire).

En savoir plus

Les 28, 29 et 30 janvier 2022 ont lieu les journées mondiales des malades de la lèpre. Cette maladie ancestrale frappe encore 1 personne toutes les trois minutes. Trois millions de personnes sont porteuses de la lèpre dans le monde. Aujourd’hui, la maladie se soigne bien, encore faut-il qu’elle soit détectée à temps. Et le Covid-19 a ralenti ces dépistages. La Côte d’Ivoire est l’un des 20 pays les plus touchés par la lèpre. Notre correspondante Amandine Réaux y a suivi la prise en charge des malades.

Le lèpre ressentie comme une maladie stigmatisante Sensibiliser les populations

Petit Chantier est un village du centre ivoirien à deux heures de piste du premier hôpital.

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Ce jour-là, à l'ombre d'un manguier, quelque 300 habitants sont venus pour des consultations gratuites de dépistage de plusieurs maladies tropicales dont la lèpre. Des consultations proposées par la fondation française Raoul Follereau.

Le docteur Johnson examine un enfant au centre de dépistage. Décembre 2021.
Le docteur Johnson examine un enfant au centre de dépistage. Décembre 2021.
© Radio France - Fondation Raoul Follereau

Le Docteur Christian Johnson examine Misi, une petite fille, et les autres enfants un par un :

Je regarde la peau de l'enfant pour voir s'il y a des taches. Il faut être systématique donc quand je regarde je balaie d'un côté, je tourne de l'autre côté et balaie à nouveau. Il existe de petites plaies chez certains, c'est très courant. Cela n'a rien de grave mais cela peut s'infecter. Il faut simplement laver la plaie à l'eau et au savon, mettre un peu de beurre de karité et c'est terminé

La consultation est rapide, pas plus d'une minute, mais elle peut prévenir des cas graves. Les symptômes de cette maladie contagieuse qui commence par des taches sur la peau ne sont pas connus de tous.

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Encore plus de 500 cas l'an dernier

Maladie ancestrale, la lèpre sévit encore de façon endémique en Côte d'Ivoire avec plus de 500 cas l'an dernier. Et en être atteint est honteux et tabou. Cette infection qui touche la peau et les nerfs se soigne très bien, à condition d'être pris en charge suffisamment tôt. Sinon, elle engendre des complications irréversibles et gangrène le visage, les mains et les pieds.

Pour l'OMS, la lèpre n’est plus un problème de santé publique dans le pays car on compte moins d’un cas pour 10 000 habitants. Un chiffre sous-estimé. Le Covid-19 a retardé la formation des infirmiers, la livraison des médicaments et perturbé les consultations. Le Docteur Marcelin Assié N'da explique :

Les fausses informations sur le Covid ont fait que les malades ne fréquentaient même plus les centres de santé. Il y avait une peur, il fallait les resensibiliser pour qu’ils reviennent. Donc cela a dû perturber le fonctionnement normal du système. On a eu en conséquence peut-être beaucoup de cas de lèpre qui sont passés inaperçus parce qu’on n’a pas pu aller faire les activités pour les rechercher. Et pour les quelques rares cas venus en consultation, compte tenu des confinements et des restrictions, on n’a pas pu approvisionner tous les centres en médicaments. Donc il y a eu un peu de retard dans ce domaine qu’on a très vite corrigé, dès qu’on a pu avoir la possibilité d’avoir accès à ce centre.

La lèpre ressentie comme une maladie stigmatisante

À 3 heures de route d’Abidjan, dans la ville de Divo, l’unité médico-chirurgicale de l’hôpital prend en charge les cas graves de lèpre. D’une capacité de 27 lits, la structure est financée par la Fondation Raoul Follereau, en partenariat avec l’État de Côte d’Ivoire, comme 3 autres dans le pays. Les soins sont gratuits : pansement, rééducation et même chirurgie.

Dans la salle de kinésithérapie, Dameneko, 75 ans, se voit progresser. Il est là depuis 3 jours. À son arrivée, il se levait… "difficilement. Le premier jour, c’était difficile, mais actuellement, c’est facile." Après 3 jours, il réussit à marcher plusieurs mètres avec son déambulateur.

Dameneko, âgé de 75 ans, lors d'une séance de rééducation à l'unité médico-chirurgicale de l'hôpital de Divo, Côte d'ivoire.
Dameneko, âgé de 75 ans, lors d'une séance de rééducation à l'unité médico-chirurgicale de l'hôpital de Divo, Côte d'ivoire.
© Radio France - Fondation Raoul Follereau

Des résultats encourageants, même si Dameneko a des séquelles irréversibles avec ses orteils rétractés.

Même guéris, les malades de la lèpre doivent faire régulièrement un bilan neurologique. Ce matin, l’infirmière Nossia Méité examine César, un élève de terminale :

Je vais bander tes yeux. Quand je prends cette paume, que je la teste, tu vas montrer l’endroit que je teste avec le doigt, comme d’habitude. On se sert d’un stylo à bille ou d’un crayon à papier. Je vais toucher des zones sensibles. Quand je touche, tu montres la partie que je touche. Si le malade arrive à montrer exactement, c’est qu’il sent encore. Mais s’il montre à moins de 2 cm de la zone que moi j’indique, ça veut dire qu’il commence à perdre la sensibilité. Pour César, à ce jour, le bilan neurologique est sans crainte. Tous ses nerfs fonctionnent.

Après son bac, César a un rêve : travailler dans la santé. Et pourquoi pas lever le tabou sur cette maladie encore honteuse.

À lire : La lèpre : l'autre maladie infectieuse oubliée