Les bulldozers ont détruit des commerces mercredi 20 avril à New Delhi car ils auraient été installés illégalement, selon les autorités.
Les bulldozers ont détruit des commerces mercredi 20 avril à New Delhi car ils auraient été installés illégalement, selon les autorités.
Les bulldozers ont détruit des commerces mercredi 20 avril à New Delhi car ils auraient été installés illégalement, selon les autorités. ©AFP - Anindya Chattopadhyay / The Times of India
Les bulldozers ont détruit des commerces mercredi 20 avril à New Delhi car ils auraient été installés illégalement, selon les autorités. ©AFP - Anindya Chattopadhyay / The Times of India
Les bulldozers ont détruit des commerces mercredi 20 avril à New Delhi car ils auraient été installés illégalement, selon les autorités. ©AFP - Anindya Chattopadhyay / The Times of India
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Résumé

Des dizaines de commerces d'un quartier à forte concentration de musulmans ont été détruits mercredi à New Delhi. Une opération menée par le gouvernement nationaliste hindou, qui utilise de plus en plus cette politique de démolition.

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Medina se tient debout, les bras ballants sur un tas de briques, empilé devant sa maison. C’est tout ce que le bulldozer a laissé de son petit magasin de légumes que cette musulmane tenait avec sa famille depuis plus de 30 ans. Sous son voile rose, son regard vibre de colère : "J’ai grandi ici, je me suis mariée ici, et nous avons réussi à gagner un peu d’argent. Et tout un coup, ils démolissent tout, sans nous prévenir".

Dans ce quartier de Jahangirpuri à forte concentration musulmane, des dizaines de commerces ont connu le même sort : soit disant illégaux, donc rasés. Les autorités municipales, contrôlées par le parti nationaliste hindou du BJP, assurent qu'il ne s'agit que d'une opération de dégagement de la voierie, mais personne n’est dupe. Car ces démolitions ont été menées quatre jours après qu’une procession hindoue violente et illégale eut entrainé des affrontements avec les musulmans. Akbar, un chauffeur de triporteur musulman du quartier, en a été témoin : "Je les ai vus arriver dans l’avenue, armés de sabres et de bâtons, et entourés de policiers. Quatre ou cinq d’entre eux sont entrés violemment dans la mosquée, et c’est comme cela que tout a commencé".

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La police a enregistré une plainte contre un dirigeant du VHP, un groupe militant hindouiste proche du BJP et connu pour ses actions violentes. Mais la plainte a été retirée, sous la pression. Le chef du BJP de Delhi a défendu la procession, affirmant que les hindous ont été victimes d’attaques de la part des musulmans : "Ces émeutiers doivent être identifiés et des bulldozers doivent leur passer dessus". Dès le lendemain, les pelleteuses ont écrasé les petits commerces des avenues de Jahangirpuri, et ont même abattu la porte de la mosquée du quartier. Medina, qui a perdu son échoppe de légumes, comprend que l’Inde est en train de changer : "Le bulldozer a touché la mosquée, mais pas le temple hindou à côté. Ici nous avons toujours considéré que dieu était unique, mais eux font la différence entre les hindous et les musulmans. Pourquoi ils nous traitent comme cela ?"

Des manifestantes défilent à Kolkata (ex Calcutta) le 22 avril pour dénoncer la politique du bulldozer contre les musulmans.
Des manifestantes défilent à Kolkata (ex Calcutta) le 22 avril pour dénoncer la politique du bulldozer contre les musulmans.
© AFP - Dibyangshu Sarkar

Le gouvernement dément toute discrimination envers les musulmans, et insiste sur le fait que toutes les aides publiques sont offertes sans distinction religieuse. Il n’en reste pas moins que cette même technique est utilisée ces dernières semaines dans d’autres Etats contrôlés par le BJP : des processions provocatrices de militants hindous sont menées devant les mosquées, et entrainent des affrontements avec les musulmans. Mais ce sont les musulmans qui sont accusés de violences, et les pelleteuses sont envoyés pour détruire leurs maisons. C’est la nouvelle politique du bulldozer, que décrit Nilanjan Mukhopadhyay, écrivain spécialiste du nationalisme hindou.

Le message envoyé aux musulmans est clair : si on vous harcèle, ne protestez pas. Vous recevrez vos rations alimentaires, mais ne réclamez pas vos droits au gouvernement. Conformez-vous aux règles de notre majorité hindoue, mangez de la viande quand nous en mangeons, priez dans vos maisons, pas en extérieur. En gros, on ne veut pas vous voir, restez dans votre trou et estimez-vous heureux. Les musulmans vivent déjà comme cela au Gujarat, et cette politique est maintenant appliquée au reste du pays.

La cour suprême, saisie par une association musulmane, a interrompu les démolitions lancées à New Delhi, et jugera dans quelques jours si elles ont été réalisées légalement.