Le fleuve Colorado vu depuis la ville de Grand Junction ©Radio France - Sébastien Paour
Le fleuve Colorado vu depuis la ville de Grand Junction ©Radio France - Sébastien Paour
Le fleuve Colorado vu depuis la ville de Grand Junction ©Radio France - Sébastien Paour
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Résumé

À cause du réchauffement climatique, l'immense fleuve Colorado qui alimente sept États américains s'assèche. Pour chaque degré Celsius de température extérieure en plus, son débit diminue de 3 à 10% selon les études. Avec des conséquences dramatiques pour les agriculteurs, les sols et l'économie.

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C’est l’un des paysages les plus emblématiques de l’ouest des États-Unis : le Colorado. Ce fleuve de plus de 2 300 km de long qui coule au fond du Grand Canyon et qui irrigue sept États et 40 millions de personnes. À cause du réchauffement climatique, il se vide de plus en plus. Pour s'en rendre compte, direction l’ouest des Rocheuses dans l’État du Colorado où le fleuve prend sa source. 

Anthony Prough y vit depuis des années. L'homme a les mains solides du gars qui passe son temps dehors. Il vient de charger son kayak rouge passé sur le toit de son 4x4. Anthony assure qu’il a descendu tous les rapides du fleuve jusqu’au Mexique, depuis qu’il s’est installé ici à Cedaredge, dans l’ouest du Colorado, en 1984. "A l’époque, dit-il, personne ne se préoccupait du manque d’eau

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Je crois que ma première image, c’est celle d'un col du Colorado où nous roulions et où je ne comprenais pas pourquoi les balises sur le bord de la route étaient doublées. Il y avait un poteau fixé sur un autre poteau. Et en approchant du sommet de la montagne, j'ai commencé à comprendre. Parce qu'il y avait 1,80 ou 2 mètres de neige : il fallait un double marqueur. On n'a pas vu ce genre de neige depuis longtemps. Et aujourd’hui le Colorado est si bas que vous pouvez le traverser sans vous mouiller les genoux ? C'est effrayant, vraiment effrayant.

Alarmante aussi, l’image utilisée par la vice-présidente Kamala Harris, il y a deux semaines au bord du Lac Mead, plus grand réservoir du pays, 900 km plus au sud sur le Colorado. Elle montre la hauteur d’eau perdue depuis 2000, "cet écart est plus grand que la hauteur de la statue de la Liberté. Et tout ça en seulement vingt ans". 

Choisir ses cultures

Paul Kehmeier, fermier d'Eckert devant ses champs. A cause du manque d'eau, il doit choisir ses cultures
Paul Kehmeier, fermier d'Eckert devant ses champs. A cause du manque d'eau, il doit choisir ses cultures
© Radio France - Sébastien Paour

Le manque d’eau, la famille de Paul Kehmeier y a pensé il y a déjà cent vingt-cinq ans. Sur les hauteurs d’Eckert, dans l’ouest du Colorado, l’arrière-grand-père de Paul a construit un petit barrage pour avoir son propre réservoir, mais cela ne suffit plus : 

Je voulais planter un nouveau champ de luzerne. Mais j'ai décidé de ne pas le faire parce que ces deux ou trois dernières années, nous n'avons pas eu la quantité d'eau normale pour l'irrigation. Et j'ai peur que l'année prochaine soit aussi faible. C'est une culture assez chère, l'achat des graines, la plantation, donc, j'avais peur que si je la plantais, peut-être que l'année prochaine je n'aurais pas assez d'eau pour l'irriguer. Je vais donc laisser ce champ en friche.

Pour faire face financièrement, Paul a un deuxième emploi. Il travaille pour le département d’agriculture de l’État du Colorado. 

Sans eau, pas d'argent

La station hydro-électrique d'Orchard Mesa
La station hydro-électrique d'Orchard Mesa
© Radio France - Sébastien Paour

À une heure de route plus à l’ouest, Max Schmidt surveille les quatre pompes de la station hydro-électrique d’Orchard Mesa. Depuis plus de cent ans, elles alimentent la commune de Palisade en électricité et envoient chacune une tonne d’eau par seconde dans le canal qui irrigue ensuite les champs de l’autre côté de la montagne. 

Nous avons environ 1 600 hectares de vignes et de pêchers. La vente de ces fruits rapporte environ 25 millions de dollars par an à la Grande Vallée. Si on ajoute le vin produit avec le raisin, ça monte à 40 millions de dollars. Si nous n'avons pas de neige cette année, ce sera très dur dans la Grande Vallée. Sans eau, pas d'argent. Les prochaines guerres, on se battra pour l'eau, pas pour le pétrole.

Sans eau, les sols sont secs, les incendies font des ravages. Il y en a eu trois l’an dernier parmi les dix plus importants de l’État.   

Les feux, la chaleur, la sécheresse, le cocktail classique des étés de l’ouest américain : un cercle vicieux qui se lit de plus en plus dans le fleuve. Brad Udall est chercheur sur l'eau et le climat à l'université d'État du Colorado, à Fort Colins :

Un certain nombre d'études, dont certaines des miennes, ont tenté de déterminer de combien le débit diminue pour chaque degré Celsius d'augmentation de la température. Et nous pensons que ce chiffre se situe quelque part entre 3% et 10% de baisse de débit par degré. C'est probablement vers le haut de cette fourchette. Et le bassin lui-même s'est réchauffé de plus d'un degré. Cela signifie donc une baisse d'environ 10 % déjà causée par l'augmentation des températures.

Avec des conséquences pour l’agriculture mais aussi le tourisme, les grandes stations de ski comme Aspen ou Vail ont besoin d’eau pour produire de la neige artificielle, tout comme le secteur des semi-conducteurs en aval, lui aussi grand consommateur d’eau du Colorado.

Références

L'équipe

Elise Delève
Collaboration
Sébastien Paour
Journaliste