Léa, jeune DJ, mixe pour la première fois dans une salle de concert, à Paris. ©Radio France - Claire Leys
Léa, jeune DJ, mixe pour la première fois dans une salle de concert, à Paris. ©Radio France - Claire Leys
Léa, jeune DJ, mixe pour la première fois dans une salle de concert, à Paris. ©Radio France - Claire Leys
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Résumé

Les femmes DJ ne représentent que 21% des artistes programmés dans les plus grands festivals électroniques mondiaux. Lassés de cette absence de parité, des collectifs féminins luttent partout en France pour faire évoluer les pratiques de la scène électronique.

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Isolés, perçus comme des ovnis, voire dénigrés il y a quelques années à peine, les collectifs de femmes DJ sont désormais installés dans de nombreuses villes françaises. De Nantes à Marseille, de Grenoble à Paris, tous entendent remédier au manque de visibilité des femmes artistes du monde de la nuit. “Des DJ talentueuses, la scène électronique française n’en manque pas, pointent Rudy et Amira, co-fondatrices du collectif Ecoute Meuf, qui repère de jeunes DJ et organise des soirées à la programmation 100% féminine. Seulement, les programmateurs de festivals et de clubs ne leur ont jamais donné l’opportunité de jouer. Ils ne font pas l’effort d’aller les chercher. Nous voulons prouver que ces femmes-là existent et qu'il n'est pas difficile de les inclure sur scène ”. La preuve par le son, celui que propose Léa par exemple. À 25 ans, elle vient de se lancer dans le DJing et Ecoute Meuf lui a décroché sa toute première date : une soirée au Point Ephémère, lieu culturel hybride situé dans le 10e arrondissement de Paris.  

Rudy et Amira ont co-fondé le collectif "Ecoute Meuf" pour mettre en lumière les femmes DJ.
Rudy et Amira ont co-fondé le collectif "Ecoute Meuf" pour mettre en lumière les femmes DJ.
© Radio France - Claire Leys

Focalisée sur ses platines, Léa, alias Fausse sceptique, affronte pour la première fois les yeux et les oreilles d'un public. Passionnée de musiques électroniques depuis l'adolescence, elle a longuement hésité avant de passer derrière la table de mixage. "Adolescente, je traînais beaucoup avec des DJ, uniquement des hommes, mais ça ne m'était pas venu à l'idée d'essayer, j'avais l'impression qu'il fallait beaucoup de matériel, que cela prenait énormément de temps et l'aspect technique me réfrénait. Et puis, on ne m'a jamais invitée à mixer. Je ne me sentais pas légitime : il y avait une sorte de honte à être mauvaise ou simplement novice dans cet univers exclusivement masculin.", résume-t-elle. 

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Léa, alias Fausse sceptique, au Point Ephémère à Paris.
Léa, alias Fausse sceptique, au Point Ephémère à Paris.
© Radio France - Claire Leys

"Boys club"

Longtemps chasse gardée des hommes, le DJing reste imprégné de la culture "boys-club", ces groupes de garçons qui mixent et construisent leur réseau entre eux. Alors, avec son association, Camille Mathon tente d'offrir aux femmes d'autres portes d'entrée. Elle est directrice artistique de La Petite, une association culturelle basée à Toulouse, qui agit en faveur de l'égalité des genres dans les arts et la culture. Selon elle, les jeunes femmes font face à de nombreux obstacles qui freinent leur carrière artistique. Les explications sont sociologiques :

Camille Mathon, directrice artistique de La Petite

2 min

Les collectifs féminins accordent une attention particulière à la formation des jeunes femmes. Erica, alias La Dame - DJ Carie, mixe depuis vingt ans et préside l'antenne française de Future Female Sounds, une organisation internationale qui enseigne gratuitement les techniques du mix aux femmes puis les aide dans leur gestion de carrière. Les ateliers se tiennent en non-mixité, c'est-à-dire sans homme cisgenre. "C'est nécessaire de se retrouver entre femmes pour apprendre, explique Erica, la musique électronique est un milieu historiquement masculin, étant donné qu'il s'agit de technologie et de machinerie. Lorsque je me retrouve avec des hommes, il est fréquent que certains m'expliquent comment brancher les câbles, alors que je n'ai pas besoin de leur aide. À cela s'ajoutent les commentaires sexistes, poursuit-elle. « Tu mixes bien pour une fille » ou « Sois plus jolie, pourquoi tu es mal habillée ? », c'est une forme de domination masculine". Les collectifs en sont persuadés : l'apprentissage entre femmes permet d'instaurer un climat de bienveillance, de non-jugement et de restaurer l'estime de soi. 

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Prendre sa place 

Pour aider les clubs et autres festivals à diversifier leur programmation, les initiatives ne manquent pas : annuaire répertoriant des femmes artistes, formations et ateliers de sensibilisation aux inégalités de genre dédiés aux professionnels de la nuit... "Les collectifs se mobilisent de manière concrète pour insuffler le changement sur le terrain, assure Cécilia, co-fondatrice du Vénus club, un collectif féminin sorti de terre il y a tout juste un an. On commence à sentir les effets de ces actions, portées depuis longtemps par celles qui nous ont précédées. D'ailleurs, depuis la réouverture des lieux festifs, notre boîte mail explose. Les programmateurs nous sollicitent de plus en plus pour booker les DJ qu'on accompagne, certains ont pris conscience qu'ils occultaient les femmes, les personnes racisées et transgenres, et je crois qu'ils ont sincèrement envie de changer", ajoute-t-elle. 

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La mue reste cependant très lente. Entre 2017 et 2019, les femmes ne représentaient que 21% des artistes programmés dans les plus grands festivals électroniques mondiaux, selon l'étude menée par le réseau Female pressure. Pour interpeller les organisateurs d'évènements sur cette absence de parité femmes-hommes, nombreux sont les collectifs à organiser des festivals ou des soirées à la programmation exclusivement féminine. Le Girls don't cry festival est de ceux-là. Créé par La Petite, il a eu lieu du 26 au 28 novembre dernier, à Toulouse. Cette démarche ne plaît pas à l'ensemble des acteurs du secteur culturel : certains estiment que les femmes DJ y sont mises en avant pour leur genre, plutôt que pour leur art. "Je pense avoir répondu à cette critique en proposant un festival à la programmation exigeante et cohérente, rétorque Camille Mathon, la directrice artistique. Il ne s'agit pas d'inviter toute les femmes artistes de France et d'en faire un line-up. Elles sont si nombreuses qu'il est évident qu'un choix artistique a été fait, et celui-ci répond à des critères de sélection très précis. Ajouter le critère du genre n'enlève rien aux autres." 

Transformer le monde de la nuit 

Une fois qu'elles se jettent dans le grand bain, les femmes DJ sont confrontées à d'autres problématiques liées à leur genre, à commencer par celle des violences sexistes et sexuelles qui polluent le monde de la nuit. Un phénomène récemment revenu au cœur de l'actualité avec le mouvement "Balance ton bar", visant à dénoncer les agressions sexuelles dans les établissements de nuit. Marion Delpech lutte contre ce fléau par le biais d'Act Right, un label de qualité lancé avec Cindie Le Disez, une manager d'artistes. Subventionné par le ministère de la Culture et le Centre national de la musique, Act Right sensibilise les personnels des structures festives et culturelles aux violences faites aux femmes et les forme pour qu'ils puissent réagir en cas d'incident. "Le combat pour l'égalité ne concerne pas uniquement la visibilité des femmes sur scène, c'est une approche globale qui doit inclure la question des violences, et donc améliorer la sécurité des artistes mais aussi celle du public", précise Marion Delpech. Un point sur lequel l'ensemble des collectifs s'accordent, avec l'ambition de transformer le monde de la nuit en profondeur, des deux côtés de la scène. 

Références

L'équipe

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Claire Leys
Journaliste