“L'humain et les projets artistiques passent avant le reste” : Alexandre Mange et Anne Cabarbaye, fondateurs d’Artéphile, théâtre permanent d’Avignon. ©Radio France - Benoît Grossin
“L'humain et les projets artistiques passent avant le reste” : Alexandre Mange et Anne Cabarbaye, fondateurs d’Artéphile, théâtre permanent d’Avignon. ©Radio France - Benoît Grossin
“L'humain et les projets artistiques passent avant le reste” : Alexandre Mange et Anne Cabarbaye, fondateurs d’Artéphile, théâtre permanent d’Avignon. ©Radio France - Benoît Grossin
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Résumé

Les États généraux du "off" cherchent depuis deux ans à établir un festival plus solidaire. Alors qu’un "label qualitatif" est en cours de discussion, un théâtre permanent d’Avignon est déjà sur de bons rails : Artéphile accueille des compagnies en résidence et en toute transparence.

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Avec plus de 1 500 spectacles à l’affiche chaque jour pendant trois semaines, le festival "off" d’Avignon est souvent critiqué pour son mode de fonctionnement. La grande majorité des lieux de représentation, plus de 100 sur 140, ne sont utilisés qu’au mois de juillet, dans des conditions quelquefois déplorables pour les compagnies, nombreuses à prendre un risque financier en tentant de promouvoir leur spectacle.

AF&C, Avignon Festival & Compagnies, l’association qui coordonne et encadre la manifestation vient de lancer une réflexion avec l’ensemble des acteurs pour mettre en place un label, en vue de meilleures pratiques. C’est ce que réclame depuis deux ans le collectif des États généraux du “off” (EGOFF) qui appelait le 25 mars 2021 dans le journal Le Monde, à "renverser un système à bout de souffle et à le réinventer", en pointant un festival "devenu un marché, une foire, un ogre insatiable qui menace de dévorer ses propres enfants".

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“La démarche qu’on veut entamer avec le label, c'est de meilleures pratiques qualitatives” : Laurent Domingos, coprésident d’Avignon Festival & Compagnies

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En prenant notamment en considération les conditions d’accueil des compagnies et du public et la transparence des comptes, ce "label qualitatif" pourrait porter le nom de "théâtre équitable".

Un théâtre permanent d’Avignon coche toutes les cases, depuis son ouverture en 2015 : Artéphile a fait le choix de donner du temps et du confort aux porteuses et porteurs de projets, de la création à la diffusion.

Au théâtre Artéphile, la comédienne et chanteuse Elise Hôte joue “Martine à la plage”, créé et répété dans cette même salle, pour le “off” d’Avignon.
Au théâtre Artéphile, la comédienne et chanteuse Elise Hôte joue “Martine à la plage”, créé et répété dans cette même salle, pour le “off” d’Avignon.
- Benoît Grossin

"Un lieu conçu comme une maison, et ça, c’est extraordinaire !"

Martine à la plage, le spectacle musical que la Compagnie Onavio présente au Festival "off" d’Avignon, dans une salle d’Artéphile, est "le fruit de plusieurs semaines de résidences ici", explique le metteur en scène Alban Coulaud : "Le lieu a été conçu comme une maison et ça, c’est extraordinaire !”, pour un travail de création dans des conditions qu’il n’avait, souligne-t-il, jamais connues jusque-là : "Artéphile, c’est une maison où il y a plein de sourires. Tout est bienveillant. C’est un lieu qui est agréable, qui est chaleureux. Nous sommes bien accueillis, bien reçus.

Alban Coulaud a pu profiter pendant quinze jours au mois de février et neuf autres au mois d’avril, de tous les locaux du théâtre : "Quelquefois, les accueils sont compliqués. J’ai une expérience d’une quinzaine d’années de Festival d’Avignon. C’est rare les lieux sur Avignon qui permettent de créer. La plupart des lieux sont provisoires pour le festival. Ici, il y a vraiment un travail qui est fait à l’année, avec les compagnies. Pour nous, c’est essentiel d’avoir des lieux comme ça qui nous mettent à disposition un plateau hyper bien équipé. Et être sur place quand on répète, quand on finit à deux ou trois heures du matin, avoir juste un escalier à monter pour aller se coucher, c’est juste un confort absolu !

Dans la salle 1 d’Artéphile : Elise Hôte, le metteur en scène Alban Coulaud et les membres du groupe “CLAAP !” à leur droite, Santana Aguemon et Sylvain Rigal.
Dans la salle 1 d’Artéphile : Elise Hôte, le metteur en scène Alban Coulaud et les membres du groupe “CLAAP !” à leur droite, Santana Aguemon et Sylvain Rigal.
© Radio France - Benoît Grossin

"Artéphile prend le temps de faire les choses correctement"

Il y a trois appartements en effet à l’étage du théâtre Artéphile, pour accueillir les compagnies en résidence. La comédienne et chanteuse, Elise Hôte, a pu se mettre sans trop de stress dans la peau de Martine à la plage : “Sécurisant, oui ! On a le temps de s’installer, de faire de vraies générales sur le lieu. Et en prenant la mesure de la salle, de pouvoir bosser en conditions réelles avant les représentations. Tout ne se fait pas en une journée, comme c’est le cas dans beaucoup d’endroits. Le “off” d’Avignon peut avoir un côté supermarché à ciel ouvert, du fait du nombre de spectacles qui sont présentés. Artéphile est un lieu qu’il faudrait généraliser. Il prend le temps de faire les choses correctement. Pas juste des spectacles à la chaîne, où on passe et on part, etc. Être accueilli, c’est important pour bien jouer et pour montrer de beaux spectacles.”

L’accueil des compagnies au théâtre Artéphile passe aussi par la mise à disposition de loges spacieuses.
L’accueil des compagnies au théâtre Artéphile passe aussi par la mise à disposition de loges spacieuses.
© Radio France - Benoît Grossin

"Autant de violence, cela nous paraît totalement inconcevable"

On fait tout pour mettre les spectacles en avant. Et c’est un travail d’une année de préparation pour que ces spectacles puissent rayonner”, assure Anne Cabarbaye. La directrice artistique et cofondatrice d’Artéphile pour laquelle "l’humain et les projets passent avant le reste", ne comprend pas toutes les dérives du "off" : "Artéphile n’est pas dans ce marché tel qu’on peut le constater et nous le renvoyer. Il y a en effet de mauvaises pratiques. Des salles qui ne sont pas équipées, pas de personnel, aucun moyen technique, aucune aide... pas d’espace pour s’habiller, pour se poser ou même pour simplement travailler. Nous, cela nous paraît totalement inconcevable ! Que d’autres théâtres fassent cela et qu’ils imposent aussi à eux-mêmes finalement et à leurs équipes et aux spectateurs, autant de violence !"

Et il n’y a pas de cadence infernale, dans les deux salles de 62 et 94 places d’Artéphile, pendant le festival, "avec sept spectacles par jour dans chaque salle et quarante minutes pour les changements de plateaux, ce qui est rare pour Avignon", selon Alexandre Mange, le cofondateur du lieu, toujours très présent autant en régie que sur scène pour ces changements de plateaux.

Alexandre Mange, cofondateur et directeur technique d’Artéphile, dans le centre de gestion des lumières et du son, pour les deux salles du théâtre avignonnais.
Alexandre Mange, cofondateur et directeur technique d’Artéphile, dans le centre de gestion des lumières et du son, pour les deux salles du théâtre avignonnais.
© Radio France - Benoît Grossin

"La transparence, c’est essentiel pour nous"

À la fois directeur technique et directeur administratif, Alexandre Mange a décidé de ne rien cacher de l’économie du lieu. Artéphile, c’est un investissement d’1,2 million d’euros et une activité, insiste-t-il, tout juste à l’équilibre : "La transparence, c’est essentiel pour nous. On publie nos comptes sur notre site internet. Avec une équipe qu’on rémunère dans des conditions normales, en respectant le droit du travail surtout, absolument. Toutes les heures sont payées. On essaye de faire en sorte que la structure soit viable économiquement. On n’essaye pas de faire des bénéfices. Ce n’est pas le but."

“Je commence à 9h30 et je finis à 19h30, ce qui est très acceptable et très rare dans les théâtres d’Avignon, en accueil” : Matthieu Rivière, intermittent employé d’Artéphile pour le “off".

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Dans l’atelier de techniques scéniques d’Artéphile, Matthieu Rivière, régisseur général du théâtre, pendant le Festival d’Avignon.
Dans l’atelier de techniques scéniques d’Artéphile, Matthieu Rivière, régisseur général du théâtre, pendant le Festival d’Avignon.
© Radio France - Benoît Grossin

Alexandre Mange estime que les choix d’Artéphile n’ont que des conséquences positives : "Plus on accueille bien les compagnies, plus on a de compagnies qui veulent venir jouer chez nous. Plus cela nous permet de faire une programmation de qualité, et plus on fidélise les programmateurs et les spectateurs. C’est donc gagnant-gagnant pour tout le monde."

Et au-delà d’Artéphile, il faudrait selon lui une "vraie charte de conduite" pour l’ensemble des acteurs : "Il y a une réflexion en ce moment pour améliorer le 'off', sur les bonnes pratiques à la fois des compagnies et des lieux. Les deux parties sont concernées. Il faut maintenant que cette réflexion aboutisse à un consensus où tout le monde veuille rentrer dans le jeu."

Des représentants de théâtres et de compagnies planchent en effet actuellement, dans différents groupes de travail, sur un label pour une meilleure structuration du Festival "off" d’Avignon. Ils se retrouveront à l'automne pour tenter d’établir un texte commun.

A l’entrée d’Artéphile, structure culturelle ouverte en 2015, dans le centre d’Avignon, avec l’ambition de soutenir des spectacles, dès leur création.
A l’entrée d’Artéphile, structure culturelle ouverte en 2015, dans le centre d’Avignon, avec l’ambition de soutenir des spectacles, dès leur création.
© Radio France - Benoît Grossin
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Benoît Grossin
Journaliste