Les comédiens rangent eux-mêmes et très vite leur décor au “11 Avignon”, quelques minutes avant l’arrivée des spectateurs de la pièce suivante, dans la salle. ©Radio France - Benoît Grossin
Les comédiens rangent eux-mêmes et très vite leur décor au “11 Avignon”, quelques minutes avant l’arrivée des spectateurs de la pièce suivante, dans la salle. ©Radio France - Benoît Grossin
Les comédiens rangent eux-mêmes et très vite leur décor au “11 Avignon”, quelques minutes avant l’arrivée des spectateurs de la pièce suivante, dans la salle. ©Radio France - Benoît Grossin
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Résumé

Pour mettre à l’affiche 24 spectacles chaque jour pendant trois semaines, le “11 Avignon” a été le théâtre de minutieux préparatifs. Avant le coup d’envoi aujourd’hui des représentations, les derniers filages pour les compagnies sont déterminants pour que tout s’enchaîne, sans retard.

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Avec 1 570 spectacles dans 138 lieux, soit quelque 200 salles pour sa 56e édition, le "off" d’Avignon jusqu’au 30 juillet, va être encore une fois cette année un complément très copieux du festival officiel créé en 1947 par Jean Vilar : le “in” dont le programme de la 76e édition du 7 au 26 juillet est composé d’une cinquantaine de créations, présentées dans l'ambiance feutrée de la Cour d’honneur du Palais des papes, du Cloître des Célestins et d’autres grandes salles de la ville.

1 570 spectacles dans 138 lieux pour le "Off", cela veut dire 11 spectacles en moyenne, dans chacune des structures participant à la manifestation, d’un côté et de l’autre des remparts.

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L’une d’entre elles créée en 2017 à côté du Cloître Saint-Louis, le "11 Avignon", dédié à la création contemporaine, propose 24 spectacles par jour dans ses trois salles ! Autant dire que les derniers préparatifs qui viennent de s’achever sont cruciaux pour que tout se déroule sans problème. C’est un pari technique, autant pour les équipes du théâtre que pour les compagnies qui investissent pour leur avenir.

Des premiers spectacles le matin : Au non du père, Monte Cristo et Grès (tentative de sédimentation) à partir de 9h50, jusqu’aux derniers : Cerebro, Leurs enfants après eux et Scènes de violences conjugales qui débutent au plus tard à 22h15, tout doit être réglé comme du papier à musique.

Derniers réglages son et lumières pour la pièce “2 Sœurs", emmenée par un seul comédien jouant du violon, Marien Tillet.
Derniers réglages son et lumières pour la pièce “2 Sœurs", emmenée par un seul comédien jouant du violon, Marien Tillet.
© Radio France - Benoît Grossin

"Comme une chorégraphie de danse"

Dans les derniers préparatifs pour la pièce 2 Sœurs, c'est le violon d’un comédien qui est au cœur de l’attention de Laurent Le Gall, le régisseur son : "On profite du dernier de ces créneaux pour faire différents ajustements, peaufiner un peu nos réglages pour que cela aille bien, dans cette salle-là." Cela concerne le son mais aussi la lumière.

Avec 24 spectacles à l’affiche, chaque changement de plateau est un vaste mouvement de va-et-vient, dans chaque salle du théâtre.
Avec 24 spectacles à l’affiche, chaque changement de plateau est un vaste mouvement de va-et-vient, dans chaque salle du théâtre.
© Radio France - Benoît Grossin

Et de salle en salle, un homme ne rate aucun changement de plateau, Fred Tanari, le régisseur général : "On m’appelle le général. J’ai ce surnom parce que je suis la personne qui est aux commandes de ce gros bateau, ce théâtre le 11-Avignon où il y a trois salles et 24 compagnies chaque jour. Je fais en sorte qu’on garde le cap pour trois semaines de festival, de festival de folie !"

Avec ses fiches sur les horaires des spectacles, le régisseur général du “11 Avignon”, Fred Tanari, vérifie le bon déroulement des changements de plateaux.
Avec ses fiches sur les horaires des spectacles, le régisseur général du “11 Avignon”, Fred Tanari, vérifie le bon déroulement des changements de plateaux.
© Radio France - Benoît Grossin

Juste avant le coup d’envoi du festival, il veille à ce que tout soit bien coordonné : "Valider les changements entre les compagnies qui sont très très serrés ici, puisqu’on ne dispose que de 25 minutes entre la sortie et l’entrée du public, sachant que les salles sont assez petites, avec des endroits de stockage exigus. Et les éléments de décors sont souvent grands et difficiles à passer dans ces endroits de stockage. Une partie des décors part donc d’un côté et l’autre partie arrive d’un autre côté. On essaye de faire en sorte de se croiser, sans se gêner, comme une chorégraphie de danse. C’est la danse des décors, pour être dans les temps, tout le temps !"

Chaque recoin est utilisé dans cet endroit de stockage exigu de la salle 3 du "11 Avignon".
Chaque recoin est utilisé dans cet endroit de stockage exigu de la salle 3 du "11 Avignon".
- Benoît Grossin
Un lieu de stockage des décors plus spacieux dans la salle 2 du "11 Avignon".
Un lieu de stockage des décors plus spacieux dans la salle 2 du "11 Avignon".
© Radio France - Benoît Grossin

“C’est un pari technique et artistique”

La "danse des décors", se joue sans encombre dans la salle 2, avant The Lulu projekt, une pièce sur l’émancipation d’un jeune homme. Cécile Arthus à la mise en scène pour la compagnie Oblique a choisi un filage, une représentation sans public, pour cette dernière séance de répétitions : "C’est un pari technique et artistique, parce que d’habitude, le montage de ce spectacle-là, de cette scénographie-là, des effets lumière et son, cela représente plus de douze heures de travail. Là, il faut faire ça en dix minutes. Et puis, c’est un énorme investissement financier, plus de 90 000 euros. On a une grosse production, avec huit personnes au plateau. Alors oui, nous sommes subventionnés, mais il faut qu’on arrive évidemment à rentabiliser cela et à donner de la visibilité à ce spectacle sur les prochains mois et les prochaines années, afin qu’il rencontre au maximum les publics."

Cécile Arthus, metteuse en scène de “The Lulu projekt” et les comédiens sur scène, au début du dernier filage, avant la rencontre avec le public du festival.
Cécile Arthus, metteuse en scène de “The Lulu projekt” et les comédiens sur scène, au début du dernier filage, avant la rencontre avec le public du festival.
© Radio France - Benoît Grossin

Cela dépendra bien sûr des programmateurs qui font traditionnellement leur marché, pendant le Festival d’Avignon. Guillaume Fafiotte, dans le rôle le Lulu, est concentré, impatient et il le dit, comme tout comédien : “On est traqueux, voilà, ça fait partie du métier ! Traqueux, mais on sent aussi toute la motivation pour être ici. Avignon, c’est quand même une grande partie de l’histoire du théâtre. Nous sommes donc toujours très heureux d’être là. Mais c’est la pression, parce qu’il y a beaucoup de monde, beaucoup de concurrence, malheureusement. Alors que finalement, c’est plutôt à chacun de créer des synergies pour qu’on fasse ce festival tous ensemble.

“Défendre les femmes et la diversité”

Et le premier objectif de Laurent Sroussi, le codirecteur du 11-Avignon, cinq après sa création, est bien de défendre le théâtre contemporain : "Tout le sens de cette aventure, c’est de défendre des formes de théâtre qui nous tiennent à cœur et qui ont besoin d’espace, des plateaux de taille suffisante. La jauge des salles pour nous est secondaire. Ce qui est très important, c’est l’espace scénique ! Nous proposons essentiellement du théâtre contemporain, du théâtre qui questionne la façon dont on voit le monde. Cela veut dire défendre les femmes. Cela veut dire aussi défendre la présence de la diversité à la mise en scène, à l’écriture ou au plateau. Idéalement, un spectateur, après avoir vu spectacle chez nous, ne voit pas certains aspects du monde de la même façon. C’est ça notre utopie."

Les salles du 11-Avignon pour les 24 spectacles à l’affiche peuvent accueillir, en trois semaines de festival, jusqu’à plus de 90 000 spectateurs.

La façade du “11 Avignon” sur le boulevard Raspail, le 4 juillet 2022, à trois jours du coup d’envoi de la 56e édition du “off”.
La façade du “11 Avignon” sur le boulevard Raspail, le 4 juillet 2022, à trois jours du coup d’envoi de la 56e édition du “off”.
© Radio France - Benoît Grossin
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