Des civils s'entraînent à tirer à Lviv en Ukraine, le 22 février 2022
Des civils s'entraînent à tirer à Lviv en Ukraine, le 22 février 2022 ©AFP - Yuriy DYACHYSHYN
Des civils s'entraînent à tirer à Lviv en Ukraine, le 22 février 2022 ©AFP - Yuriy DYACHYSHYN
Des civils s'entraînent à tirer à Lviv en Ukraine, le 22 février 2022 ©AFP - Yuriy DYACHYSHYN
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L'invasion russe se poursuit en Ukraine. Pour tenter d'y faire barrage, les Ukrainiens se mobilisent et certains n'hésitent pas à rejoindre les rangs de la défense territoriale, une armée provisoire, même s'ils n'ont jamais tenu d'arme de leur vie. Reportage à Lviv.

Alors que l’invasion russe se poursuit, l’Ukraine tente de faire barrage à la puissance de feu de l’armée de Vladimir Poutine. La 2e plus grande armée du monde bénéficie sur le papier d’une supériorité militaire écrasante.

Les Ukrainiens ont donc besoin de toutes les forces vives de la nation. Le président Zelensky a d’ailleurs décrété la mobilisation générale vendredi dernier. Tous les hommes âgés de 18 à 60 ans ont interdiction de quitter le territoire.

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Par ailleurs, sur la base du volontariat, les citoyens ukrainiens peuvent rejoindre les rangs de la défense territoriale, une armée provisoire constituée d’hommes et de femmes qui pour certains n’ont jamais tenu une arme de leur vie. Plusieurs de ces volontaires sont à Lviv, une ville à l'ouest du pays.

L'Esprit public
58 min

Aucune expérience de la guerre

Il n'y a pas de bombardements, ni de troupes russes à Lviv. Pour autant la guerre est bien là :  avec des sirènes, d’exercice pour le moment et des files d'Ukrainiens qui s’inscrivent à la mairie pour rejoindre les rangs de la défense territoriale. Depuis l'invasion russe, cette armée de réservistes s’ouvre à tous les civils en âge de combattre, même ceux qui n’ont aucune expérience de la guerre. C'est le cas de Michaïl :

J’ai assisté aux événements de la place Maïdan (Kiev) en 2014, mais je n’ai jamais été en confrontation directe avec un ennemi. Mon fils est informaticien. Moi je suis directeur d’une revue littéraire universitaire, alors tout ce qui est "militaire", ce n’est pas ma tasse de thé… Et pourtant on est là !  
> Michaïl, un Ukrainien venu rejoindre la défense nationale

Michaïl, directeur d'une revue littéraire universitaire, a rejoint la défense territoriale
Michaïl, directeur d'une revue littéraire universitaire, a rejoint la défense territoriale
© Radio France - Boris Loumagne

Son fils est là mais en retrait derrière lui, "mon fils, la timidité le décore", dit-il, expression ukrainienne, des mots de tendresse d’un père pour son fils.

C’est une grande tragédie pour n’importe quel père d’envoyer son fils à la guerre et potentiellement de le voir se faire tuer pendant des combats. D’autant plus qu’avec ma femme, c’est notre fils unique. Mais si notre pays nous le demande, nous irons tous les deux sans aucune hésitation. Et puis cela fait plusieurs jours qu’on tourne dans notre appartement comme des lions en cage. On ne trouve pas la paix parce que l’on comprend que s’engager, c’est notre devoir et que notre pays a besoin de nous. Le président russe est comme un ours, un énorme ours. Il nous regarde de haut et il pense qu’il peut nous intimider. Mais ce n’est qu’une bête, une bête du nord. Et nous, on est là pour le vaincre.  
> Michaïl

Un climat de méfiance

"On est sûr qu’il y a des espions russes dans la ville. Il y a une heure on a arrêté une personne très louche. On sait également que des gens se promènent la nuit et font des marquages sur les immeubles. On est donc là pour surveiller. Et si jamais on voit quelqu’un de suspect, on appelle la police et la police arrive", redoute Victor, un retraité qui patrouille sur place.

Il lui s’est porté volontaire pour patrouiller de nuit, après le couvre-feu de 22h. Il est difficile de confirmer les faits avancés par le retraité, mais cela témoigne tout de même de cet état de méfiance permanente qui plane ici. Une méfiance qui n'entame pas pour autant le moral de ces troupes de soldats amateurs.

Dans notre pays, comme dans d’autres, il y a des problèmes politiques, des divisions. Mais cette situation chez nous en ce moment a vraiment uni les gens. Vous savez, les Ukrainiens ont toujours des petites bagarres entre eux mais quand il y a un malheur ils sont tous là, debout !  
> Victor, un retraité qui a rejoint la défense territoriale

Victor est retraité et s'est porté volontaire pour des patrouilles de nuit
Victor est retraité et s'est porté volontaire pour des patrouilles de nuit
© Radio France - Boris Loumagne

Étudiante et bénévole

Et debout, alors que la neige commence à tomber sur cette place de la mairie, Anna, une étudiante fait la queue également. Elle est trop jeune pour rejoindre les réservistes. Mais elle s’est tout de même inscrite sur une liste de bénévoles.

Chacun essaie d’être utile à son pays, Chacun essaie de faire le maximum. Certains partent à la gare pour récupérer des réfugiés et les mettre à l’abri. Tout à l’heure avec mes amis bénévoles, on était en train de coudre des tenues de camouflage. Et là, je vais aller faire une formation de premier secours.  
> Anna, une étudiante bénévole

Anna, une étudiante, est bénévole pour être "utile à son pays"
Anna, une étudiante, est bénévole pour être "utile à son pays"
© Radio France - Boris Loumagne

Alors que beaucoup de propos ici sont souvent belliqueux, martiaux, ceux d’Anna se démarquent quelque peu :

Je voulais juste ajouter que nous ne sommes pas ravis d’entendre que des Russes sont morts. Eux aussi ce sont des humains. Mais seulement, on n’arrive pas à comprendre comment on peut encore se battre comme cela au XXIe siècle. Parfois nous aussi, Ukrainiens, nous avons des phrases dures envers les Russes, mais c’est à cause de cette incompréhension totale de cette agression.

"Et face à cette incompréhension, face à cette invasion, vous n’imaginez pas à quel point nous sommes unis", conclut Anna.

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