Devant l'un des bâtiments de l'ancienne usine Whirlpool d'Amiens, François Gorlia, Christophe Beaugrand, Frédéric Chantrelle et Patrice Sinoquet
Devant l'un des bâtiments de l'ancienne usine Whirlpool d'Amiens, François Gorlia, Christophe Beaugrand, Frédéric Chantrelle et Patrice Sinoquet
Devant l'un des bâtiments de l'ancienne usine Whirlpool d'Amiens, François Gorlia, Christophe Beaugrand, Frédéric Chantrelle et Patrice Sinoquet ©Radio France - Rosalie Lafarge
Devant l'un des bâtiments de l'ancienne usine Whirlpool d'Amiens, François Gorlia, Christophe Beaugrand, Frédéric Chantrelle et Patrice Sinoquet ©Radio France - Rosalie Lafarge
Devant l'un des bâtiments de l'ancienne usine Whirlpool d'Amiens, François Gorlia, Christophe Beaugrand, Frédéric Chantrelle et Patrice Sinoquet ©Radio France - Rosalie Lafarge
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Résumé

Chaque mercredi jusqu'au premier tour de la présidentielle, France Culture tend son micro aux Français pour connaître leurs attentes, leurs espoirs et le regard qu'ils portent sur la campagne. Épisode 1 : la campagne vue de l'ancienne usine Whirlpool d'Amiens, dans les Hauts-de-France.

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Il a été le théâtre de l'affrontement de l'entre-deux tours en 2017, entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Désormais, le parking de l'ancienne usine Whirlpool d'Amiens est désert. Il n'y a plus de pneus qui brûlent, plus de barnum, plus de banderoles. Plus de salariés non plus, ou presque.

Figures de la contestation il y a cinq ans, les trois représentants syndicaux qui nous accueillent restent salariés par Whirlpool, après une décision du tribunal administratif. Plusieurs fois par semaine, ils badgent, passent le tourniquet, traversent les locaux vides et se réunissent dans une petite salle pour faire le point sur la situation des près de 300 personnes qui fabriquaient ici des sèche-linge, avant que l'usine ne soit délocalisée en Pologne et ne décroche le logo sur le mur de l'entrée. "Ici, on a tombé la pancarte Whirlpool pour la remplacer par WN, douze mois après on a tombé la pancarte WN pour Ageco, et puis aujourd'hui, on a tombé Ageco pour rien du tout, on en est là", résume Patrice Sinoquet, représentant CFDT.

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En 2017, de nombreux salariés de Whirlpool, en colère après l'annonce de la délocalisation de l'usine, étaient venus manifester devant le siège à Paris.
En 2017, de nombreux salariés de Whirlpool, en colère après l'annonce de la délocalisation de l'usine, étaient venus manifester devant le siège à Paris.
© Radio France - Rosalie Lafarge

En savoir plus : Philippe Askenazy : quelles mécaniques en jeu derrière le cas Whirlpool ?

L'amertume

Officiellement, sur les 286 salariés de Whirlpool Amiens (278 selon les chiffres du groupe), 43 n'ont aujourd'hui aucune solution. Un chiffre trompeur, selon le délégué CGT François Gorlia. "Il n'y a que 20 à 30 personnes qui ont vraiment retrouvé un boulot fixe en CDI, le reste c'est du travail précaire, du travail à la semaine", tient-il à souligner.

Alors l'amertume s'est installée. "Forcément, on ne peut être que déçu des promesses des personnes politiques. Et quel que soit leur bord", tranche Frédéric Chantrelle à la CFDT_. "Que ce soit Macron, la droite, l'extrême droite, l'extrême gauche, pour moi ils sont tous pareils. Quand on verra des actes, de vrais actes, des augmentations du Smic, des emplois, on validera et on dira 'merci la politique'. Mais pour l'instant, la politique, nada"_.

Le découragement

"C'est clair ! J'y ai toujours cru, mais je me suis fait berner", abonde Christophe Beaugrand, licencié par Whirlpool, puis par WN, puis par Ageco. Trois licenciements en trois ans, donc, pour cet homme de 44 ans, qui n'est pas sûr de se déplacer jusqu'au bureau de vote le 10 avril.

Honnêtement, je ne sais pas si j'irai voter. C'est bon, j'en ai soupé. Je ne crois plus à rien. Aucun bord politique. Regardez, ici on a 17 hectares à l'abandon, en friche… Partout, ça ne fait que délocaliser. Et on ne fait rien ? On ne peut rien faire pour retenir ces entreprises ? Je ne comprends pas. Christophe Beaugrand.

Entré chez Whirlpool en 1996, Christophe Beaugrand a été licencié quand l'usine a été délocalisée en Pologne, puis repris et licencié par les deux repreneurs
Entré chez Whirlpool en 1996, Christophe Beaugrand a été licencié quand l'usine a été délocalisée en Pologne, puis repris et licencié par les deux repreneurs
© Radio France - Rosalie Lafarge

La défiance

Les quatre amis voient bien tous les candidats parler de leur volonté de "réindustrialiser la France". Mais pour Patrice Sinoquet, "ce sont des programmes de bluffeurs".

On sait très bien qu'ils font des programmes en sachant, pour la plupart, qu'ils ne seront pas capables d'assumer derrière, ça ne sert à rien. Il faut être correct avec les gens et arrêter de leur jeter de la poudre aux yeux. Patrice Sinoquet

Patrice Sinoquet, délégué CFDT de Whirlpool Amiens, réintégré à la suite d'une décision du tribunal administratif
Patrice Sinoquet, délégué CFDT de Whirlpool Amiens, réintégré à la suite d'une décision du tribunal administratif
© Radio France - Rosalie Lafarge

"Sur cinq kilomètres autour de Whirlpool, il y avait plus de 5 000 emplois avant. Mais les fermetures s'enchaînent, tout ferme. Alors moi je veux bien entendre parler de réindustrialisation...", résume amer Frédéric Chantrelle. "Mais quelle 'réindus' ?" s'interroge François Gorlia. "Ils ne vont pas faire revenir du sèche-linge, de la ferraille ou du pneu par ici, ça ne reviendra pas", poursuit-il appuyé par Christophe Beaugrand qui ajoute qu'il n'y a, selon lui, "plus aucun espoir" à ce niveau-là. "Dans la région, il n'y a plus rien, et le peu qui reste partira tôt ou tard".

Les fermetures s'enchaînent, tout ferme. Alors moi, je veux bien entendre parler de réindustrialisation... Frédéric Chantrelle

Frédéric Chantrelle, délégué CFDT de Whirlpool Amiens, réintégré à la suite d'une décision du tribunal administratif
Frédéric Chantrelle, délégué CFDT de Whirlpool Amiens, réintégré à la suite d'une décision du tribunal administratif
© Radio France - Rosalie Lafarge

La volonté d'aller voter, malgré tout

Et pourtant, Patrice Sinoquet ira tout de même voter. S'il ne sait pas encore quel bulletin il choisira, il sait déjà de qui il ne veut pas. "Contrairement aux autres années, où mon choix était fait, là, je ne vais pas voter pour une dame que je n'ai ni vue ni entendue depuis cinq ans", assure-t-il. Cette fois, l'ouvrier ne donnera donc pas sa voix au Rassemblement national.

Ni le RN, ni Eric Zemmour, ajoute Frédéric Chantrelle pour qui le polémiste ne peut pas entrer dans le cadre d'une discussion politique "sérieuse". Mais lui non plus n'a pas fait son choix. Comme François Gorlia d'ailleurs. "Pour trancher, je tirerai peut-être à la courte paille, puisqu'ils jouent avec nous à la courte paille". "Ou pique nique douille", lui suggère en riant un collègue.

Pour trancher, je tirerai à la courte paille peut-être, puisqu'ils jouent avec nous à la courte paille. François Gorlia

François Gorlia, délégué CGT de Whirlpool Amiens, réintégré à la suite d'une décision du tribunal administratif
François Gorlia, délégué CGT de Whirlpool Amiens, réintégré à la suite d'une décision du tribunal administratif
© Radio France - Rosalie Lafarge

Leurs espoirs, les quatre Whirlpool ou ex-Whirlpool les placent bien en dehors des partis politiques. "Moi, j'ai été content quand il y a eu le mouvement des 'gilets jaunes'", explique Frédéric Chantrelle, CFDT, "je me suis dit, 'ça y est, après 1789 et 1968, voici 2018' !" Et même s'il se fait plus discret, le mouvement citoyen "n'est pas mort", assurent les quatre 'gilets jaunes', persuadés de sa capacité à reprendre de plus belle à l'approche du premier tour de la présidentielle.

En savoir plus : Sur la route… des ouvriers de Whirlpool

Et découvrez ici tous les reportages de notre série "La campagne présidentielle 2022 vue de"

Références

L'équipe

Rosalie Lafarge
Journaliste