Samuel Sandler, chez lui, devant la dernière photo de sa famille avant le drame.
Samuel Sandler, chez lui, devant la dernière photo de sa famille avant le drame. ©Radio France - Florence Sturm
Samuel Sandler, chez lui, devant la dernière photo de sa famille avant le drame. ©Radio France - Florence Sturm
Samuel Sandler, chez lui, devant la dernière photo de sa famille avant le drame. ©Radio France - Florence Sturm
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Abdelkader Merah, le frère du tueur de Toulouse et Montauban est rejugé en appel par la cour d'assises de Paris. Comment les familles des victimes abordent-elles ce nouveau procès ? Rencontre avec Samuel Sandler, père de l'enseignant tué avec ses deux fils à l'école Ozar Hatorah.

Une nouvelle cour d'assises spécialement constituée de sept magistrats professionnels va rejuger à compter d'aujourd'hui ( jusqu'au 25 mars) Abdelkader Merah, le frère du tueur de Toulouse et Montauban, ainsi que Fettah Malki. 

Mohamed Merah, lui, avait été abattu par le RAID après avoir assassiné trois militaires, un enseignant et trois enfants en mars 2012.    

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Lors du premier procès, en novembre 2017, Abdelkader Merah avait été condamné à 20 ans de réclusion criminelle pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste criminelle mais acquitté des faits de complicité d'assassinats. 

Fettah Malki, reconnu coupable d'avoir fourni une arme à Mohamed Merah, avait été pour sa part condamné à 14 ans de réclusion criminelle. Le parquet qui avait requis la réclusion criminelle à perpétuité avait aussitôt fait appel du verdict. 226 personnes se sont constituées parties civiles...  

Comment les victimes et leurs familles  abordent-elles ce nouveau procès ? Florence Sturm a rencontré Samuel Sandler, qui a perdu son fils et ses deux petits fils, abattus par le tueur à l'école Ozar Hatorah de Toulouse.  

Latifa Ibn Ziaten : "lors du dernier procès, ce fut vraiment très dur, pour moi, pour ma famille"

Depuis la mort de son fils, Mohamed Ibn Ziaten, le premier des trois militaires abattus par Mohamed Merah, Latifa Ibn Ziaten a créé une association et s'est lancée dans un combat pour la paix auprès des jeunes. Elle sera présente à ce deuxième procès, mais elle appréhende l'échéance. Florence Sturm l'a également rencontrée ces derniers jours :

Latifa Ibn Ziaten avec Florence Sturm

1 min

"Lors du dernier procès, ce fut vraiment très dur, pour moi, pour ma famille. Le verdict n’était pas satisfaisant. J’espère qu’il y aura davantage de lumière, de dignité. Je ne dirais pas que je n’ai pas confiance en la justice, au contraire, j’ai confiance mais en 2017, le procès a davantage ressemblé à un spectacle qu’à un procès. C’était trop dur à supporter pour les familles. Certains avocats ont oublié les familles de victimes. J’espère que cette fois nos enfants pourront reposer en paix en sortant de ce procès. Mais je veux être là pour mon fils."

Latifa Ibn Ziaten, dans la cour de la mairie qui abrite une permanence de son association
Latifa Ibn Ziaten, dans la cour de la mairie qui abrite une permanence de son association
© Radio France - Florence Sturm

Qu’attendez-vous de ce procès et du principal accusé, Abdelkader Merah ?

"J’espère que cet homme parlera. S’il est humain, en voyant ces mères, ces pères, toutes ces familles en face de lui, j’espère qu’il aura une réaction. Sinon, il restera un monstre jusqu’à la fin de sa vie. La dernière fois, on n’a pas retenu la complicité mais moi, je suis certaine qu’il est complice de son frère. Et je voudrais qu’il parle, qu’il dise comment il l’a aidé, de quelle manière, parce que cet homme-là ne parle pas. Les seules phrases qu’il a dites sont restées gravées dans ma mémoire, comme lorsqu’il déclare « mon frère, j’espère qu’il ira au paradis »…Tuer sept personnes et il pense que son frère ira au paradis. C’est trop dur. Je voudrais juste lui dire : « Dites-nous la vérité. Regarde ces mères qui sont en face de toi et qui souffrent ». Je n’ai pas besoin de ses excuses. Ses excuses, c’est trop tard. Mais je voudrais, avant de partir de ce monde, savoir pourquoi son frère a tué mon fils."                    

Lors du premier procès, la cour d’assises a estimé qu’il n’y avait pas suffisamment d’éléments matériels pour retenir la complicité.

"Vous savez, ces gens-là ne laissent pas de traces. Ils n’ont pas de téléphone, pas d’Internet, ils sont très intelligents, plus intelligents que nous. Il n’y a pas de preuves et il est protégé par ça. Mais je suis sûre et certaine qu’il est complice. Tout était préparé et ce n’est pas humain. Jamais je n’oublierai son visage et la manière qu’il avait de regarder, quelqu’un qui regarde sans regarder, qui est vraiment totalement absent. Je ne l’ai pas quitté des yeux durant tout le procès mais je ne pense pas qu’il me voyait."

Vous poursuivez votre engagement auprès des jeunes ?

Oui, avec cette blessure au fond de mon cœur d’avoir perdu un fils, entendre des jeunes dire « Merah, c’est un martyr, un héros », il fallait que j’aille à leur rencontre, que je tende la main et jusqu’à la fin de ma vie, je resterai sur le terrain,  j’en ai fait la promesse à mon fils. Il y a beaucoup de jeunes qui me voient en tant que mère, femme de combat, femme de mission, et combien me disent « aidez-nous, Madame ». Aujourd’hui, il y a beaucoup de fragilités, de souffrances. Des jeunes sont livrés à eux-mêmes, ils ont besoin d’amour, besoin d’être intégrés, orientés, aimés, respectés. Désormais, c’est mon travail et je ne dois pas m’arrêter là."

4 min

L'équipe

Micro France Culture
Micro France Culture
Éric Chaverou
Collaboration
Florence Sturm
Journaliste