Dans la salle anéchoïque du laboratoire d'acoustique de l'université du Mans. Une salle "presque sourde" unique au monde. ©Radio France - Cécile de Kervasdoué
Dans la salle anéchoïque du laboratoire d'acoustique de l'université du Mans. Une salle "presque sourde" unique au monde. ©Radio France - Cécile de Kervasdoué
Dans la salle anéchoïque du laboratoire d'acoustique de l'université du Mans. Une salle "presque sourde" unique au monde. ©Radio France - Cécile de Kervasdoué
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Résumé

Avec un laboratoire d'acoustique, des équipements uniques au monde, une formation prisée de design sonore, un centre de formation des métiers de la musique et de multiples entreprises d'acoustique, la ville du Mans est une capitale internationalement reconnue du son. Mais le public n'en sait rien.

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Capitale de la course automobile et des rillettes, le Mans est aujourd'hui la capitale internationale de l'innovation sonore. Recherche fondamentale, formations de chercheurs, de designers, de musiciens, d'acousticiens, mises en application industrielles... Il existe au Mans tout un écosystème sonore encore méconnu du grand public. Pour y remédier, le maire socialiste de la ville, Stéphane le Foll, soutenu par le département et la région, a lancé il y a deux ans une biennale internationale du son, le Mans Sonore.

Le LAUM, le laboratoire d'acoustique

C'est à la périphérie ouest de la ville dans le quartier des universités que l'aventure sonore du Mans a commencé il y a plus de quarante ans. Michel et Anne-Marie Bruneau, deux chercheurs en physique nucléaire, commencent à travailler sur des haut-parleurs et se créent une spécialité : l'acoustique.

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La recherche acoustique n'avait rien de neuf, car elle est très ancienne et remonte aussi loin que Pythagore. Elle a des incidences dans notre vie quotidienne puisque c'est la base par exemple de nos échographies. Mais ce que nous avons inventé est différent : c'est une méthode de recherche "fondamentale appliquée" qui, en lien avec des industriels, a permis de travailler sur des sujets qui n'intéressaient d'abord que nous.                                
Pierrick Lotton, chercheur CNRS, directeur du Laboratoire d'acoustique de l'Université du mans, le Laum.

En 1981, les époux Bruneau créent au Mans le premier laboratoire d'acoustique reconnu par le CNRS, avec une chambre réverbérante et une salle anéchoïque, c'est à dire presque sourde, pour faire leurs mesures. Aujourd'hui, 170 chercheurs venus du monde entier y travaillent, tant sur les matériaux de construction, l'acoustique dans les transports, le bruit des gouttes d'eau, les anches de clarinette ou encore la thermoacoustique, c'est-à-dire une méthode qui permet à partir d'une source de chaleur de produire un son qui sera transformé en énergie. Une méthode aussi productive que les panneaux photovoltaïques en beaucoup moins polluant.

La forme jouet d'une machine thermoacoustiquepour expliquer le principe au Laboratoire d'acoustique de l'université du Mans
La forme jouet d'une machine thermoacoustiquepour expliquer le principe au Laboratoire d'acoustique de l'université du Mans
© Radio France - Cécile de Kervasdoué

Aujourd'hui, ce laboratoire qui forme chaque année 500 étudiants venus du monde entier est une sorte de Villa Médicis du son. Tous les acousticiens d'Europe y sont passés.

L'ITEMM, l'école des métiers de la musique

Juste en face du Laum, l'Itemm : l'école des métiers de la musique du Mans. C'est l'autre institution de la ville. Car si à l'origine, en 1964, il s'agissait surtout de former des réparateurs et des facteurs de piano, d'accordéon, d'instrument à vent ou de guitare, aujourd'hui l'école, qui forme 180 élèves par an, mise sur l'innovation dans la fabrique des instruments de musique.

Il s'agit de récupérer un marché de fabrication et de vente d'instruments de musique qui est aujourd'hui en Asie, où l'on produit surtout des instruments d'entrée de gamme. Nous voulons relocaliser la production d'instruments en France et en Europe avec de la moyenne gamme, car aujourd'hui nous ne faisons que du très haut de gamme. Pour cela, il faut inventer de nouveaux produits avec de nouveaux matériaux.                          
Carole le Rendu, directrice de l'Itemm

La guitare en lin, même son, même toucher mais fabriquée en France et qui s'affranchit des bois exotiques
La guitare en lin, même son, même toucher mais fabriquée en France et qui s'affranchit des bois exotiques
© Radio France - Cécile de Kervasdoué

Au sein de l'Itemm, deux chercheurs travaillent donc sur de nouveaux instruments, comme par exemple une guitare en lin qui évite l'exportation de bois exotiques et reste moins sensible à l'humidité, plus rapide à fabriquer et moins chère qu'une guitare en bois massif.

Une pépinière de start-up

Très vite, les recherches sur le son ont trouvé un écho chez les artistes avec la création il y a dix ans d'un diplôme de design sonore au sein des Beaux-Arts du Mans. Les premiers diplômés de cette formation sortent avec des idées plein la tête que, pour certains, ils choisissent de commercialiser. C'est le cas de deux start-up installées au Mans depuis 2018. Sound to Sight et Metacoustic. Elles proposent des solutions aux entreprises face aux problèmes croissants et de plus en plus réglementés de nuisances sonores.

Un véritable défi d'avenir depuis que l'Ademe a sorti ce chiffre : les nuisances sonores coûtent chaque année 147 milliards d'euros à la France ! Le Mans capitale sonore n'en a donc pas fini de se développer. En octobre 2022, elle accueillera un techno-campus pour mettre encore plus en relation chercheurs, artistes et industriels autour des questions de son.