Olivier Terrien, secrétaire général CGT du CHU de Nantes, expose la blouse qu'il portait lors de la pose de la première pierre. ©Radio France - T.S.
Olivier Terrien, secrétaire général CGT du CHU de Nantes, expose la blouse qu'il portait lors de la pose de la première pierre. ©Radio France - T.S.
Olivier Terrien, secrétaire général CGT du CHU de Nantes, expose la blouse qu'il portait lors de la pose de la première pierre. ©Radio France - T.S.
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Résumé

C'est le plus gros investissement hospitalier mené en France aujourd'hui. Le CHU flambant neuf prévu pour 2027 à Nantes coûtera au moins 1,2 milliard d'euros. Mais ses opposants veulent croire qu'ils pourront infléchir le projet.

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Depuis une vingtaine d'années, la ville de Nantes rêve d'installer un CHU sur l'île qui se trouve au coeur de sa cité. Le projet a émergé sous la municipalité de Jean-Marc Ayrault et il est désormais porté par celle qui lui a succédé, Johanna Rolland.

À l'origine, plusieurs scénarios ont été étudiés dont l'objectif était de rassembler sur un même site les différentes structures qui composent l'actuel CHU. Aujourd'hui, rappelle la Chambre régionale des comptes, dans son dernier rapport (qui date de 2020), le CHU est composé de neuf établissements dispersés sur six sites géographiques. Il est comparable aux hôpitaux de Strasbourg ou Rouen et avec ses 12 600 agents et il est le principal employeur de la région.

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Dès le début des années 2000, plusieurs études de faisabilité ont été menées et qu'il est un peu long de lister. Finalement, la piste retenue a été celle d'un regroupement sur le site de l'île de Nantes. Une piste validée par l'Etat via son Comité interministériel de la performance (le Copermo) en juillet 2013.

L'objectif était donc de créer un site unique et d'y installer les activités dites de "court séjour", notamment les lits de médecine, de chirurgie et d'obstétrique, situés pour l'essentiel à l'Hôtel Dieu - où se trouve aussi l'hôpital mère enfant - et à Saint-Herblain, une commune au nord de Nantes, où se trouve l'hôpital Laennec. Mais ce déménagement implique la fermeture des structures existantes ce qui, pour les opposants au projet, est une hérésie.

Les critiques qui s'expriment sont nombreuses et visent le choix de l'emplacement du futur CHU, le déménagement en lui-même et son coût, l'endettement important qui va suivre, la réduction du nombre de lits d'hospitalisation, l'impact sur les conditions de travail, la casse des établissements existants, etc ...

Malgré tous ces griefs, les autorités n'ont pas l'intention de revenir sur leur choix. Une première pierre symbolique (qui a pris la forme d'un Légo blanc) a été posée le 21 janvier dernier. Sous une grande tente blanche, devant un parterre d'invités, en présence notamment du premier ministre Jean Castex, la Maire de Nantes Johanna Rolland est montée la première à la tribune pour saluer ce "moment important". Beaucoup de personnalités étaient présentes, l'ancien maire et premier ministre Jean-Marc Ayrault, la directrice du CHU, les responsables de l'ARS, de la région, de la Commission médicale d'établissement et bien d'autres. Une façon de marteler officiellement que le chantier est désormais acté.

Il n'est plus question de remettre en cause le projet, dont les travaux ont démarré explique Florence Jay-Passot, la directrice générale adjointe du CHU de Nantes, en charge du projet du nouvel hôpital. (Tendez bien l'oreille, la liaison n'est pas excellente):

"L'établissement va concentrer le meilleur du soin, de l'enseignement et de la recherche."

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"C'est d'abord un formidable investissement pour la santé qui va bénéficier directement à la population de l'agglomération nantaise, explique la directrice générale adjointe, et plus largement du territoire et à l'ensemble des professionnels du CHU. C'est un établissement qui sera l'un des plus pointus de France et peut-être même d'Europe. Il va être dédié à la prise en charge de toutes les activités médicales de court séjour qui ont besoin d'u plateau technique de pointe. Il aura la particularité d'être modulable et sera armé pour répondre aux besoins de santé."

La direction veut tirer ainsi les leçons de la crise Covid. Mais aussi augmenter les prises en charge ambulatoires qui devraient représenter plus de 60% des activités. Le nouveau CHU sera aussi inscrit dans un grand quartier de la santé : "On ne construit pas seulement un CHU, mais des instituts de recherche en santé et une faculté de médecine qui va s'installer à proximité immédiate", synthétise Laurence Jay-Passot.

Pourtant, ce déménagement ne fait pas l'unanimité. À l'intérieur du CHU de Nantes, le syndicat CGT, en particulier, mène une longue bataille contre le projet de regroupement. Tout comme l'association Gaela - pour Groupement d'Etudes et d'Analyses de Loire Atlantique - qui réunit des citoyens nantais soucieux d'étudier de près les aménagements du territoire décidés par les autorités.

À ce titre, Gaela s'est engagée il y a déjà plusieurs années contre le nouveau CHU. En raison, d'abord, du site choisi - sur l'île de Nantes - lui paraissait peu adéquat. Il s'agit en effet d'une dizaine d'hectares situés en zone inondable et difficile d'accès.

Les cofondateurs de l'association, Jean-Marie Ravier, chef d'entreprise à la retraite et Bernard Le Mével, ancien directeur du Centre anti-cancer René Gauducheau situé près de l'hôpital Laennec à Nantes, détaillent les inconvénients majeurs du site choisi :

"On veut regrouper sur 10 hectares l'hôtel Dieu et l'hôpital Laennec qui sont installés sur 67 hectares !

5 min

Malgré toutes ces critiques, la métropole de Nantes soutient le projet depuis l'origine. Elle s'est donc engagée à faciliter l'accès au futur hôpital. La Ville va investir dans la construction de deux tronçons de tramway supplémentaires et dans l'élargissement du pont Anne de Bretagne, qui sera doublé. L'opération n'est pas totalement chiffrée, mais la construction de deux tronçons supplémentaires (lignes 6 et 7) coûtera plus de 170 millions d'euros à la métropole, sans compter l'achat de nouvelles rames et le doublement du pont, si l'on en croît Ouest France. Le gouvernement de Jean Castex a d'ailleurs débloqué récemment 20 millions d'euros supplémentaires pour aider la ville à développer son tramway en général.

Parmi les opposants les plus farouches au projet, il faut compter la CGT qui combat le déménagement depuis le début. Olivier Terrien, secrétaire général CGT du CHU de Nantes, était présent au moment de la pose de la première pierre. Mais il n'a pas assisté longtemps à la cérémonie ... en raison de la blouse qu'il arborait (voir photo) il a été prié, de façon assez musclée, de sortir.

Références

L'équipe

Tara Schlegel
Journaliste