Un poste frontière entre l'Ukraine et la Russie dans la région de Belgorod : le point de contrôle Verigovka-Chugunovka (photo du 20 avril 2022). - Mikhail Voskresenskiy / Sputnik / Sputnik via AFP
Un poste frontière entre l'Ukraine et la Russie dans la région de Belgorod : le point de contrôle Verigovka-Chugunovka (photo du 20 avril 2022). - Mikhail Voskresenskiy / Sputnik / Sputnik via AFP
Un poste frontière entre l'Ukraine et la Russie dans la région de Belgorod : le point de contrôle Verigovka-Chugunovka (photo du 20 avril 2022). - Mikhail Voskresenskiy / Sputnik / Sputnik via AFP
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Résumé

À Belgorod, ville russe de 300 000 habitants à 30 km de la frontière, tout le monde a des connexions avec l'Ukraine.

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Des enfants qui jouent, pendant que les parents font leurs courses, image classique d'une ville moyenne russe en fin d'après midi. Pourtant à Belgorod, la guerre est là, tout près, et tout le monde y pense comme Elisabetha : "On le vit mal, on s'inquiète parce qu'on vit juste à côté et il est possible que quelque chose se produise chez nous aussi. Bien sûr que tout le monde a peur".

Dans le centre ville, les camions de ravitaillement de l'armée, marqués d'un grand Z, ont remplacé les chars d'assaut qui stationnaient ici il y a quelques semaines avant de partir vers l'Ukraine. La nuit, des patrouilles de citoyens volontaires circulent dans les rues à la recherche d'éventuels saboteurs infiltrés. Elena, une jeune cadre, admet qu'elle dort moins bien la nuit : "Les autorités nous ont demandé de bien fermer, de ne pas laisser entrer des inconnus dans nos résidences, donc nous sommes plus vigilants. On essaie de ne pas faire entrer n'importe qui".

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La grande crainte de nombreux habitants, c'est que le conflit franchisse la frontière. Les autorités locales ont accusé à plusieurs reprises l'armée ukrainienne d'avoir bombardé des villages tous proches de là et dans la nuit du 1er avril, deux mystérieux hélicoptères sont venus tirer des roquettes sur les cuves du dépôt pétrolier de la ville, juste à côté de chez Svetlana, une retraitée : "Oui, on les a entendus et les vitres des fenêtres sont tombées, alors on est sortis. Vous voyez, c'est juste à côté, ça brûlait. Mon mari était à côté de la voiture et il a vu cet hélicoptère qui volait très bas et qui tirait. Bien sûr que ça nous inquiète mais nous n'avons pas peur. Vladimir Poutine ne nous laissera pas tomber".

L'armée ukrainienne a nié avoir bombardé Belgorod : les hélicoptères n'ont jamais été identifiés. Mais l'incident qui n'a pas fait de victimes a encore accru la psychose d'une partie des habitants qui, tous ou presque, ont de la famille ou des amis de l'autre côté de la frontière. Pour beaucoup d'entre eux, comme Olga, une trentenaire, il n'est plus possible de se parler : "Bien sûr, nous restons en contact mais malheureusement, il est très difficile de communiquer, parce qu'ils sont devenus très agressifs. Les membres de ma famille peuvent me reprocher d'avoir publié une photo avec des fleurs. Ils me disent 'va te mettre devant les tanks !' Mais qu'est ce que je peux faire face aux tanks avec mes 50 kilos ?"

Alexandre est né Ukrainien. Il a fait le choix de venir s'installer à Belgorod après la révolution de Maidan : "Je suis né là-bas à Karkhiv. En 2014, quand les fascistes sont arrivés, je suis parti, j'ai obtenu la nationalité russe et je me suis installé ici. Je ne pouvais plus vivre là-bas, cette société est malade, il faut la soigner et le traitement peut être douloureux. J'ai quelques amis là bas qui ne comprennent pas la situation, c'est difficile de leur parler, ils ne comprennent pas la situation, mais ils comprendront plus tard".

Comme Alexandre, de nombreux habitants de Belgorod soutiennent "l'opération militaire spéciale", comme l'appelle le pouvoir russe. Sous ses apparences tranquilles, la ville vit au diapason de la guerre : niveau d'alerte relevé, liaisons aériennes interrompues... Durant ce reportage, deux fois des habitants ont appelé la police pour signaler notre présence. D'autres envisagent le pire, comme Anton, un jeune médecin : "Avec mes parents qui vivent aussi en ville, nous avons pensé à un plan d'action au cas où les choses se passeraient mal. Nous savons déjà ce que nous prenons avec nous, où nous nous retrouvons et où nous allons, mais dieu merci, rien ne nous est tombé dessus".

Il y a quelques années à Belgorod, on allait souvent le week-end à Karkhiv à 80 km de là, voir la famille ou faire du shopping. Aujourd'hui, les rares Ukrainiens qu'on voit sont des réfugiés qui fuient les combats.

Références

L'équipe

Sylvain Tronchet
Journaliste