Agées de 13 à 17 ans, ces jeunes filles secouent la société anglaise, aidées par leur professeur Sarah Maile (à gauche) ©Radio France - Richard Place
Agées de 13 à 17 ans, ces jeunes filles secouent la société anglaise, aidées par leur professeur Sarah Maile (à gauche) ©Radio France - Richard Place
Agées de 13 à 17 ans, ces jeunes filles secouent la société anglaise, aidées par leur professeur Sarah Maile (à gauche) ©Radio France - Richard Place
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Résumé

Elles ont lancé une pétition sur le site du Parlement pour demander d'arrêter l'hyper sexualisation des écolières. L'uniforme, qu'elles portent obligatoirement, apparaît sur des sites pornos ou est vendu comme un accessoire de jeux sexuels. Une situation insupportable pour ces jeunes militantes.

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Dans la salle de classe où elles sont réunies, elle se réjouissent à l’idée d’ouvrir un paquet de gâteaux apporté par leur professeur. Comme des enfants. Ce qu’elles sont encore.

Elles portent l’uniforme imposé par leur établissement, la Sandbach High School : veste bleue, chemise blanche, cravate rayée, jupe à carreaux. Une tenue obligatoire pour 90% des élèves du pays, seules les couleurs varient.

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Un costume porté uniquement par des mineures et qui pourtant suscitent des réactions masculines totalement déplacées. Anna 17 ans est la plus âgée du groupe. Elle peut désormais s’habiller comme elle veut et la différence lui saute aux yeux.

"J’ai clairement vécu des situations horribles quand j’étais en uniforme. Quand je rentrais à pied à la maison ou dans les transports publics. Je l’ai porté de l’âge de 6 ans jusqu’il y a peu. Je ne le porte plus désormais. La différence est dingue ! On m’accostait, les voitures me klaxonnaient, beaucoup plus quand je portais l’uniforme par rapport à maintenant."

Sifflées dans la rue, gestes et attitudes déplacés

Dans cette école de 1 200 jeunes filles, une trentaine se retrouve tous les vendredis à l’heure du déjeuner pour discuter. Un groupe d’échanges créé par une professeure où la question des droits de la femme est centrale. C’est là que la parole s’est libérée. Elles ont toutes vécu le même genre d’expérience : sifflées dans la rue, des propos voire des gestes déplacés… Au gré des discussions, elles réalisent à quel point cette tenue, obligatoire et réservée aux mineures, est dévoyée.

Elles cherchent sur Google "Schoolgirl uniform", uniforme d’écolière. L’un des premiers liens renvoie vers Amazon et un déguisement sexy pour adulte comme l’indique clairement la photo.

En poursuivant la recherche, elles tombent très vite sur des sites érotiques voire pornographiques. Ces découvertes et le simple fait de partager leurs expériences ont beaucoup aidé Eva et ses amies. A 14 ans, elle se sent libérée d’un poids.

"Je trouvais ça beaucoup plus compliqué parce que je croyais que j’étais toute seule. Maintenant, ce n’est plus cas. C’est vraiment un sentiment incroyable. Comme si je pouvais respirer. Parce que maintenant avec mes parents, on parle de ça. Ma maman m’envoie des articles en me demandant 'Tu as vu ça ?' Ils me posent aussi des questions. Je me sens respectée, ma voix compte. Je sens que j’ai plus de contrôle sur ma propre vie."

Porter l'uniforme n'empêche pas d'exhiber ses convictions et ces jeunes militantes ne s'en privent pas
Porter l'uniforme n'empêche pas d'exhiber ses convictions et ces jeunes militantes ne s'en privent pas
© Radio France - Richard Place

Parce que les filles de Sandbach ont décidé de dépasser le simple constat. Elles sont entrées en lutte. Pas contre leur uniforme car pour elles ce n’est pas le problème. Il se situe dans le regard des hommes et l’utilisation de cette tenue dans la société, une sexualisation des écolières.

Elles ont écrit à des responsables politiques nationaux et n’ont reçu pour l’heure que de décevantes réponses automatiques. Elles ont aussi ouvert une pétition sur le site du Parlement. "Pour bannir ces uniformes des sex shop et de la pornographie". Si ce texte obtient 100 000 signatures, le sujet devra être débattu par les élus.

Leur professeure Sarah Maile a créé ce groupe de discussion d’où tout est parti. Elle-même a été une écolière britannique en veste, cravate et jupe. "Ce n’était même pas un sujet dont je pouvais imaginer parler. « Bien sûr, tu es harcelée dans la rue avec ton uniforme d’écolière, c’est la vie » Mais… Non ! Et ça ne devrait pas l’être. Je suis vraiment inspirée par ces jeunes filles et leurs combats."

"Quand je m’assois là et que je les écoute exprimer leurs sentiments, leurs idées, leurs opinions, je suis incroyablement fière"

Leur combat commence à être médiatisé et elles reçoivent des témoignages de tout le pays. Des écolières, des collégiennes, des lycéennes qui vivent ce harcèlement quotidien.

Elles surveillent toutes le compteur de la pétition plusieurs fois par jour. C’est un moteur. Ces jeunes élèves sont devenues militantes féministes et le revendiquent. Emma est l’une des plus jeunes du groupe, elle a 13 ans : "Je n’arrêterai jamais de me battre pour des causes justes. Depuis que j’ai rejoint le club, je suis tellement inspirée pour entreprendre. Je réalise qu’il y a toujours un moyen d’agir pour changer les choses. Je ne vais pas m’arrêter juste parce que je quitte l’école."

Evidemment, elles lisent aussi quelques commentaires désagréables, sexistes voire injurieux. C’est pour cette raison qu’elles ont inventé leurs prénoms dans ce reportage. Pour éviter qu’elles ne soient reconnues et harcelées sur les réseaux sociaux.