Guadeloupe : sous les sargasses, la plage !

Mer de sargasses à Saint Félix en contrebas du bar des pélicans ( Guadeloupe)
Mer de sargasses à Saint Félix en contrebas du bar des pélicans ( Guadeloupe) ©Radio France - Véronique Rebeyrotte
Mer de sargasses à Saint Félix en contrebas du bar des pélicans ( Guadeloupe) ©Radio France - Véronique Rebeyrotte
Mer de sargasses à Saint Félix en contrebas du bar des pélicans ( Guadeloupe) ©Radio France - Véronique Rebeyrotte
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Les côtes des Caraïbes sont confrontées depuis dix ans à une prolifération des sargasses. Ces algues brunes en état de décomposition sont dangereuses pour la biodiversité et la santé. En Guadeloupe, des communes les collectent dans l'objectif de les valoriser.

Observées depuis le XVe siècle, depuis Christophe Colomb, les sargasses s'échouent en masse depuis dix ans sur les côtes des Caraïbes. Le phénomène ne cesse de s'amplifier. 

Pas d'exception cet été en Guadeloupe où l'on ramasse au plus vite ces algues brunes sur les plages, avant qu'elles ne se décomposent et ne dégagent au bout de 48 heures du sulfure d'hydrogène : un gaz à l'odeur repoussante et dangereux pour la santé.

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Des chercheurs du CNRS et de l'université des Antilles œuvrent aussi pour que les sargasses deviennent un jour une ressource et non plus un déchet.

"La mer des sargasses a toujours existé !"

Début juillet, sur la plage de Sainte-Anne, il n'est pas question de laisser les sargasses s'accumuler sur la côte à quelques mètres des touristes venus passer leurs vacances en Guadeloupe. Des engins sont en action pour ramasser les algues puis les stocker en lieu sûr.

Adèle Veerabadren est la responsable de la cellule PULSAR, plan d'urgence local contre les sargasses à la sous-préfecture de Pointe-à-Pitre  :

La mer des sargasses a toujours existé. On a toujours eu des arrivées d'algues brunes mais ce qui a vraiment changé depuis 2011, c'est la quantité de sargasses échouées en un temps donné, qui fait que d'un coup on constate des amas importants. Si nous les laissons sur les plages, elles vont s'amasser, l'air ne va plus pouvoir circuler et nous aurons des émanations de gaz, hydrogène sulfuré et ammoniac, qui peuvent être à des taux élevés toxiques. La solution, c'est de collecter en moins de 48 heures pour épandre sur des couches fines de dix à quinze centimètres afin de favoriser l'aération, et dans ce cas-là, il n'y a aucun impact. Si on épand correctement, on peut ne pas se rendre compte qu'on habite à côté d'un site d'épandage.

De la terrasse de son bar des Pélicans, au Gosier, l'ex marin-pêcheur Nicaise James, géant de plus de deux mètres, regarde avec résignation les sargasses qui ont, une fois de plus, envahi la baie cet été :

Les sargasses ont fait leur apparition dans la baie en 2010, je me souviens. On a vu débarquer ce phénomène qui a surpris toute la Caraïbe. On ne savait plus où donner de la tête. On pensait que cela n'allait pas durer mais malheureusement aujourd'hui on doit faire avec ce que j'appelle la météo des sargasses. Cela revient chaque année et c'est de pire en pire. Cela donne une mer de sargasses dans et à l'entrée de la baie. Cela gêne énormément les marins-pêcheurs, cela bousille leur matériel de pêche et sans solution jusque-là, nous sommes contraints de vivre avec.

Un amas de sargasses sur la plage de Sainte-Anne, à proximité de Pointe-à-Pitre, au mois de juillet 2021.
Un amas de sargasses sur la plage de Sainte-Anne, à proximité de Pointe-à-Pitre, au mois de juillet 2021.
© Radio France - Véronique Rebeyrotte

"Faire des sargasses quelque chose de positif"

L'afflux de sargasses affecte l'économie de la Guadeloupe, la pêche comme le tourisme. Mais avec une possibilité désormais de transformer ce fléau en aubaine. De les valoriser à moyen terme, espère le sous-préfet de Pointe-à-Pitre, Bruno André, à condition déjà de mieux les collecter : 

On a aussi comme objectif de poser des barrages déviants, des barrages qui vont dévier les sargasses vers des tapis. Ce qui va nous permettre de les ramasser plus facilement au large, sans racler le sable sur les plages où elles s'échouent. Il y a déjà eu des tentatives sur un certain nombre de communes avec un nouveau type de navire qui permettrait de ramasser en amont des barrages et dans certaines zones inaccessibles par la côte. On commence un cycle vertueux. On sait aujourd'hui repérer les sargasses, on évite qu'elles arrivent sur les côtes, on les ramasse proprement en mer. Puis on les sèche, on les broie et derrière, pour la valorisation, on est prêt. En fait, nous savons transformer la sargasse en quelque chose. Il y en a qui font des lunettes en Guadeloupe, il y en a qui savent faire du carton ou du papier, du compost. Il y a différentes technologies. Il faut arriver à faire des sargasses quelque chose de positif. Ce qui est possible au regard des recherches réalisées par un certain nombre de personnes.

Un nouveau plan sargasse sera annoncé en fin d'année par la gouvernement qui mettra justement l'accent sur l'amélioration de la collecte et le traitement. Probablement dopés par les nutriments charriés par les grands fleuves jusqu'à l'océan, les sargasses prolifèreraient aujourd'hui sous l'effet du réchauffement climatique et de l'élévation des températures de la mer.

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