L'AWACS est un radar volant... un Boeing sur le dos duquel on a installé un radar tournant d'au moins 400 km de portée
L'AWACS est un radar volant... un Boeing sur le dos duquel on a installé un radar tournant d'au moins 400 km de portée ©Radio France - Eric Biegala
L'AWACS est un radar volant... un Boeing sur le dos duquel on a installé un radar tournant d'au moins 400 km de portée ©Radio France - Eric Biegala
L'AWACS est un radar volant... un Boeing sur le dos duquel on a installé un radar tournant d'au moins 400 km de portée ©Radio France - Eric Biegala
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En 2021, les forces armées ont fait des étincelles en matière de saisies de stupéfiants. La Marine nationale a ainsi saisi plus de 45 tonnes en mer dans le golfe de Guinée, dans l'océan Indien et en mer des Antilles... Reportage à bord d'un des AWACS affecté à la traque des narcotrafiquants.

On les appelle les AWACS, acronyme anglais pour "Airborne WArning and Control System" (Système d'alerte et de contrôle aéroporté) et ces Awacs, on ne peut pas les rater : un Boeing 707 avec sur le dos un énorme radôme tournant.

Détecter les navires en mer

Sur le tarmac de la base aérienne 367 en Guyane, l'un des quatre appareils dont dispose l'Armée de l'Air française patiente. Ce véritable radar volant "permet de nous affranchir complètement du relief", remarque le Capitaine Benoit, chef de mission sur AWACS ; "on peut voir un avion qui volerait à basse altitude ou dans une vallée... Surtout, on peut détecter les navires en mer et c'est même le seul appareil à avoir cette capacité".

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Et c'est d'ailleurs la mission du jour. Le commandant des forces armées aux Antilles le contre-amiral Eric Aymard a demandé un survol de sa zone par l'AWACS pour tenter de repérer les navires participant au narcotrafic. Près de 2 500 tonnes de cocaïne transitent ainsi, depuis l'un des quatre pays producteurs (Colombie, Bolivie, Venezuela et Pérou) vers le nord et les États-Unis ou vers l'est et l'Europe.

En mer le modus operandi des narcotrafiquants est toujours à peu près le même explique l'amiral Eric Aymard : "le schéma classique c'est un bateau de pêche, bien chargé, qui peut transporter jusqu'à plusieurs tonnes de stupéfiants et qui rallie un point de rendez-vous en haute mer, où il va transborder sa cargaison vers d'autres bateaux, plus rapides qui vont ensuite disséminer ces drogues vers d'autres points, à terre".

Le Brésil, la Guyane ou les Antilles font office de zones de "rebond" pour le trafic : les cargaisons illicites feront la traversée transatlantique soit en container, soit via les "mules" : des passagers qui acceptent de transporter sur eux ou dans leurs bagages quelques kilos de cocaïne. Les douanes françaises appréhendent les trafiquants dans les ports et aéroports mais en pleine mer, c'est lors de ces transbordements que l'on peut repérer le trafic.

Seul le cockpit de l'AWACS dispose de hublots, le reste de l'appareil est aveugle. l'équipage scrute la mer des Antilles à l'aide de leurs radars.
Seul le cockpit de l'AWACS dispose de hublots, le reste de l'appareil est aveugle. l'équipage scrute la mer des Antilles à l'aide de leurs radars.
© Radio France - Eric Biegala

Le radar comme seule visibilité dans l'avion

En tout début de matinée l'AWACS décolle donc pour une de ces longues missions de surveillance : huit heures de vol, cinq heures à voler en cercle à 30 000 pieds au-dessus de la mer des Antilles. Pas de hublot sur cet avion, la cabine est complètement aveugle. Au-dessus de l'appareil le radar se met en mouvement. On l'entend "chanter", un peu comme une baleine.

Dans leurs travées les opérateurs radar, scrutent méthodiquement toutes les "pistes" laissées par les bâtiments de surface
Dans leurs travées les opérateurs radar, scrutent méthodiquement toutes les "pistes" laissées par les bâtiments de surface
© Radio France - Eric Biegala

Dans les travées, les membres de l'équipage opérateur de surveillance ou contrôleurs aériens sont rivés sur leurs écrans de contrôle. Sur la console de l'adjudant Thomas s'allument en couleur différents petits points sur une carte : "ce sont les bateaux... et les avions qui évoluent dans le secteur. Ils sont identifiés de la même manière, mais on apprend à les discriminer facilement. Et puis on a le secours d'autres instruments comme l'AIS, une sorte de transpondeur dont sont équipés certains bateaux et qui nous renvoient des informations" ; la tâche rouge au milieu de l'écran de l'adjudant Thomas est ainsi immédiatement identifiée : un pétrolier.

Comportement suspect des bateaux

Quelques bateaux de pêche suspects ont bien été repérés ; ils croisent dans des endroits dont on sait qu'ils sont des lieux de rendez-vous avec d'autres bateaux. Leurs positions sont alors transmises à la frégate Ventôse, de la Marine nationale qui croise elle aussi dans le secteur. C'est le comportement des bateaux, surveillés par le radar de l'AWACS qui permet d'éveiller le soupçon explique le capitaine Benoit, le chef de mission : "il peut s'agir d'un comportement inhabituel, d'une position particulière ou d'une vitesse, par exemple... on les repère, on transmet à la Ventôse et eux peuvent prendre les mesures pour confirmer ce qu'on a détecté".

Sur base des informations transmises par l'AWACS, la Ventôse pourra en effet intervenir directement auprès des bateaux suspects : leur envoyant son hélicoptère et aller jusqu'à les arraisonner ; deux autres bâtiments - l'un des Coast Guards américains et l'autre de la Marine néerlandaises - croisent également dans le secteur et profitent des renseignements de l'AWACS. Pour l'année 2021, la Marine nationale a intercepté, à elle seule, 6,7 tonnes de cocaïne en mer des Antilles.