Le quartier haïtien de Sandbanks près de Treasure Cay parmi les plus touchés par l'ouragan Dorian
Le quartier haïtien de Sandbanks près de Treasure Cay parmi les plus touchés par l'ouragan Dorian
Le quartier haïtien de Sandbanks près de Treasure Cay parmi les plus touchés par l'ouragan Dorian ©Radio France - Gilles Gallinaro
Le quartier haïtien de Sandbanks près de Treasure Cay parmi les plus touchés par l'ouragan Dorian ©Radio France - Gilles Gallinaro
Le quartier haïtien de Sandbanks près de Treasure Cay parmi les plus touchés par l'ouragan Dorian ©Radio France - Gilles Gallinaro
Publicité
Résumé

Les Haïtiens de l’île d’Abaco représentent la majorité des 52 victimes selon le bilan officiel et encore très provisoire du gouvernement bahaméen. Reportage à leur rencontre de Thibault Lefèvre et Gilles Gallinaro.

En savoir plus

Selon les derniers recensements des autorités locales, ils seraient encore 300 disparus. Aujourd’hui, beaucoup d’entre eux sont contraints de rester sur une île ravagée et abandonnée par l’immense majorité  de ses habitants. Reportage dans ce qu’il reste d’un des quatre principaux bidonvilles de l’île : le quartier de SandBanks.

"Je n’ai plus rien à faire maintenant. Je n’ai nulle part où aller" 

Thomas est un des 60 derniers Haïtiens de ce quartier réduit aujourd’hui à un amas de tolles, de planches et de poutres en bois. Avant Dorian, ils étaient environ 250… La plupart ont réussi à quitter l’île et à rejoindre la capitale Nassau.

Publicité

"Je n’ai pas de famille. Je ne connais personne à Nassau, c’est pour cette raison que je reste là."

Des femmes de ménages, des jardiniers ou des agents de sécurité, tous au service de riches propriétaires de maisons du village voisin de Treasure Cay. Treasure Cay à terre, les emplois ont disparu. Avec pour ceux qui sont restés, l’espoir d’une vie meilleure :

Je veux donc maintenant retourner dans mon pays, revenir en Haïti. Si j’avais de l’argent pour acheter mon billet, je rentrerai à la maison Les Bahaméens détestent les Haïtiens.  Ils se croient supérieurs à nous. Ce sont des racistes.

Comme Thomas, les derniers Haïtiens de SandBanks vivent aujourd’hui à 500 mètres de ce qui reste de leur bidonville, dans l’Eglise baptiste. 

Il y a deux semaines, elle les a protégés de l’ouragan. Depuis, elle leur sert de refuge. Un abri précaire et très temporaire puisqu’il y a quelques jours, les services bahaméens de l’immigration sont passés pour leur demander de quitter l’île. Depuis, c’est la panique… 

Pour afficher ce contenu Twitter, vous devez accepter les cookies Réseaux Sociaux.

Ces cookies permettent de partager ou réagir directement sur les réseaux sociaux auxquels vous êtes connectés ou d'intégrer du contenu initialement posté sur ces réseaux sociaux. Ils permettent aussi aux réseaux sociaux d'utiliser vos visites sur nos sites et applications à des fins de personnalisation et de ciblage publicitaire.

© Radio France - Thibault Lefèvre

Quand ils seront dans la capitale, le gouvernement en profitera pour les expulser vers Haïti

Emon, a près de 70 ans. Elle vit depuis 40 ans sur Abaco. Et comme tout le monde ici, elle a tout perdu…  

Les services de l’immigration ont demandé à tous les Haïtiens d’aller à Nassau. Certaines personnes qui vivent actuellement dans l’Eglise, sont en situation illégale. Et quand ils seront dans la capitale, le gouvernement en profitera pour les expulser vers Haïti. En temps normal, à chaque fois qu’ils viennent ici, ils ne trouvent personne. Mais maintenant, depuis que l’ouragan est passé, les Haïtiens ne savent pas où aller.  Ils sont donc à l’Eglise et c’est désormais plus facile de les envoyer à Nassau pour les expulser vers Haïti. C’est ce que je pense.

Beaucoup partagent cette crainte. Pourtant, l’intendant de l’Eglise, le prêtre Charles Ilfrenort, ne ménage pas ses efforts pour les convaincre du contraire. Il rappelle à chacun de ses sermons que les Haïtiens n’ont aucune raison d’avoir peur, et qu’ils doivent faire confiance au gouvernement bahaméen : "Les Haïtiens n’ont aucune raison d’avoir peur de quoi que ce soit."

© Radio France - Gilles Gallinaro

Des autorités rassurantes

Le capitaine Stephen Russel était en visite en fin de semaine dernière sur l’île. Il dirige l’Agence bahaméenne des situations d’urgence. Nous l'interrogeons : "Les Haïtiens n’ont pas de raison d’avoir peur. Nous sommes en train d'essayer de les faire revenir ici le plus vite possible. Parce qu’ils sont essentiels à notre communauté." Ils ne vous croient pas, pourquoi ? "Croire, c’est une chose, mais ils doivent voir de leurs propres yeux, les efforts que nous déployons pour les aider." Et pour les sans-papiers ? "Non, non, c’est bon."

Une façon de couper court à la question qui fâche. 

Le gouvernement bahaméen a annoncé il y a une semaine un moratoire sur les expulsions. Il ne concerne que les territoires touchés par l’ouragan. Abaco donc et l’île voisine de Grand Bahama.   

© Visactu
Références

L'équipe

Gilles Gallinaro
Réalisation
Éric Chaverou
Collaboration
Thibault Lefèvre
Journaliste