La couronne de fleurs déposée par les motards russes "Loups de la nuit" jeudi 5 mai 2022 au mémorial soviétique de Treptower Park à Berlin ©Radio France - Ludovic Piedtenu
La couronne de fleurs déposée par les motards russes "Loups de la nuit" jeudi 5 mai 2022 au mémorial soviétique de Treptower Park à Berlin ©Radio France - Ludovic Piedtenu
La couronne de fleurs déposée par les motards russes "Loups de la nuit" jeudi 5 mai 2022 au mémorial soviétique de Treptower Park à Berlin ©Radio France - Ludovic Piedtenu
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Résumé

À l’occasion des 77èmes commémorations de la fin de la Seconde Guerre mondiale ces 8 et 9 mai, il est, du fait de la guerre en Ukraine, des endroits plus difficiles que d’autres pour tenir des rassemblements calmes et dignes. Berlin fait partie de ces "villes-chaudrons".

avec :

Ludovic Piedtenu (Journaliste, correspondant permanent de Radio France en Allemagne, ancien chef du service politique de France Culture).

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Au gigantesque mémorial soviétique dans l'Est de Berlin, en plein cœur du Treptower Park, les intrusions et les tentatives de dégradation se sont multipliées.

Au point qu’il a fallu ces derniers jours ajouter des spots pour renforcer l’éclairage nocturne sur ce site grand comme 10 terrains de football, surveillé en permanence par au moins quatre camions de police depuis déjà de longues semaines à la suite des premiers messages hostiles à Poutine tagués à la peinture rouge : « Poutine = Staline », le mot « meurtriers » en allemand, ou cette phrase en anglais : « du sang ukrainien sur des mains russes ».

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Le Mémorial soviétique de Treptow à Berlin est aussi le lieu de sépulture d'environ 5000 soldats de l'Armée rouge morts lors de la libération de Berlin en 1945
Le Mémorial soviétique de Treptow à Berlin est aussi le lieu de sépulture d'environ 5000 soldats de l'Armée rouge morts lors de la libération de Berlin en 1945
© Radio France - Ludovic Piedtenu

Avec la guerre en Ukraine, ce monument soviétique, encore aujourd’hui propriété de la Fédération de Russie, est l’objet, bien plus que par le passé, d’instrumentalisation politique.

Comme ce groupe de motards russes, les « Loups de la nuit » connus pour leur fidélité à Vladimir Poutine. Des habitués du 9 mai à Berlin. Et qui ont déjà bruyamment fait savoir qu’ils étaient en ville, dès jeudi. Avec le dépôt au mausolée du Treptower Park d’une couronne de roses et d’œillets rouges au pied de l’imposante statue de bronze, représentant un soldat soviétique, le libérateur piétinant la croix gammée, symbole de l’oppresseur nazi.

La statue de bronze du mémorial soviétique de Treptow à Berlin est devenue iconique chez les patriotes russes
La statue de bronze du mémorial soviétique de Treptow à Berlin est devenue iconique chez les patriotes russes
© Radio France - Ludovic Piedtenu

Comme à leur habitude, ils se montrent très démonstratifs, ils sont ici pour célébrer la victoire et lancent des hourras !

Puis ils s’en vont… Ils ne parlent pas à la presse mais obtempèrent aux policiers qui leur demandent de retirer de leurs vestes le ruban de Saint-Georges, aux rayures orange et noire, ruban symbole de la victoire de l’armée rouge, devenu aujourd’hui celui du patriotisme prôné par le Kremlin et quiconque le porte en Russie affiche son soutien à la guerre en Ukraine.

Les motards pro-Poutine "Loups de la nuit" ici le 9 mai 2019 au mémorial soviétique de Treptow à Berlin
Les motards pro-Poutine "Loups de la nuit" ici le 9 mai 2019 au mémorial soviétique de Treptow à Berlin
© Radio France - Ludovic Piedtenu

Un plus grand désordre est à craindre, puisque ces motards ont déposé une demande de manifestation pour ce lundi 9 mai. Ils devraient trouver sur leur chemin des groupes d’ukrainiens soutenus à la fois par des anti-russes, pro-guerre et des pacifistes, antiimpérialistes, anti-OTAN et/ou anti-fascistes.

Berlin est une "ville-chaudron" où le conflit s'importe

A l’image de la journée d’hier, dimanche 8 mai, les forces de l’ordre ont recensé plus d’une trentaine de manifestations en tentant de faire respecter cette décision de dernière minute de la ville de Berlin : interdiction de brandir des drapeaux qu’il soit russe, soviétique ou ukrainien ou bien ce ruban de Saint-Georges ou le symbole Z.

Comme si les autorités refusaient de prendre une position claire et plaçaient tous les manifestants au même niveau.

C’est une « gifle à l’Ukraine » a estimé l’ambassadeur en poste en Allemagne, Andrij Melnyk, en parlant de ce drapeau de 25 mètres de long, que la police a fait enrouler pendant de longues secondes, sous les « gloire à l’Ukraine » des manifestants.

De l’autre côté de l’avenue, d’autres groupes traitent l’ambassadeur ukrainien de nazi, en lui demandant de quitter les lieux… "Melnyk Raus", Melnyk dehors !

Des sons et des images exploités sur le réseau Telegram par des allemands pro-russes sur des chaînes souvent russophones ou germanophones de plus en plus suivies à mesure que dure cette guerre.

"J’ai honte d’être russe", dit le politologue Sergey Medvedev à la tête d’une association berlinoise qui œuvre au renforcement des sociétés civiles dans les anciens pays socialistes satellites de l’Union soviétique.

La situation le désespère, la communauté russophone en Allemagne (environ deux millions et demi de personnes) est selon lui divisée.

La télévision russe et les médias liés au Kremlin jouent un rôle très important sur la vie politique intérieure allemande. On l’a vu pendant la pandémie de coronavirus. Et une fois encore, maintenant, avec cette guerre. Le problème principal est que la télévision russe n’est pas un média. Ce n’est qu’un pur canal de propagande qui vise à orienter l’opinion publique. Et ça fait 10 ans que ça dure, encore plus depuis 2014 et la première guerre en Ukraine, cette propagande très agressive est malheureusement assez réussie.

Il considère même qu’il est impossible de lutter contre cette propagande. Il en veut pour preuve l’interdiction par l’Allemagne de la chaîne russe RT en langue allemande. D’abord on peut toujours la retrouver assez facilement sur internet. Ensuite, dit-il, cela n’a eu aucune incidence sur la population allemande russophone puisqu’elle regarde davantage la télé russe en langue russe.

Sa crainte comme d’autres ici à Berlin, que ce conflit dure et qu’il polarise de plus en plus, et qu’il exacerbe les tensions au sein de la population allemande.

Références

L'équipe

Ludovic Piedtenu
Journaliste