Des fragments de statues retrouvées sur le site de la ville antique de Narbonne présentés au sein de l'exposition permanente du tout nouveau musée Narbo Via.
Des fragments de statues retrouvées sur le site de la ville antique de Narbonne présentés au sein de l'exposition permanente du tout nouveau musée Narbo Via. ©Radio France - Guy Claude Agboton
Des fragments de statues retrouvées sur le site de la ville antique de Narbonne présentés au sein de l'exposition permanente du tout nouveau musée Narbo Via. ©Radio France - Guy Claude Agboton
Des fragments de statues retrouvées sur le site de la ville antique de Narbonne présentés au sein de l'exposition permanente du tout nouveau musée Narbo Via. ©Radio France - Guy Claude Agboton
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Première colonie romaine créé en Gaulle au IIe siècle avant notre ère, Narbo Martius, la cité antique de Narbonne, était une immense capitale. Mais contrairement à Arles ou à Nîmes, ce passé glorieux ne se voit pas. Un nouveau musée veut y remédier. Histoire d'une reconstruction culturelle.

Cette semaine, les reportages de la rédaction sont consacrés à la place du patrimoine dans la fabrique de la ville contemporaine.

Le savez-vous ? Narbo Martius, la cité antique de Narbonne était la "première fille de Rome" hors d'Italie. Quatre fois plus grande que Nîmes, forte de 40 000 habitants, elle s'étendait sur 100 hectares et était la capitale de la Gaule Narbonnaise. Son port, long de 35 kilomètres, était de même ampleur que celui d'Ostie à Rome. En dehors des Narbonnais et des chercheurs ou des érudits, peu de gens connaissent le passé antique glorieux de cette ville connue surtout pour ses édifices médiévaux de grande ampleur. En 2010, la région Languedoc-Roussillon, portée par Georges Frêche décida d'y remédier.

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Le nouveau musée Narbo Via de Narbonne a ouvert ses portes à l'entrée de la ville en mai 2021.
Le nouveau musée Narbo Via de Narbonne a ouvert ses portes à l'entrée de la ville en mai 2021.
© Radio France - Cécile de Kervasdoué

Tout a commencé en 1997. J'étais comme Georges Frêche, professeur de droit romain à l'université de Montpellier et depuis toujours grand connaisseur et amateur de l'histoire de Narbonne. Comme il connaissait le passé antique de ma ville, je l'ai emmené voir l'endroit où depuis 100 ans étaient entreposés les restes de la ville romaine. L'église désaffectée Notre Dame du Mourguier abritait depuis un siècle près d'un milliers de blocs de pierre de grande ampleur qui dataient de l'époque de Narbo Martius. Quand il a vu ça; Georges Frêche s'est mis très en colère. Il a dit mais qu'est-ce que vous faites avec ce patrimoine ? Il faut le mettre en valeur !  
> Jacques Michaud, président de la Commission archéologique de Narbonne.

Comment les restes d'une telle cité ont-ils pu être stockés loin des regards des citoyens ? L'explication est assez prosaïque.

À Narbonne, aucun des immenses édifices romains de la ville antique n'est encore en élévation parce que les Narbonnais ont fait ce que l'on faisait dans toute l'Antiquité mais à une échelle presque industrielle : ils ont réemployé les pierres servant aux édifices anciens pour leurs besoins du présents. Beaucoup de stèles funéraires se sont donc retrouvées, à la fin de l'Antiquité, dans les premiers remparts de la ville. Puis au XVIe siècle, ces blocs ont été réutilisés pour des raisons de prestige et d'apparat dans les nouveaux remparts de Narbonne. Au XIXe, lorsqu'il a fallu étendre la ville, les remparts ont été dynamités. Les Narbonnais se sont alors rassemblés pour demander la conservation de ces vieilles pierres. Ils ont obtenu leur stockage au sein de l'église Notre-Dame du Mourguier. Et aujourd'hui, nous les accueillons enfin dans ce nouveau musée pour les montrer non plus seulement aux chercheurs mais à tous les citoyens.  
> Valérie Brousselle, directrice du nouveau musée de la romanité de Narbonne Narbo Via.

Le mur lapidaire fait de 760 blocs de pierre, provenant des anciens remparts de la ville et mises en scène au centre du nouveau musée Narbo Via de Narbonne
Le mur lapidaire fait de 760 blocs de pierre, provenant des anciens remparts de la ville et mises en scène au centre du nouveau musée Narbo Via de Narbonne
© Radio France - Cécile de Kervasdoué

Devenu président de la région, Georges Frêche décide de financer un musée de grande ampleur qui pourra réunir tous ces blocs de pierre ainsi que toutes les découvertes que les travaux d'aménagement urbain de la ville ne cessent de mettre au jour. Car la romanité de Narbonne est alors en plein essor.

Comme je dis toujours, nous les chercheurs et les scientifiques avons du souci à nous faire parce qu'à Narbonne, dès que l'on creuse un trou, on trouve des restes archéologiques qui s'ajoutent à tout ce que nous avons déjà trouvé et qui participent au puzzle de notre connaissance de l'Antiquité. Il fallait donc un grand musée, extensible pour les accueillir.  
> M'Hammed Behel, conservateur du musée Narbo Via

C'est ce qui s'est passé durant la construction de ce nouveau musée Narbo Via situé à l'entrée de Narbonne. En 2018, des travaux d'aménagement urbain le long des berges de la Robine juste devant le site du musée ont exhumé une nécropole romaine unique en France. Datant du Ier au IIIe siècle, elle abriterait près d'un millier de tombes presque parfaitement conservées (à cause du limon). Ces tombes renseignent sur la vie quotidienne et administrative de la ville antique et viendront s'ajouter à la collection du musée Narbo Via qui a été conçu pour être extensible.

Ce musée Narbo Via est ouvert depuis le mois de mai 2021. Financé à 90% par la région, il a coûté 57 millions d'euros et se veut un musée en mouvement, c'est-à-dire évolutif et moderne. Imaginé par l'équipe d'architectes britanniques de Fosters and partners, il arbore en son centre un mur immense de 760 blocs de pierre présentés dans une gliptothèque (musée de pierres gravées) de 90 mètres carrés avec un système de robotisation qui permet de mettre chaque pierre, chaque fragment, dans son contexte historique via une série d'écrans géants. L'objectif : permettre de faire voir la monumentalité de Narbo Martius au public, tout en facilitant le travail en continu des chercheurs.

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