Le Groupement Hospitalier Universitaire, réunit les hôpitaux Sainte-Anne, Maison Blanche et Perray Vaucluse et accueille 60 000 patients parisiens chaque année. ©Maxppp - Luc Nobout
Le Groupement Hospitalier Universitaire, réunit les hôpitaux Sainte-Anne, Maison Blanche et Perray Vaucluse et accueille 60 000 patients parisiens chaque année. ©Maxppp - Luc Nobout
Le Groupement Hospitalier Universitaire, réunit les hôpitaux Sainte-Anne, Maison Blanche et Perray Vaucluse et accueille 60 000 patients parisiens chaque année. ©Maxppp - Luc Nobout
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Résumé

Un Français sur 5 connaîtra dans sa vie un épisode psychiatrique. Dans les trois quart des cas, les premiers symptômes apparaissent entre 15 et 25 ans. À l'hôpital Sainte-Anne, à Paris, un pôle de détection et d'évaluation existe depuis 2003 car soigner tôt ces troubles évite la maladie chronique.

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C'est une maladie chronique qui fait peur. Pourtant, 3% de la population connaîtra un jour dans sa vie un épisode psychotique. Les premiers symptômes : déprime, idées suicidaire, trouble du sommeil, anxiété, isolement, hallucinations olfactives, visuelles ou sonores commencent jeune, entre 15 et 30 ans. En France, 15 000 adolescents et jeunes adultes traversent un épisode psychotique chaque année. Ils ne sont pas tous pris en charge.

Un jeune patient doit être pris en charge maximum 3 mois après un premier épisode psychotique ; sinon ses neurones sont atteints et la maladie peut s'installer. Mais en France, faute de centre d'accueil et de personnels soignants, les délais d'attente peuvent atteindre 2 ans. On a coutume de dire qu'on ne peut pas attendre deux heures pour faire réparer une voiture mais on peut attendre deux ans pour une maladie mentale que l'on sait pas ailleurs très bien soigner ! se désole le professeur Marie Odile Kreps, chef du pôle PEPIT de détection et d'évaluation pour adolescents et jeunes adultes à l'hôpital Sainte-Anne.

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Contrairement à l'idée reçue qui perdure, la maladie psychiatrique n'est pas un état permanent mais bien une maladie. L'histoire de Maxime, jeune Francilien de 24 ans en témoigne. Enfant taiseux, il se découvre une dyslexie tardive et redouble sa troisième. Il part continuer ses étude dans une institution privée à effectifs réduits et obtient son baccalauréat. Mais en première année d'école de commerce il se met à avoir des idées de plus en plus noires et demande à ses parents de consulter. Hospitalisé à l'hôpital Sainte-Anne, il traverse son premier épisode psychotique et le diagnostic tombe : troubles du spectre schizophrène.

"Il faut parler des maladies mentales pour déstigmatiser les troubles psychiatriques" Tracey maman de Maxime atteint de schizophrénie.
"Il faut parler des maladies mentales pour déstigmatiser les troubles psychiatriques" Tracey maman de Maxime atteint de schizophrénie.
© Radio France - Cécile de Kervasdoué

Pour nous, les parents, c'est hyper culpabilisant ! Nous étions complètement déboussolés face à un enfant joyeux qui tout d'un coup avait perdu sa petite lumière. Heureusement, l'hôpital nous a accompagnés via un programme psychoéducatif appelé I care You care. Nous avons pu mettre des mots sur la maladie de Maxime et l'accompagner en famille de manière positive en lui redonnant confiance en lui. Aujourd'hui, je suis très fière de mon fils. Depuis deux ans, il est stabilisé, il aura certes, un traitement à vie mais il refait une troisième première année et construit une belle relation avec une jeune fille. Il refait de nouveaux projets de vie.      
Tracey, la maman d'un jeune malade du pôle PEPIT de Sainte-Anne.

Dans les maladies psychotiques, un tiers des patients n'aura plus jamais de symptômes ou d'épisode psychotique, un autre tiers pourra faire une rechute avant que les troubles disparaissent, un dernier tiers aura toute sa vie des symptômes. Alors pour accompagner ces patients, le service du Dr Kreps s'est inspiré de pratiques australienne, anglaise ou canadienne. Il mise sur la pluridisciplinarité et fait du patient et de sa famille un acteur de sa prise en charge.

Comme il n'y a plus assez de ressources dans les hôpitaux, plus assez de psychiatres, plus assez d'infirmiers, il faut travailler autrement. Cela veut dire travailler avec les familles mais aussi avec de nouveaux métiers : les case ou care managers par exemple. Ce sont des professionnels qui accompagnent les patients (qui ont souvent de problèmes pour s'organiser du fait de leur pathologie ndlr) dans leur vie quotidienne, pour s'inscrire à la fac par exemple ou tout ce qui leur permet de mieux s'intégrer dans la société. De même, nous travaillons avec des pairs aidants et des familles aidantes qui apporte leur savoir d'expérience à celui des professionnels. C'est très riche.      
Dominique Willard, psychologue au Cejaad au GHU psychiatrie et neurosciences, en charge des programmes familles et jeunes.

Aujourd'hui, en France, il existe une douzaine de pôles de détection et d'évaluation pour adolescents et jeunes adultes. Une soixantaine est en projet mais le Réseau Transition qui les porte, souhaiterait en voir un pour chaque bassin de 500 000 habitants. Trop cher ? Pas forcément, répondent ses partisans, parce que la prise en charge précoce des patients empêche les maladies chroniques, de quoi réaliser à terme de substantielles économies.

"Nous accueillons des enfants et des adolescents qui prennent de plein fouet la violence institutionnelle de notre société" Sandrine Deloche, pédopsychiatre.
"Nous accueillons des enfants et des adolescents qui prennent de plein fouet la violence institutionnelle de notre société" Sandrine Deloche, pédopsychiatre.
© Radio France - Cécile de Kervasdoué

Le problème est que rien ne ressemble plus à une crise d'adolescence qu'un trouble psychotique et inversement. Il est donc prudent de rester modeste avec le diagnostic. Malgré tous les progrès et les découvertes en neurosciences, soigner le cerveau ne soigne pas toujours la maladie mentale. Cette approche plus globale est celle défendue par les psychiatres qui pratiquent la psychothérapie institutionnelles, notamment au sein du GHU à l'Institut Paris Brune

Pour des raisons de moyens, la santé mentale est de plus en plus réduite à un problème d'organe alors que c'est un problème d'homme et plus largement de société. lors d'une semaine type de consultations en pédopsychiatrie ici je reçois quelques cas d'autisme et de psychose mais à minima par rapport à l'ampleur des problèmes de société qui créent des troubles mentaux chez les enfants : des situations familiales hypercomplexes, des situations scolaires hypercomplexes. Les pouvoir publics ne font plus leur travail de prévention sur ces questions dans la cité alors nous récupérons des enfants qui sont victimes de ces violences institutionnelles, familiales et et sociales. Pour les prendre en charge nous mettons en place ce que nous appelons   des soins psychiques : une sorte de prise en charge cousue main pour chaque enfant et chaque jeune. Parfois c'est une personne pour un patient alors oui il faut des moyens.      
Sandrine Deloche, pédopsychiatre au GHU Institut Paris Brune.

D'où la crainte de certains psychiatres et pédopsychiatres de voir des plateformes pluridisciplinaires et comportementalistes remplacer les moyens humains et financiers demandés depuis des années par l'hôpital public ; en faisant peser sur les patients et sur la famille le poids financier de la prise en charge de la santé mentale. Organisés en Collectif du printemps de la psychiatrie, ils comptent organiser dès le printemps prochain de nouvelles assises citoyennes de la psychiatrie. Ouvertes cette fois à toute la société.

Références

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