Bérengère Houivet a ouvert un cabinet de sage-femme libérale, après 14 ans à l'hôpital. Elle veut avoir du temps pour connaitre et s'occuper de ses patientes.
Bérengère Houivet a ouvert un cabinet de sage-femme libérale, après 14 ans à l'hôpital. Elle veut avoir du temps pour connaitre et s'occuper de ses patientes.
Bérengère Houivet a ouvert un cabinet de sage-femme libérale, après 14 ans à l'hôpital. Elle veut avoir du temps pour connaitre et s'occuper de ses patientes. ©Radio France - Ouafia Kheniche
Bérengère Houivet a ouvert un cabinet de sage-femme libérale, après 14 ans à l'hôpital. Elle veut avoir du temps pour connaitre et s'occuper de ses patientes. ©Radio France - Ouafia Kheniche
Bérengère Houivet a ouvert un cabinet de sage-femme libérale, après 14 ans à l'hôpital. Elle veut avoir du temps pour connaitre et s'occuper de ses patientes. ©Radio France - Ouafia Kheniche
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Résumé

Après le manque de gynécologues ou d'anesthésistes, les maternités doivent faire face à la pénurie de sages femmes. Ces professionnelles de santé désertent l'hôpital pour cause de surcharge de travail et de faibles salaires. Celles qui continuent à travailler en maternité sont épuisées.

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Planning à trou, fermetures ponctuelles, situations catastrophiques pendant les congés d'été... Dans les maternités, le manque de sages femmes est désormais flagrant. Dans une maternité sur cinq, il manque au moins 10 postes de sages femmes. Une situation qui entraîne la dégradation des conditions de travail de ces soignantes et qui a des conséquences sur les patientes et leur grossesse.

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C'est le cas dans la petite structure de naissance dans laquelle travaille Céline. Chaque fois qu'elle prend sa garde à la maternité, elle a la même appréhension. A 32 ans, cette sage femme doit affronter une permanence de 12 heures, seule, et donc, tous les jours prendre des risques :

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"Je me rappelle d'une situation où j'ai accueilli plusieurs femmes enceintes en même temps et on a dû faire une césarienne en urgence à une patiente qui venait d'arriver ; elle ne sentait plus son bébé bouger. Ce qui se passe dans ces cas là, c'est que vous quittez votre salle de naissance et vous laissez vos patientes livrées à elles mêmes. Quand je suis revenue, l'une d'entre elles avait quasiment accouché toute seule ; et je n'étais pas présente à ses côtés. Je me souviens aussi d'une journée de consultation aux urgences. J'ai vu à peu près 30 patientes en 12 heures dont une qui est entrée dans mon cabinet en me disant qu'elle avait attendu 3 heures et si elle pouvait passer aux toilettes. Elle m'a dit qu'elle ne se sentait pas bien... Et on a fait son accouchement dans les toilettes. Elle est arrivée dans mon bureau beaucoup trop tard."

Des fermetures du jour au lendemain

Des conditions d'accueil dégradée et parfois un changement de maternité à la dernière minute. Parce qu'en cas d'absence de sage femme, il n'y a pas de plan B : le service ferme. Ce qui arrive régulièrement dans l'établissement où travaille Chantal, depuis 20 ans : "Ça peut fermer du jour au lendemain. Les patientes, si elles se présentent, sont transférées sur un autre hôpital. Moi, j'ai décidé de m'en aller et maintenant que j'ai pris ma décision, ça va mieux. Je me dis 'voilà, c'est comme ça'. J'essaye de trouver des points positifs, de me dire que je ne ferais plus de nuits et voilà."

Ne plus mettre d'enfant au monde, comme un deuil à faire et prendre le temps d'accompagner les mères avant et après la naissance.  C'est ce que fait Bérengère Houivet dans son cabinet de sage femme libérale. Ses patientes, elle les connaît bien. Elle a quitté l'hôpital après 14 ans de bons et loyaux services et elle ne le regrette pas : "Je manquais vraiment de lien avec les femmes. Les femmes ne me connaissaient pas la veille et le lendemain de l'accouchement, j'étais une sage femme lambda, il n'y avait pas de lien. Ce sont des usines à bébés avec 5 000 accouchements par an. La femme est un numéro et elle va voir des numéros : vous allez voir la sage femme dans le bureau numéro trois. Elle n'a pas de nom et la femme ne reverra jamais la même sage femme. Pourtant, elles ont vraiment besoin d'être écoutées, d'être entendues. Elle n'ose même plus poser de questions un peu sensible, un peu intime... Elle peut avoir des problèmes de couple, des problèmes de sexualité, des choses qui sont très personnelles. Et si elles ne sentent pas qu'il y a de l'écoute en face et du temps nécessaire, elles ne posent pas de questions."

Mais où les femmes vont elles accoucher ?

En savoir plus : Les femmes sages
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Un lien qui s'effrite et un travail sur le fil du rasoir qui provoque un épuisement des équipes, selon Caroline Combot, secrétaire générale de l'Organisation nationale syndicale des sages femmes : "On enchaîne quinze ou seize gardes par mois alors qu'elle était censée en faire douze ou treize, effectivement, le temps de récupération n'est pas suffisant. C'est vrai qu'on sort d'une garde de 12 heures sans avoir eu le temps de manger et d'aller aux toilettes en se disant bon. Alors pour madame une telle est ce que j'ai pas oublié quelque chose et puis l'autre ? Est ce que j'ai bien pensé à faire ceci ou cela ? Les arrêts de travail finissent par arriver parce qu'elles ne peuvent pas tenir sur ce rythme là. On a déjà fermé des maternités par manque de gynécologues obstétriciens, de pédiatres, d'anesthésistes. Là maintenant, si on ferme des maternités parce qu'il n'y a plus de sages femmes, les femmes, elles, continuent à avoir des enfants. Mais ou vont elles accoucher ? On n'a pas de solution, on arrive trop tard. Les sages femmes quittent le métier et pour les faire revenir, il va falloir vraiment de gros efforts."

Des efforts sur leurs statuts et sur leurs salaires puisqu'actuellement une sage-femme débute à 1600 euros. Le temps presse car actuellement, sur 1000 sages femmes formées chaque année, 40% quittent la profession dans les deux ans qui suivent l'obtention de leur diplôme.

Références

L'équipe

Ouafia Kheniche
Journaliste