La statue à l'effigie de Thomas Sankara à Ouagadougou au Burkina Faso ©Radio France - Omar Ouahmane
La statue à l'effigie de Thomas Sankara à Ouagadougou au Burkina Faso ©Radio France - Omar Ouahmane
La statue à l'effigie de Thomas Sankara à Ouagadougou au Burkina Faso ©Radio France - Omar Ouahmane
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Résumé

Après 34 ans d’attente, l’heure de vérité a enfin sonné. Quatorze personnes vont être jugées pour l’assassinat du célèbre dirigeant révolutionnaire. Mais ce procès historique va se dérouler en l’absence du principal accusé, l’ancien président burkinabé Blaise Compaoré, exilé en Côte d’Ivoire.

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Une gerbe de fleurs est posée sur les lieux du crime, à quelques mètres d’une immense statue à l’effigie de l’ancien président burkinabé, "vous voyez où sont les fleurs ? C’est là que le président Thomas Sankara a été abattu à bout portant", raconte Alouna Traoré, compagnon de route de Thomas Sankara.

Alouna Traoré compagnon de route de Thomas Sankara et seul rescapé de la tuerie du 15 octobre 1987
Alouna Traoré compagnon de route de Thomas Sankara et seul rescapé de la tuerie du 15 octobre 1987
© Radio France - Omar Ouahmane

Alouna Traoré était présent ce jeudi 15 octobre 1987. Ce jour-là, une réunion doit commencer au siège du Conseil National de la Révolution quand soudain des coups de feu éclatent à l’extérieur. 

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Il a dit c’est moi qu’ils veulent et il est sorti les bras en l’air.

Richard Thiené auteur du documentaire : "Sankara, l'humain" devant le mémorial en hommage au célèbre dirigeant révolutionnaire.
Richard Thiené auteur du documentaire : "Sankara, l'humain" devant le mémorial en hommage au célèbre dirigeant révolutionnaire.
© Radio France - Omar Ouahmane

Thomas Sankara est criblé de balles, comme tous ses camarades sauf Alouna Traoré qui sera le dernier à sortir de la salle avant de faire le mort. C’est le seul rescapé de cette tuerie, il va témoigner au tribunal militaire de Ouagadougou, son témoignage est capital car il bat en brèche la thèse de l’accident ou de l’arrestation qui a mal tourné, comme l'explique Richard Tiéné auteur du documentaire "Sankara, l’humain".

On a assassiné Thomas Sankara parce qu’il dérangeait, parce que les gens avaient peur que ses idées se propagent en Afrique et au-delà du continent.

52 min

Des chantiers titanesques une fois arrivé au pouvoir

Thomas Sankara a rapidement mis en pratique ses idées lorsqu’il prend le pouvoir en 1983. La Haute-Volta, qui deviendra le Burkina Faso, est alors l’un des pays les plus pauvres au monde. Il s’attaque au train de vie de l’État qu’il réduit drastiquement, lutte contre la corruption et se lance dans des chantiers titanesques, écologiste avant l’heure. Basile Guissou a été son ministre de l’Environnement :

Dès 1983, nous avons commencé à planter, chaque année, cinq millions d’arbres parce qu’à l’époque nous savions déjà que le désert avançait tous les ans de quatre kilomètres. En quatre ans, nous avons multiplié par deux le nombre de scolarisations, en quinze jours, nous avons vacciné contre les quatre principales maladies tous les enfants du Burkina Faso. C’est ça son action.

Germaine Pitroipa, symbole de la féminisation du Burkina Faso sous la présidence de Thomas Sankara.
Germaine Pitroipa, symbole de la féminisation du Burkina Faso sous la présidence de Thomas Sankara.
© Radio France - Omar Ouahmane

Et des discours anti-impérialistes qui vont creuser sa tombe

Les femmes sont les grandes gagnantes de la révolution burkinabé, elles sont nommées à des postes clés, au gouvernement ainsi qu’à tous les niveaux de l’état. Germaine Pitroipa a été choisie pour diriger une des plus importantes préfectures du pays, une grande première à l’époque.

Comme il l’a toujours dit, la révolution ne sera démocratique et populaire que lorsque les femmes seront libérées.

Ses discours anti-impérialistes vont creuser sa tombe. Il s’en prend à l’ancienne puissance coloniale, la France mais aussi au FMI, le Fonds Monétaire International. Trois mois avant sa mort, il menace de ne plus payer la dette qu’il considère comme un frein au développement. Alouna Traoré était de tous les déplacements.

À Addis Abeba, j’y étais et c’est le pas qu’il ne fallait pas franchir, car il s’est attaqué à des intérêts vitaux !

À trop vouloir bousculer l’ordre établi depuis l’indépendance, il devient l’homme à abattre. Mais en tuant Thomas Sankara, on a voulu étouffer ses idées. En vain car depuis elles se sont propagées à travers tout le continent africain. Ce procès va tenter d’élucider toutes les zones d’ombre et de faire la lumière sur d’éventuelles complicités, notamment de la France ou de la Côte d’Ivoire.

Place des Nation Unies à Ouagadougou au Burkina Faso
Place des Nation Unies à Ouagadougou au Burkina Faso
© Radio France - Omar Ouahmane
11 min
Références

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Omar Ouahmane
Journaliste