Avec des ingénieurs de l'INRAE, les bénévoles ont quadrillé méthodiquement la forêt de Chantilly et prélevé des milliers d'échantillon de sol. 13/07/22
Avec des ingénieurs de l'INRAE, les bénévoles ont quadrillé méthodiquement la forêt de Chantilly et prélevé des milliers d'échantillon de sol. 13/07/22 ©Radio France - Aurélie Kieffer
Avec des ingénieurs de l'INRAE, les bénévoles ont quadrillé méthodiquement la forêt de Chantilly et prélevé des milliers d'échantillon de sol. 13/07/22 ©Radio France - Aurélie Kieffer
Avec des ingénieurs de l'INRAE, les bénévoles ont quadrillé méthodiquement la forêt de Chantilly et prélevé des milliers d'échantillon de sol. 13/07/22 ©Radio France - Aurélie Kieffer
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À une quarantaine de kilomètres au nord de Paris, scientifiques et bénévoles se mobilisent pour sauver la forêt de Chantilly, éprouvée par la hausse des températures.

Dans cinquante ans, la forêt de Chantilly (à cheval sur les régions Hauts-de-France et Ile-de-France) aura le même climat qu’Albi ou Toulouse aujourd’hui. Et la forêt est déjà éprouvée par la hausse des températures. Pour la sauver, scientifiques et bénévoles se mobilisent.

"Vous le voyez autour de nous, montre Jean-Charles Bocquet, du Collectif Ensemble, sauvons la forêt de Chantilly, il n’y a pas que les chênes, on a des charmes, des bouleaux qui dépérissent. Et le dépérissement est très visible sur cet arbre par exemple : la moitié du houpier (le haut de l’arbre), est desséché, les branches n’ont plus de feuilles."

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Jean-Charles Bocquet coordonne le travail de quelques 330 bénévoles inquiets de l’état de santé du massif forestier. En 2019, une étude a révélé que 47 000 gros bois de chêne – soit vingt-cinq années de production de bois – étaient en état de dépérissement avancée. L’urgence ne faisait plus de doute.

Avec Jean-Charles Bocquet, quelques 330 bénévoles s'impliquent dans la préservation de la forêt de Chantilly. 13/07/2022
Avec Jean-Charles Bocquet, quelques 330 bénévoles s'impliquent dans la préservation de la forêt de Chantilly. 13/07/2022
© Radio France - Aurélie Kieffer
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6 300 hectares de forêt quadrillés

Depuis, c’est la mobilisation générale. Un programme de recherche action a été lancé. Et les habitants ont été appelés à la rescousse pour épauler les scientifiques. Militants écologistes, randonneurs et chasseurs quadrillent ensemble les 6 300 hectares de forêt pour collecter des échantillons de sol.

Béatrice Verro, adepte de la chasse à courre, vient très régulièrement, et a prélevé quantité de mottes de terre, de fleurs et d'insectes. "On découvre des gens sympas, on travaille tous dans le même sens et dans le même but. Et en plus, on apprend plein de choses que tout utilisateur de la forêt devrait connaître. Nous les chasseurs, nous avons l’habitude de regarder par terre pour repérer les traces de gibier, là j’ai appris à marcher en levant la tête. C’est très intéressant !"

La campagne de prélèvement de sol vient de s’achever : 13 000 échantillons vont pouvoir être analysés en laboratoire... Et cette cartographie fine des sols de la forêt devrait permettre de comprendre pourquoi un arbre reste en bonne santé tandis que son voisin dépérit.

Sans ce patient travail des bénévoles, les scientifiques n'auraient jamais pu collecter autant d'informations. Les missions des uns et des autres sont très complémentaires, souligne Robin Charrier, ingénieur d’études à l’INRAE (Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement) : "On a notamment fait passer un avion qui a pris des images aériennes de la canopée de la forêt. On a donc ces images sur l’ensemble de la forêt de Chantilly. Et en mettant en corrélation la carte de la canopée et celle des sols, on va pouvoir voir s’il y a un lien entre les différents types de sols et les zones qui dépérissent ou non."

Des plantations expérimentales pour mieux comprendre

Sans attendre les résultats, les forestiers ont revu leurs techniques. Plus question d'abattre en même temps tous les arbres d'une parcelle. Les jeunes plants peuvent désormais pousser à l'abri de grands arbres. Est-ce que des espèces venues du sud résisteraient mieux ? Rien de tel que des plantations expérimentales pour le savoir. Là encore, les bénévoles sont sur le pont.

"Dans cette parcelle, explique Jean-Charles Bocquet, à l'intérieur du grillage pour éviter que les animaux ne broutent les pousses, on a testé 18 essences différentes (chênes chevelus, pins d'Alep, séquoias, frênes oxyphiles...). Ce sont les bénévoles qui ont planté en janvier 2021. Avec l’aide et les conseils des forestiers, mais faire les trous, planter, retasser, ce sont les bénévoles qui l'ont fait et on avait droit à des petites blagues : les forestiers pensaient que le taux de reprise serait trop faible, mais il a bien plu au printemps l'année dernière et le taux de reprise a finalement été très bon. Il est encore trop tôt pour savoir si ces jeunes pousses vont continuer de se développer, mais nous allons suivre leur évolution."

L'observation va donc se poursuivre, et pour Daisy Copeaux, directrice du domaine forestier et immobilier du château de Chantilly, il est essentiel que les habitants continuent d'être informés et impliqués. Des ateliers de prospective seront d'ailleurs organisés à l’automne.

"Nous devons imaginer ensemble la forêt de demain", explique Daisy Copeaux, directrice du domaine forestier et immobilier du château de Chantilly. 13/07/2022
"Nous devons imaginer ensemble la forêt de demain", explique Daisy Copeaux, directrice du domaine forestier et immobilier du château de Chantilly. 13/07/2022
© Radio France - Aurélie Kieffer

"On va confronter les points de vue des différents usagers de la forêt. Et les scientifiques vont devoir nous aider à imaginer quelle forêt nous voulons pour demain. Comment la garder vivante et faire en sorte qu’elle rende toujours les services qu'elle rend actuellement aux humains, aux animaux et aux plantes (production de matière première, filtration de l'air et de l'eau, séquestration du carbone...). Nous devons repenser la forêt de demain."

D’autres chênaies françaises souffrent. Elles pourraient tirer profit de ce laboratoire à ciel ouvert qu'est devenu la forêt de Chantilly.

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