Dans une rue de Moscou.
Dans une rue de Moscou.
Dans une rue de Moscou. ©Radio France - Claude Bruillot
Dans une rue de Moscou. ©Radio France - Claude Bruillot
Dans une rue de Moscou. ©Radio France - Claude Bruillot
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Résumé

Hier soir encore, les flashs mobs à la lumière des téléphones portables en faveur d’Alexeï Navalny n’ont rien changé. Vladimir Poutine s’appuie toujours sur une police répressive, mais aussi sur une part importante de la population, apeurée, marquée par un passé douloureux ou indifférente.

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Les soutiens en Russie de l’opposant Alexeï Navalny ont eu beau se mobiliser à quatre reprises ces dernières semaines, le Kremlin est resté inflexible. Hier soir encore, les flashs mobs à la lumière des téléphones portables n’ont rien changé. Vladimir Poutine compte sur la police et sur une part importante de la population, apeurée, marquée par un passé douloureux, ou encore indifférente.

"Navalny a trouvé le palais de Poutine, mais qu'est-ce qu’il fait après ?"

D’un pas alerte malgré l’épaisseur de la neige, Marina, 64 ans, retraitée, met un point d’honneur à venir nous accueillir jusqu’à la station de métro Jouliébino, dans l’une des grandes banlieues dortoirs à l’extrême sud-est de Moscou.

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Avec une pension d’un peu plus de 200 euros par mois, Marina estime qu’elle ne s’en sort pas trop mal. Alors, manifester contre Poutine, ce serait peut-être prendre le risque de voir sa situation se dégrader. Bien sûr, elle a vu le film dans lequel Alexeï Navalny dénonce l’existence d’un palais présidentiel à 1 milliard d’euros. Mais elle se souvient aussi des années 90, avec les queues devant les magasins, le putsch manqué de 1991, ou encore les coups de canons sur le Parlement en 93. Alors Marina se méfie beaucoup, avec son expérience personnelle, de ce qui vient de la rue, en espérant que le calme va finir par s’imposer.

Mais oui je veux de la stabilité, et je pense que je ne suis pas la seule, parce qu’on a vécu beaucoup de choses vous savez. Bon d’accord, Navalny a trouvé le palais de Poutine, mais qu’est-ce qu’il fait après ? On savait déjà qu’il gagnait beaucoup d’argent et qu’il a des propriétés… Et sûrement qu’on ne sait pas tout, on peut juste imaginer. Mais je crois que la stabilité est la chose la plus précieuse pour nous. On en a déjà vu qui ont protesté, qui étaient contre Poutine… Mais après, plus tard, ils ont obtenu de bons postes ! 

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L'enquête "Un palais pour Poutine" réalisée par l'équipe d'Alexeï Navalny à l'automne 2020 et publiée le 19 janvier 2021 sur Youtube (deux jours après le retour de Navalny en Russie, où il a immédiatement été arrêté, avant d'être condamné à trois ans et demi de prison le 2 février). La traduction et le sous-titrage en français ont été faits par Mediapart.

"En Russie, on ne change pas le pouvoir dans la rue... On change si le leader meurt ou s’il y a une révolution de palais"

A côté des retraités et des plus anciens qui prônent en majorité la stabilité du système, il y a ceux qui hésitent encore, comme Anton, bientôt quadragénaire, publiciste à Moscou. Il n’est pas insensible aux raisons qui poussent les soutiens d’Alexeï Navalny à manifester. Mais la forte répression policière et les faibles chances de réussite des opposants au Kremlin, l’ont jusqu’ici dissuadé de les rejoindre :

Si on veut parler des dernières manifestations, on sait très bien qu’elles étaient interdites par le pouvoir… Et donc qu’elles étaient réprimées par la police. Je ne suis pas prêt à risquer ma tête pour Navalny. Même si moralement, je comprends pourquoi ils manifestent. Mais en Russie, on ne change pas le pouvoir dans la rue. Je pense que la situation peut changer seulement si le leader meurt ou s’il y a une révolution de palais. 

Anton ajoute que Navalny n’est pas son héros, même s’il lui reconnaît un certain courage pour être revenu d’Allemagne faire face à la justice et au pouvoir du Kremlin.

À réécouter : Le patriotisme en Russie à l’épreuve du quotidien

"On ne nous apprend pas à respecter les hommes politiques"

Un comportement qui laisse indifférente Masha, 22 ans, étudiante à Moscou. Elle paie une partie de ses études grâce à un salaire de vendeuse dans un magasin. Elle n’a connu que Vladimir Poutine comme président. Mais quand ses amis ne jurent que par Navalny, elle avoue un profond désintérêt pour la politique telle qu’elle existe aujourd’hui en Russie :

Je me fiche de ce qui se passe parce que pour moi, Poutine et Navalny, c’est la même chose. Mes amis aiment Navalny, alors que moi, je suis certaine qu’il ne ferait pas un meilleur président que Poutine. Quand tu vis en Russie, tu n’as pas envie d’avoir des responsabilités dans ce pays. C’est quelque chose je pense qui a à voir avec notre mentalité. On ne nous apprend pas à respecter les hommes politiques. En Russie, il n’y a pas beaucoup d’options. C’est pourquoi je voudrais partir un jour. 

Dans une récente étude de l’institut indépendant Levada, on apprend que 26 % seulement des Russes résidents ont vu le film dans lequel Alexeï Navalny dénonce l’existence du palais présidentiel à un milliard d’euros de Vladimir Poutine. Tous les autres ne veulent pas voir, ne croient pas, ou s’accommodent de la situation.

À réécouter : Alexeï Navalny peut-il être un véritable opposant à Vladimir Poutine ?

Références

L'équipe

Éric Chaverou
Collaboration
Claude Bruillot
Journaliste