En raison du manque d'herbe lié à la sécheresse, les vaches se nourrissent déjà de foin. ©Radio France - Mathilde Ansquer
En raison du manque d'herbe lié à la sécheresse, les vaches se nourrissent déjà de foin. ©Radio France - Mathilde Ansquer
En raison du manque d'herbe lié à la sécheresse, les vaches se nourrissent déjà de foin. ©Radio France - Mathilde Ansquer
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Résumé

Le mois de juillet 2022 a été le plus sec jamais enregistré en France. Le phénomène a des conséquences sur l'élevage, et notamment pour la filière lait. Entre charges qui explosent et production en baisse, les éleveurs sont sommés de s'adapter.

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Son exploitation, c'est le travail de toute sa vie. Marc Gazzola est éleveur à Tournon, en Savoie. Depuis plus de quarante ans, il se lève avant le soleil pour s'occuper de ses bêtes. Dans ses prés, on trouve une soixantaine de vaches laitières et une cinquantaine de génisses, allongées sur une herbe clairsemée.

Remplacer l'herbe, une solution qui coûte cher

"Il n'y a plus d'herbe à brouter pour les animaux, regrette l'éleveur. On a déjà entamé nos réserves de fourrage pour l'hiver et comme la sécheresse est venue rapidement on n'a pas pu faire une grosse deuxième coupe pour gonfler les stocks. Il me manque 110 tonnes de fourrage par rapport à l'année dernière."

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Pour compenser le manque d'herbe, l'agriculteur achète du maïs à ses vaches. À ces dépenses, il faut ajouter le coût de l'eau; quand il fait chaud, chaque bête boit environ 100 litres d'eau par jour. Au fil de l'été, les dépenses s'accumulent les unes après les autres. Marc Gazzola a fait les comptes, la sécheresse devrait lui coûter entre 30 000 et 50 000 euros. "C'est énorme. On ne pourra pas avaler des années de sécheresse tous les ans."

Baisse de 15% sur l'AOP Beaufort

Maigre consolation pour Marc Gazzola, ses vaches donnent toujours autant de lait que l'année dernière. Ce n'est pas le cas de tous les éleveurs; la production de lait labellisé Appellation d'Origine Protégée (AOP) Beaufort a baissé de 15% au mois de juillet.

Dans les alpages, les vaches évoluent au milieu d'une herbe jaune et sèche.
Dans les alpages, les vaches évoluent au milieu d'une herbe jaune et sèche.
© Radio France - Mathilde Ansquer

Jean-Philippe Viallet est éleveur. Pendant l'été, il s'occupe d'une trentaine de vaches laitières, qui produisent du lait pour Beaufort AOP. Depuis les alpages, il est aux premières loges pour voir les conséquences de la sécheresse. Un tapis jaune et sec a remplacé l'herbe verte des montagnes. "C'est des couleurs d'automne", souffle l'éleveur.

"D'habitude, on a plaisir de monter tous les matins et tous les soirs pour venir à la traite, sourit Jean-Philippe Viallet. Ce sont des moments fabuleux en pleine nature avec les cloches des vaches et les marmottes. "Cette année, le tableau s'assombrit : "On sent les animaux stressés. Les vaches ne mangent pas suffisamment à leur faim et l'herbe qu'elles broutent n'est pas toujours de qualité."

"Comment fait-on pour nourrir les animaux ?"

Pour faire du fromage labellisé AOP Beaufort, il faut respecter un cahier des charges strict . En été, les vaches doivent se nourrir presque exclusivement d'herbe. Le défi est presque impossible à relever cette année. "Ce n'est plus un problème de qualité de lait, la question c'est comment on fait pour nourrir les animaux ?", déplore l'éleveur. "Les vaches sont des êtres vivants et le bien être animal ça passe aussi par des animaux qui mangent à leur faim. Les vaches étaient en survie, il fallait réagir vite."

Une demande de dérogation au cahier des charges de l'AOP

Afin de garantir le bien-être des vaches et de permettre aux éleveurs de conserver leur AOP, le syndicat de défense du Beaufort a déposé une demande de dérogation auprès de l' Institut National des Appellations d'origine (INAO). "Les éleveurs étaient en demande. On leur a expliqué ce qu'on allait présenter à l'INAO. La commission permanente prendra ensuite la décision d'accorder, ou non, la dérogation", développe Caroline Glise, responsable des organisations de l'interprofession du Beaufort. Si elle est accordée, cette dérogation pourrait être rétroactive "comme on a présenté les choses à partir du 10 août, la dérogation devrait être rétroactive à cette date".

Parmi les demandes, la possibilité d'augmenter la ration de compléments alimentaires et de baisser la part de l'herbe dans le régime des vaches. Pour Caroline Glise, il ne s'agit pas d'une révolution : "On demande d'utiliser des aliments qui sont de toutes façons autorisés dans le cahier des charges. c'est une différence de quantité ou de date pour le foin. C'est important mais ce n'est pas non plus une remise en question des fondamentaux de l'appellation", insiste-t-elle. Dans toute son histoire, l'AOP Beaufort n'a fait que deux demandes de dérogations. La dernière date de la canicule de 2003.

Le Beaufort n'est pas la seule AOP à souffrir de la sécheresse. Sur les 101 appellations d'origine protégées, quatre ont déjà obtenu des dérogations. Les éleveurs de Salers ont eux décidé d'arrêter leur production.

Ancienne publicité pour du Beaufort en Haute-Savoie.
Ancienne publicité pour du Beaufort en Haute-Savoie.
© AFP - Tripelon-Jarry