Idlib, Camp de déplacés. Mars2020
Idlib, Camp de déplacés. Mars2020 ©Radio France - Aurélien Colly
Idlib, Camp de déplacés. Mars2020 ©Radio France - Aurélien Colly
Idlib, Camp de déplacés. Mars2020 ©Radio France - Aurélien Colly
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Notre envoyé spécial Aurélien Colly est l'un des premiers journalistes français qui a pu pénétrer dans la province d'Idlib, au nord-ouest de la Syrie. Le dernier bastion de rebelles vit depuis vendredi un très fragile cessez-le-feu signé entre la Turquie et la Russie.

Idlib, au nord-ouest de la Syrie, bénéficie d'une rare période d'accalmie depuis l'entrée en vigueur vendredi de l'accord de cessez-le-feu russo-turc signé à Moscou entre Poutine et Erdoğan. Dans cet ultime bastion des rebelles et des djihadistes, près de 500 civils ont été tués, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme, depuis le début, en décembre, d'une nouvelle offensive de Damas, soutenu par des troupes russes. Et plus d’un million de personnes ont fui leurs habitations dans la panique, d'après l'ONU.

Faire de la place et des choix dans des hôpitaux saturés 

L’hôpital de Bab El-Hawa ("la porte du vent", en arabe), juste de l’autre côté de la frontière turque. Ses 70 lits sont tous occupés par des civils blessés par des bombardements. Allongée sur un brancard, Ferial, 13 ans, a reçu des éclats d’obus. Sa maman, Fatma, raconte :

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On était à la maison, mon fils prenait une douche. Une première bombe est tombée pas loin. On s’est enfui de la maison, là, une deuxième bombe est tombée. Ma fille n’a pas eu le temps de sortir, elle a essayé, mais c’était trop tard, elle a été gravement blessée. 

Mutique, regard vide, l’adolescente n’est plus en danger mais loin d’être soignée. C’est le Dr Mohammed Marouche qui l'a prise en charge : 

Ce sont des éclats d’obus, des blessures de guerre. On ne peut pas retirer pour l’instant ces éclats de son corps, mais on a regardé les conséquences sur ses organes vitaux. On la suit, on fait des radios et des examens tous les jours. Désormais, elle n’est plus en danger.

Pour sa convalescence, Ferial retournera dans la tente familiale, car dans cet hôpital saturé, seuls les cas les plus graves restent. Il faut faire de la place et des choix, auxquels le Dr Marouche s’est habitué.

Nos effectifs ne sont pas suffisants par rapport au nombre de blessés qu’on a reçus ces derniers temps, donc on est en permanence sous pression. Par exemple, quand on est deux médecins et qu’il y a trois urgences, pour des blessures de guerre, on choisit les cas les plus graves. Et ceux qui peuvent attendre, on essaye de les transférer vers d’autres hôpitaux, sinon on essaye de les transférer en Turquie. 

Situation humanitaire catastrophique

tentes voie ferrée surélevé
tentes voie ferrée surélevé
© Radio France - Aurélien Colly

A quelques kilomètres, un camp de déplacés comme celui où Ferial va retourner. A perte de vue, des tentes usées données par des ONG et des abris de fortune, faits de bâches, de tôles ou de sacs de nylon cousus entre eux. Assise par terre, Hajja, 60 ans, décrit son quotidien.

On n’a pas de charbon de bois, pas de mazout, pas de poil, rien pour se chauffer. Quand il pleut, ça se transforme en ruisseau, ça entre dans la tente et on est sous les couvertures à trembler de froid. Alors pour trouver un peu de chaleur, on brûle des habits, des couvertures, des vieilles chaussures, des pneus de voiture. 

La pluie, le froid, l’humidité qui pénètrent les tentes et les corps. La nourriture qui manque aussi, ajoute son fils Mohamed, 40 ans, en simple djellaba, avec un petit blouson et un turban sur la tête. 

On survit grâce à l’aide humanitaire. S’il y en a, on mange, s’il n’y en a pas, on ne mange pas. On manque de tout ici, même la terre de notre village nous manque. On ne peut pas rentrer chez nous, parce qu’il y a le régime et ils nous tueront tous.

Camp de déplacés. Mars 2020
Camp de déplacés. Mars 2020
© Radio France - Aurélien Colly

Quinze personnes (sur)vivent dans une tente de 10 mètres carrés. Les enfants gardent le sourire, malgré la saleté, visible sur leurs habits, leurs mains, leurs visages, faute d’eau courante. Il y a aussi un neveu, Khaled, qui a pris les armes avant de renoncer.

J’ai abandonné les armes en 2015, quand on a commencé à se faire manipuler et à se battre entre nous. On ne veut pas de ces batailles internes. Les gens commençaient à s’entre tuer, alors qu’on est dans le même camp, celui de l’opposition au régime. On défend notre pays et on s'entretenue ? Ça n’avait plus aucun sens… 

Désabusé, déboussolé, désespéré, l’ancien révolutionnaire ne croit plus à grand-chose, surtout pas au dernier cessez-le-feu entrée en vigueur vendredi.

Le cessez-le-feu, c’est juste une pause, un répit. Notre espoir était que le régime et ses symboles s’effondrent. Les pays étrangers, s’ils voulaient vraiment arrêter cette crise syrienne, ils l’auraient fait dès la première année de la révolution. Tous ces problèmes, toute cette situation, cette crise, ça ne serait pas arrivé. 

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