Jean-Louis Comolli © Comolli
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Jean-Louis Comolli livre le récit intime, entre mémoire et oubli, de sa jeunesse dans l’Algérie des années 50, mais comment la décrire dans ce pays natal perdu subitement dans une guerre qu’on évitait de commenter, de nommer. C’était le temps des étés sans fin sur les plages d’Algérie...

Avec

Lundi livre

avec Jean-Louis Comolli, réalisateur, scénariste et écrivain, pour Une terrasse en Algérie, aux éditions Verdier.

J’ai découvert le cinéma à Philippeville dans un ciné-club tenu par le professeur de français-philo, mais je n’ai pas eu de chance on y passait seulement les grands films français de la qualité française, ce contre quoi François Truffaut s’est élevé ! René Clair, René Clément… Dans presque tous ces films, malheureusement pour moi, jouait Gérard Philippe que je n’ai jamais vraiment aimé !

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Mon père avait appris l’arabe au lycée, il le pratiquait en étant médecin à Philippeville, et moi non. Ce manque m’a travaillé, l’idée que j’étais passé à côté d’une deuxième langue qui était à portée d’oreille. Pour moi c’est une des condamnations les plus violentes que je peux faire de la colonisation : les jeunes pieds-noirs auraient dû obligatoirement apprendre l’arabe au lycée, ça a été fait du temps de mon père et plus du mien.

La guerre d’Algérie est tombée sur moi en 55, un an après le début… Je revenais de la plage, au mois d’août, et là je suis arrivé devant une scène qui m’a marqué à vie : j’ai vu un rassemblement d’Arabes qu'une brigade de gardes mobiles encerclait et un officier leur demandait leurs papiers. Chacun sortait ses papiers et je n’oublierai jamais ce geste terrible de l’officier qui déchirait les papiers devant eux : ils étaient condamnés à mort sans passer devant un tribunal et simplement parce qu’ils étaient Arabes… Sans que je sois encore très politisé à l’époque, ça m’a révolté.

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