Pascal Bonafoux : " L'exposition Renoir père et fils est un somptueux malentendu "

Pierre-Auguste et Jean Renoir, vers 1916 (épreuve sur papier albuminé d'après négatif)
Pierre-Auguste et Jean Renoir, vers 1916 (épreuve sur papier albuminé d'après négatif) - Pierre Bonnard © Musée d'Orsay, Dist. RMN-Grand Palais/ Patrice Schmidt
Pierre-Auguste et Jean Renoir, vers 1916 (épreuve sur papier albuminé d'après négatif) - Pierre Bonnard © Musée d'Orsay, Dist. RMN-Grand Palais/ Patrice Schmidt
Pierre-Auguste et Jean Renoir, vers 1916 (épreuve sur papier albuminé d'après négatif) - Pierre Bonnard © Musée d'Orsay, Dist. RMN-Grand Palais/ Patrice Schmidt
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Tewfik Hakem s'entretient avec l'historien de l'art, Pascal Bonafoux, à propos de l'exposition " Renoir père et fils. Peinture et cinéma " au Musée d'Orsay, qui propose un autre regard sur cette exposition et publie "Les 100 tableaux qui racontent Renoir", aux éditions Chêne.

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Mardi-expo

Quelques années avant sa mort, le cinéaste Jean Renoir écrivait dans Ma vie et mes films ( éd. Flammarion 1974 ) : « J’ai passé ma vie à tenter de déterminer l’influence de mon père sur moi ».  Le Musée d’Orsay entreprend de répondre à cette question à travers l’exposition Renoir père et fils. Peinture et cinéma, jusqu’au 27 janvier 2019, explorant les deux œuvres, celle du père, Pierre-Auguste Renoir, le peintre (1841-1919)  et celle du fils, Jean Renoir (1894-1979). Notre invité, l’historien de l’art, Pascal Bonafoux émet des réserves sur cette mise en parallèle et s’en explique.

L'exposition est, me semble t-il, un somptueux malentendu. Le père, Pierre-Auguste Renoir, affirme dans les propos qu'il a pu tenir, quelque chose qui me parait fondamental :  " Nous, impressionnistes, avons débarrassé la peinture du sujet ". Et à quoi joue l'exposition ? A nous rabâcher des sujets, rien d'autres que des sujets ; c'est  "La Balançoire", c'est un pique-nique, au bord de l'eau, etc.  C'est pas le propos.

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Pierre-Auguste Renoir, La Seine à Champrosay, 1876
Pierre-Auguste Renoir, La Seine à Champrosay, 1876
- © Musée d'Orsay, legs Gustave Caillebotte,1894 //RMN -Grand Palais

Il y a une différence fondamentale entre le père et le fils. Bien sûr, que le fils a une admiration sans bornes pour son père - comment se défaire d'un tel génie - mais l'essentiel est ailleurs ; c'est que les toiles de Renoir sont faites pour être vues dans le calme, dans la sérénité, le temps immobilisé de la peinture, et le cinéma, c'est des images qui bougent. C'est une totale contradiction avec le cinéma.

Pendant des siècles, la peinture, comme la sculpture, a eu pour fonction d'être immobile comme pétrifiée. La raison d'être de la peinture, c'est d'être dans un temps qui échappe au temps, un passage en dehors du temps. La peinture de Renoir est essentiellement une peinture du bonheur de vivre. Il y a une élégance chez le père comme chez le fils, cette exaltation du bonheur est un thème cher à l'un comme à l'autre.

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Toute la Nouvelle Vague a eu pour Jean Renoir une immense admiration. Si, du coup, il donnait envie de revenir à Pierre-Auguste Renoir et à l'immobilité dans la peinture, ce serait formidable.

En savoir plus : R comme Jean Renoir
Plan large
58 min

Programmation musicale : 

Cora Vaucaire, La Complainte de la Butte

Archive. La voix de Jean Renoir à propos de son père, dans "Mémorables", sur France-Culture (1958).

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