Un rhinocéros traverse une route dans le parc national Kruger en Afrique du Sud. ©AFP - MARTIN BERNETTI
Un rhinocéros traverse une route dans le parc national Kruger en Afrique du Sud. ©AFP - MARTIN BERNETTI
Un rhinocéros traverse une route dans le parc national Kruger en Afrique du Sud. ©AFP - MARTIN BERNETTI
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Résumé

Le premier Congrès des aires protégées d'Afrique (APAC) s’est ouvert hier et se tiendra jusqu’au samedi 23 juillet au Centre de conférence de Kigali au Rwanda. Plus de 2000 participants débattent sur la meilleure manière de préserver la biodiversité du continent.

avec :

Chancia Ivala-Plaine (Juriste, spécialiste des questions liées à l’environnement et au changement climatique, présidente de l’association "Jeunesse Africaine pour l’Environnement"), Sergio Lopez (Fondateur de l’ONG Wildlife Angel), Aliou Faye (Directeur régional de l’Union internationale pour la conservation de la nature-programme pour l'Afrique centrale et occidentale (UICN-PACO)), Guillaume Blanc (Historien, spécialiste de l’histoire contemporaine de l’Afrique et du patrimoine environnemental).

En savoir plus

À l’heure de la "5e extinction de masse", il est difficile de contester la nécessité en Afrique de politiques de préservation des aires marines et forestières. Cependant, ces impératifs environnementaux entrent souvent en contradiction avec les usages traditionnels de ces milieux par les populations locales. Comment cette ancienne tension entre conservation et respect des particularités évolue-t-elle aujourd'hui ?

Ce paradoxe n'est effectivement pas nouveau. En effet, au motif de la préservation de la nature, les administrations coloniales ont créé, pendant l’entre deux-guerres, les premiers parcs naturels plaquant ainsi sur le continent un récit conservationniste. Comme l'explique François-Xavier Fauvelle, historien au Collège de France, en opposition de l’Europe productrice de culture, l'Afrique est perçue comme "un sanctuaire entre terre rouge et ciel bleu où l’origine persiste (…), la demeure d’une nature inévoluée, un Éden".

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Malgré la décolonisation, ce mythe se perpétue par le vecteur des instances internationales de protection de l’environnement et autres ONG. Sollicitées par les jeunes États post-coloniaux, ces instances mettent en place des politiques de sanctuarisation des espaces naturels entraînant l’exclusion, le déracinement, et la criminalisation des communautés africaines locales considérées comme destructrices de ces paysages atemporels.

Alors, quelle est la pertinence contemporaine du concept de "colonialisme vert" ? Assiste-t-on a une reprise en main des nations africaines de leurs politiques environnementales ? Et observe-t-on des évolutions vers une inclusion des populations locales dans les pratiques de conservation ? Ou alors l’opposition entre un impératif de protection de l’environnement et le développement des populations reste-t-il actuellement indépassable ?

Pour évoquer ces questions, François Saltiel reçoit Guillaume Blanc, historien de l'environnement et maître de conférences à l'Université Rennes 2, auteur de L’Invention du colonialisme vert, Chancia Ivala-Plaine, juriste, présidente de l’association "Jeunesse africaine pour l’environnement", Sergio Lopez, fondateur de l’ONG Wildlife Angel, auteur de Manuel de terrain du Ranger africain, et Aliou Faye, directeur régional de l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature-Programme Afrique Centrale et Occidentale (UICN-PACO).

Politique de conservation ou colonialisme vert ?

Aliou Faye, directeur régional de l’UICN-PACO, commence par présenter les objectifs concrets de son institution et de cette semaine de négociation : "Il s'agit pour l'UICN de concilier sur le terrain des aires protégées les vues de trois acteurs, les États, les ONG et les populations autochtones en vue d'un développement durable et de la conservation de la faune. L’objet est de positionner les aires protégées dans le cadre de développement des communautés africaines." Concernant les relations avec les populations locales vivant dans les parcs, il explique que des progrès ont été accomplis. "Les outils et les mentalités ont changé, aujourd'hui c'est le dialogue, la concertation et la volonté de co-construction qui dominent.  Les peuples autochtones et leurs droits sont reconnus, ils sont des partenaires essentiels de l'UICN".

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Des législations favorables aux populations locales

Chancia Ivala-Plaine, juriste, présidente de l’association "Jeunesse africaine pour l’environnement" note les différentes évolutions dans la jurisprudence de la commission africaine des droits de l'homme et des peuples : "Dans sa communication de 2009, la Cour a constaté l’expulsion de population par le gouvernement kényan. Ce qui selon elle, constitue une violation des droits de pratiquer leur religion et de propriété sur leurs terres." Elle poursuit en remarquant les récents espoirs en Afrique centrale liés à des jugements favorables aux populations locales : "Dans le bassin du Congo, les lois du 25 février 2011, garantissant au Rwanda une protection des populations autochtones et des conditions de vie acceptables, ainsi que la législation d'avril 2022 aboutissant aux mêmes avancées adoptées en République démocratique du Congo, vont être des bases solides sur lesquelles les différentes ONG pourront faire valoir les droits des communautés autochtones".

Sergio Lopez, fondateur de l’ONG Wildlife Angel et homme de terrain, explicite l'action et le positionnement de son organisation en comparaison avec celle d'African Parks, entreprise sud-africaine très controversée : "Nos objectifs affichés de protection de la biodiversité sont évidemment partagés. Cependant, nos doctrines sont strictement opposées. African Parks a une structure d’entreprise privée, les gouvernements africains acceptent de lui déléguer leurs droits régaliens, leur fierté de gérer un patrimoine exceptionnelle sur 20-25 ans. Les résultats sont là : la faune est protégée. En revanche le principe de 'conservation forteresse' induit une expulsion de toutes populations locales et des violences dramatiques... Notre relation est différente, si les populations locales veulent cueillir, chasser traditionnellement, c'est leur droit naturel. Il faut impliquer ces populations autochtones contre la criminalité environnementale, nous cherchons à travailler constamment avec les populations locales. 90 % des effectifs de mes rangers sont recrutés parmi les villageois, ce qui permet en cas de conflit d’avoir des médiateurs capables d'apaiser ces tensions évidentes entre protection de la faune et vie communautaire".

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Références

L'équipe

François Saltiel
François Saltiel
Mathias Mégy
Collaboration
Thomas Jost
Réalisation
Barthélémy Gaillard
Production déléguée
Juliette Devaux
Collaboration