L’ancien lobbyiste Mark MacGann a récemment révélé les opérations d’influence menées par la plateforme Uber sur le gouvernement français ©AFP - GEOFFROY VAN DER HASSELT
L’ancien lobbyiste Mark MacGann a récemment révélé les opérations d’influence menées par la plateforme Uber sur le gouvernement français ©AFP - GEOFFROY VAN DER HASSELT
L’ancien lobbyiste Mark MacGann a récemment révélé les opérations d’influence menées par la plateforme Uber sur le gouvernement français ©AFP - GEOFFROY VAN DER HASSELT
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Résumé

Les révélations des Uber Files ainsi que le passage du Digital Market Act devant le Conseil européen ce 18 juillet questionnent l’influence des lobbys de la Tech sur les gouvernements européens, leur permettant de moduler la loi selon leurs intérêts. Entre opacité et illégalité, comment lutter ?

avec :

Béatrice Guillemont (Chercheuse en droit), Sophie Balech (Maîtresse de conférences en sciences de gestion à l’Université de Picardie Jules-Verne), Olivier Petitjean (Journaliste en charge de l’Observatoire des multinationales).

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Formellement adopté lundi 18 juillet, le Digital Market Act, texte européen visant à limiter la domination des géants du numérique sur le marché européen, a fait l'objet d'une intense campagne de lobbying de la part des GAFAM. Désinformation, rencontres informelles ou encore embauches d'anciens fonctionnaires ou responsables politiques, ces manœuvres font écho avec les révélations sur les liens étroits entretenus par Uber et Emmanuel Macron lorsque ce dernier était ministre de l'Économie. Quel cadre la France et l'Europe posent-elles pour préserver l'intérêt général des appétits privés ?

Les géants du numérique sont les premiers lobbyistes en termes de dépenses au sein des institutions européennes. Comment sont-ils parvenus à pénétrer le cercle du pouvoir politique au niveau national et européen ? Comment exiger davantage de transparence afin de limiter les dérives ?

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Pour évoquer ces questions, François Saltiel reçoit Sophie Balech, maîtresse de conférences en sciences de gestion à l’Université de Picardie Jules-Verne, autrice d’une thèse soutenue en 2019 “L'institutionnalisation des plateformes : les cas d'Airbnb et Uber à Paris”, Olivier Petitjean, journaliste et coordinateur de l’Observatoire des multinationales et Béatrice Guillemont, docteure en droit, directrice générale d’Anticor et chercheuse associée au CERCCLE à Bordeaux.

39 min

Quand on aborde la question des Uber Files, Olivier Petitjean confie : "Uber a payé des économistes pour produire des études légitimant son discours lobbyiste en appuyant sur le nombre d’emplois crées." Béatrice Guillemont ajoute : "Des chercheurs ont parfois été payés plus de 100 000 euros pour soutenir des thèses défendant ce modèle économique douteux." Sophie Balech souligne l'enthousiasme initial et la confiance des utilisateurs dans la plateforme : "Uber est arrivé au début des années 2010, alors que le nombre de taxis à Paris était largement insuffisant, à peine un pour 360 habitants. Leur proposition technologique était innovante".

Pour Olivier Petitjean, inclure dans la législation des amendements rédigés par les lobbies n'est pas "une technique nouvelle. Cela pose des problèmes de transparence, de traçabilité et de déontologie. Peu de parlementaires reconnaissent l’origine de leurs amendements."

Pour Béatrice Guillemont, "Uber ne respecte pas le droit. La plateforme est poursuivie par le parquet de Paris depuis 2015 pour des manquements au respect du droit du travail. Aussi, on ne donne pas assez de moyens à la Justice. Cela laisse une place plus importante au lobbying."

Concernant l'adoption du DMA, Olivier Petitjean souligne : "Jusque 2015 – 2016, on ne voyait pas beaucoup les GAFAM sur les dossiers de la DMA et de la DSA (Digital Services Act). Puis on a vu leurs dépenses de lobbying augmenter en flèche, notamment à Bruxelles. Ils se sont mis en position d’interlocuteurs privilégiés des gouvernements d’Europe. Ils ont réussi à éviter que le DMA ne contrôle trop leur mode de fonctionnement."

Enfin, quand on parle du phénomène de "pantouflage", récurrent chez les parlementaires, tous sont unanimes. Béatrice Guillemont résume : "La particularité d’Uber est la récupération d’hauts fonctionnaires. Le constat est clair : il est temps d’encadrer ces pratiques. La Haute Autorité de la Vie Publique est chargée de contrôler depuis 2020 les reconversions dans le privé des parlementaires. Cependant, pour plus de transparence et afin de faire davantage primer les intérêts publics, il faut poursuivre dans cette voie. Le droit de probité avance au fur et à mesure de la révélation des affaires."

Sophie Balech souligne : "Le scandale autour des Uber Files sera vite oublié. Uber va se relever, c’est un moyen de parler d’eux, ils sont très fort en communication. Ils insisteront sur le fait que ce n'est plus leur gouvernance actuelle, qu'ils se préoccupent de l'emploi et de la mobilité à travers le monde."

Références

L'équipe

François Saltiel
François Saltiel
Mathias Mégy
Collaboration
Thomas Jost
Réalisation
Barthélémy Gaillard
Production déléguée
Roxane Poulain
Collaboration
Juliette Devaux
Collaboration