Le 15 août 2021, il y a un an, les talibans prenaient la ville de Kaboul.
Le 15 août 2021, il y a un an, les talibans prenaient la ville de Kaboul. ©AFP - Lillian SUWANRUMPHA
Le 15 août 2021, il y a un an, les talibans prenaient la ville de Kaboul. ©AFP - Lillian SUWANRUMPHA
Le 15 août 2021, il y a un an, les talibans prenaient la ville de Kaboul. ©AFP - Lillian SUWANRUMPHA
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Un an après la reprise du pouvoir par les Talibans, la situation en Afghanistan semble critique : selon Human Rights Watch, 90 % des foyers afghans ne mangent pas à leur faim. Quel avenir pour la population et pour le pays ?

Avec
  • Nassim Majidi co-fondatrice/directrice de Samuel Hall, un centre de recherche basé à Kaboul (organisation à but social qui forme des chercheurs afghans et qui soutient l’action humanitaire/développement dans le pays)
  • Jean-Luc Racine directeur de recherche au CNRS, chercheur senior au think tank Asia Centre
  • Solène Chalvon-Fioriti Journaliste indépendante

Ce 15 août, l’Afghanistan a aussi son jour férié : le régime des Talibans a imposé une journée sans travail pour célébrer la prise de Kaboul, il y a tout juste un an. Depuis l’été dernier, l’Afghanistan vit de nouveau sous régime obscurantiste. En reprenant le pouvoir, suite au retrait chaotique des Américains, les Talibans avaient juré qu’ils avaient changé, ils avaient promis la sécurité, la prospérité. Depuis 12 mois, la population ne récolte rien de tout cela. Pire : le pays traverse une crise humanitaire inédite ; les femmes sont ségréguées, exclues de la vie sociale ; et le pays demeure, semble-t-il, une base arrière du terrorisme. L’Afghanistan peut-il se relever de la chute de Kaboul ?

Avec Jean-Luc Racine, directeur de recherche émérite au CNRS, chercheur senior au think tank Asia Centre. Nassim Majidi,  fondatrice et co-directrice du centre de recherche Samuel Hall, basé à Kaboul, Nairobi et Tunis, du nom de Samuel Hall, chercheuse affiliée à la Tufts University (USA) et l'Université de Wits (Afrique du Sud), et Solène Chalvon-Fioriti , grand reporter.

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Pour Solène Chalvon-Fioriti, "l'Afghanistan est un pays qui s’écroule. Il n’y a plus de système bancaire, d’économie ni de de technicité. On se redirige vers l’âge de pierre, ce que souhaitent les Talibans. Le retour des 7 milliards de dollars appartenant à la population afghane, actuellement bloqués par les Américains et les Européens sous conditions de respect des droits humains, permettrait de redémarrer l’économie. Le gel de cet argent impacte la population civile et les femmes notamment, premières victimes de la crise humanitaire.Nassim Majidi complète : "les fonds étrangers représentaient 40% du PIB et 80% du budget de l’Etat. Face au gel des avoirs, les politiques concernant le développement du pays sont bloquées et le pays ne peut pas avancer."

Nassim Majidi dépeint la crise humanitaire sans précédent dont est victime la population afghane : "97% des afghans et des afghanes vivent sous le seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec moins de deux dollars par jour. On observe une « stratégie de survie » ; les familles vendent tous leurs biens et leurs terres dans l’espoir de survivre. On note aussi une augmentation des mariages forcés, notamment des enfants. "

Jean-Luc Racine s'avance : "les Talibans ont menti, non, ils n’ont pas changé. Ils pratiquent une "rhétorique du déni"; ils affirment être en faveur du bien-être des femmes « dans le cadre de la Charia », vouloir réaccorder l’accès aux écoles pour les filles mais en être empêchés par un souci de programmes… Il est clair que dans la composition du gouvernement, c’est la branche dure qui l’a emporté."

La corruption diminue-t-elle depuis le retour des Talibans à la tête du régime Afghan ? Pour Solène Chalvon-Fioriti "c’est très difficile à dire, il y a très peu d’études précises sur le sujet. Pour ce qui est de ma perception, je trouve que la corruption a un peu diminué par rapport aux années précédentes. Cependant, beaucoup de soldats Talibans ne sont pas payés, ils sont logés mais ne reçoivent que du thé et du pain en guise de salaire. Parmi eux certains rackettent la population, en s’appropriant des maisons et d’autres en exigeant des soins gratuits à l’hôpital. A Kaboul, tout va dans la direction de l'oppression. Un système de « répression du vice », composé de nouveaux « fonctionnaires » est en place avec pour but de terroriser les civils, et notamment les femmes. Le « scénario du pire », prophétisé par les activistes afghanes il y a un an et que l’on n’a pas voulu entendre est en cours. Les universités risquent de fermer leurs portes aux femmes, ainsi que les collèges et les lycées."

Sur l'oppression dont sont victimes les femmes, Nassim Majidi ajoute : "la capacité des Talibans à gouverner s’inscrit dans une volonté de contrôler les femmes. Notons qu’ils n’ont pas de programmes sectoriels précis mais 16 décrets définis contre les droits des femmes. On observe également une forme d’autocensure de la part de la population, les femmes n’osent plus sortir sans chaperon de peur d’être trahies par des voisins."