L’absence de majorité présidentielle absolue marque un élan nouveau au Parlement. ©AFP - BERTRAND GUAY
L’absence de majorité présidentielle absolue marque un élan nouveau au Parlement. ©AFP - BERTRAND GUAY
L’absence de majorité présidentielle absolue marque un élan nouveau au Parlement. ©AFP - BERTRAND GUAY
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Résumé

Depuis le mois de juin, le Gouvernement ne dispose plus d’une majorité absolue à l’Assemblée nationale. En conséquence, l’épicentre de la vie politique française semble s’être déplacé dans l’hémicycle où les débats se multiplient. Résurrection du dialogue social ou régime de l’immobilisme ?

avec :

Valérie Rabault (Députée PS du Tarn et Garonne.), Jean Garrigues (historien, président du comité d'histoire parlementaire, membre de la commission "Les lumières à l'ère numérique"), Astrid Panosyan-Bouvet (Députée, membre de la Commission des Affaires sociales (groupe Renaissance)).

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Malgré une situation qui n'a rien d'inédit pour la Vème République, l’absence de majorité présidentielle à l’Assemblée nationale semble insuffler une ère nouvelle au Parlement. Multiplication de débats houleux, discussions musclées, compromis négociés, la vie politique française se joue dorénavant dans l’hémicycle.

Alors que certains louent le retour du débat politique, d’autres craignent un régime marqué par l'obstruction, l'hyper-consensus et la caricature.

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Pour cet épisode du Temps du Débat, Quentin Lafay reçoit Valérie Rabault, députée socialiste, vice-Présidente de l’Assemblée nationale et membre de la Commission de la Défense nationale et des forces armées, Jean Garrigues, historien, président du comité d'histoire parlementaire et membre de la Commission "Les Lumières à l'ère numérique" ainsi qu'Astrid Panosyan-Bouvet, députée du groupe Renaissance et membre de la Commission des Affaires sociales.

Pour Astrid Panosyan-Bouvet, "la configuration actuelle de l’Assemblée nationale est celle que les Français ont voulue. Je pense qu’un équilibre est en train d’être trouvé. On avait peur d’un blocage, de l’impossibilité de faire passer des lois. Comme nous avons pu le voir avec les trois derniers projets de lois votés, ce n’est pas le cas." Valérie Rabault, élue socialiste, ajoute : "Nous ne sommes pas dans l’opposition systématique. Nous regardons les textes de façon pragmatique, en défendant nos valeurs et ce que nous pensons être juste pour les Français."

Cette nouvelle configuration du Parlement affirme-t-elle son rôle dans la vie politique française ? Pour Jean Garrigues, "la non-majorité d’Emmanuel Macron est une opportunité de revaloriser le rôle du Parlement. Le Parlement est conforme à sa tradition historique, il permet une opposition qui se manifeste autrement que par des blocages ou des bruits médiatiques, même si certains s’y adonnent un peu trop à mon goût. C’est une occasion historique, malgré la défiance des Français envers les institutions et le sentiment d’antiparlementarisme, de montrer qu’on peut produire et co-produire de la politique. C’est une occasion pour la société française de re-légitimer les acteurs politiques. Aujourd’hui, on retrouve le goût de la délibération constructive."

Mais la majorité présidentielle est-elle prête au compromis ? Pour Valérie Rabault, "le gouvernement n’en a pas trop envie. Si le Président l’avait souhaité, il aurait organisé une coalition avec un contrat de coalition, comme cela se fait en Allemagne. Je pense qu’il contourne cette difficulté en se déportant vers la droite. Mon groupe a fait des propositions que la majorité n’a même pas voulu entendre, comme par exemple avec la suppression de la redevance télé, qui pour nous est inacceptable."

Enfin, sur la présence de débats parfois musclés et caricaturaux dans l'hémicycle, Astrid Panosyan-Bouvet note "un phénomène de "twitterisation" de la vie parlementaire. Les interventions sont ciblées pour une audience externe, et non plus pour l’hémicycle. C’est une culture du buzz et du clash, qui s’inspire notamment du modèle américain.Valérie Rabault nuance : "Les réseaux sociaux permettent une vulgarisation des discours. L’inclusion des citoyens dans l’hémicycle permet d’éviter un discours trop technocratique et déconnecté de la vie des Français."

Références

L'équipe

Quentin Lafay
Production
Jeanne Coppey
Collaboration
Aliette Hovine
Production déléguée
Anna Pheulpin
Collaboration