Lido, Main jaune, Bus Palladium : de nombreux lieux mythiques des nuits parisiennes ont fermé leurs portes ces derniers mois. ©Getty - SEBASTIAN KAHNERT
Lido, Main jaune, Bus Palladium : de nombreux lieux mythiques des nuits parisiennes ont fermé leurs portes ces derniers mois. ©Getty - SEBASTIAN KAHNERT
Lido, Main jaune, Bus Palladium : de nombreux lieux mythiques des nuits parisiennes ont fermé leurs portes ces derniers mois. ©Getty - SEBASTIAN KAHNERT
Publicité
Résumé

Mort de Régine et Michou, grandes figures de la nuit parisienne, bout de piste pour le Bus Palladium, la Concrète et le Lido... Que racontent ces fermetures en chaîne ? Sont-elles révélatrices de l'évolution de nos pratiques festives et de l’économie des lieux de la fête ?

avec :

Christophe Moreau (Sociologue de l'éducation), Frédéric Hocquard (Conseiller de Paris, délégué auprès du Premier Adjoint à la Maire de Paris chargé de la Nuit.), Sonia Rachline (Autrice et journaliste), Arnaud Perrine (Co-fondateur du Kilomètre 25, lieu de vie et soirées nocturnes sous le périphérique parisien).

En savoir plus

Lido, Main jaune, Bus Palladium : autant de lieux mythiques des nuits parisiennes qui ont fermé leurs portes ces derniers mois. Que racontent ces fermetures de nos manières de faire la fête ? Est-ce que nos pratiques festives ont été modifiées, et si oui, par quoi les avons-nous remplacées ? Et que signifient ces fermetures du point de vue de l'économie de la fête ? Les modèles économiques de ces lieux ont-ils changé, et si oui comment ? Enfin, si les discothèques traditionnelles ferment, est-ce que la nuit ne se réinvente pas autre part, et autrement ?

Pour répondre à ces questions, Quentin Lafay reçoit Christophe Moreau, sociologue indépendant et directeur de Jeudevi, Sonia Rachline, romancière et auteure de Lido. Plumes, strass et émotions (Flammarion, 2021), Arnaud Perrine, co-fondateur du club "Kilomètre 25", et Frédéric Hocquard, adjoint à la Maire de Paris chargé du tourisme et de la vie nocturne.

Publicité

Que signifie la fin du cabaret le "Lido" ? Sonia Rachline commence : "Je me limiterais à dire que c’est la fin d’un lieu de fête parisien. Le genre du cabaret n’est pas lié qu’au tourisme, c’est un art et un genre artistique en soi. La fermeture de ce lieu mythique ne signifie pas la fin du cabaret et de la fête à Paris." Pour Frédéric Hocquard"la fermeture du Lido s’inscrit dans le principe de la vie nocturne parisienne : des lieux ouvrent et d’autres ferment. La fermeture d’un certain nombre de lieux parisiens ne veut pas dire que la nuit parisienne est en berne."

Que penser du rachat de l'institution par le groupe Accor ? "Je trouve cela très dommageable. Dans une ère du tout-profit, le Lido disparaît parce que le groupe Accor en a décidé ainsi. Le cabaret est un genre artistique qui doit être entretenu. Au-delà des 200 artistes qui vont perdre leurs emplois, il y a aussi des artisans qui se retrouvent désœuvrés." souligne Sonia RachlineFrédéric Hocquard complète : "Je trouve cela plutôt affligeant pour le patrimoine de la vie nocturne parisienne. Nous n’avons pas de vraies certitudes concernant les intentions des nouveaux propriétaires. Le nom va-t-il être gardé ? Quelle est la part exacte de salariés qui sera licenciée ?"

Que traduisent les fermetures de ces lieux mythiques de notre façon de faire la fête ? Est-ce la fin de la vie nocturne ? Christophe Moreau explique : "A cause de la pandémie, on observe une baisse de 25% du nombre de discothèques. Mais aujourd’hui, nous sommes dans une logique ascendante et pas descendante. Le modèle de la vie nocturne a un peu changé : on note une vraie quête de soi, l'investissement dans de nouveaux et multiples espaces. Le modèle de la discothèque a vécu, elles sont amenées à se renouveler. La fête est une façon de se construire et fabrique notre biographie. La vie nocturne n’est pas vouée à disparaître."

Arnaud Perrine complète : "Notre club "Kilomètre 25" essaie de proposer quelque chose de différent. On a réuni plusieurs attentes : la musique est liée à une programmation artistique variée, on a des petits shops, des stands de tatouage, on fait intervenir les arts du cirque. L’idée est de recréer l’ambiance des "raves parties" des années 1990. Nous sommes situés en banlieue parisienne, dans un quartier populaire. Un de nos objectifs est de créer de la mixité et d’encourager l’inclusivité, tout en assurant la sécurité de nos clients."

Frédéric Hocquard insiste sur l'importance de préserver les lieux de fêtes : "La nuit est un moment où les barrières s’estompent, c’est une respiration, un moment de décloisonnement. Malgré l’injonction économique de rentabilité, pas toujours facile à respecter avec des lieux qui ne sont pas forcément dans une logique de profit, il est primordial de permettre que ce bien-commun existe dans la cité."

Références

L'équipe

Quentin Lafay
Quentin Lafay
Quentin Lafay
Production
Aliette Hovine
Collaboration
Jeanne Coppey
Collaboration
Anna Pheulpin
Collaboration
Lou Garnier
Collaboration
Rodolphe Dourouni
Collaboration
June Loper
Réalisation