Une soldat de l'Armée populaire de libération chinoise pendant un entrainement militaire dans le Kashgar, région du Xinjiang, Chine. ©AFP - STR
Une soldat de l'Armée populaire de libération chinoise pendant un entrainement militaire dans le Kashgar, région du Xinjiang, Chine. ©AFP - STR
Une soldat de l'Armée populaire de libération chinoise pendant un entrainement militaire dans le Kashgar, région du Xinjiang, Chine. ©AFP - STR
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Résumé

Les exercices militaires entamés par la Chine autour de Taïwan après la visite de Nancy Pelosi devaient cesser hier. Ils se poursuivent finalement, prolongeant ainsi la plus grande démonstration de force militaire jamais menée par Pékin avec, en toile de fond, la menace d’un conflit véritable.

avec :

Valérie Niquet (Responsable du pôle Asie à la Fondation pour la Recherche Stratégique), Alice Ekman (Analyste responsable de l'Asie à l'Institut des études de sécurité de l'Union européenne (EUISS)), François Wu (Représentant de Taïwan en France).

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On s’arrête ? Non, on continue. Les exercices militaires chinois autour de Taïwan après la visite de Nancy Pelosi devaient cesser hier mais se poursuivent finalement, prolongeant ainsi la plus grande démonstration de force militaire jamais menée par Pékin autour de l’île aux 23 millions d’habitants, avec, en toile de fond, la menace d’un conflit véritable. Mais la Chine peut-elle se permettre la guerre ? A-t-elle les moyens de franchir le détroit de Taïwan ? A-t-elle l’expérience suffisante pour déployer une stratégie au long cours ? Et pour affronter, de manière directe ou indirecte, les Etats-Unis, tout en affrontant un contexte intérieur de plus en plus difficile ? Voici quelques-unes des questions qui traverseront le débat de ce soir.

Pour en discuter, Quentin Lafay reçoit Valérie Niquet, responsable du pôle Asie à la Fondation pour la Recherche Stratégique, Alice Ekman, analyste responsable de l'Asie à l'Institut des études de sécurité de l'Union européenne (EUISS) et François Wu, représentant de Taïwan en France.

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Pour Valérie Niquet, les manœuvres actuelles, sont très importantes du point de vue chinois. "Elles répondent à une double ambition : riposter à la venue de Pelosi en montrant les crocs et en simulant une situation de blocus ; et donner une leçon aux Taïwanais eux-mêmes, leur montrer ce dont la Chine est capable pour les intimider." Cependant, il ne faut pas, selon elle, céder au récit d’une Chine toute-puissante. "Ce n’est pas parce que la Chine a pu mettre en œuvre ces exercices sans opposition militaire que la Chine est capable d’établir un blocus, voire de débarquer et de tenir Taiwan. La Chine peut obtenir quelque chose si elle peut isoler commercialement Taïwan en désencourageant ses partenaires d’y investir, à cause de la menace chinoise grandissante." La Chine augmente sa puissance militaire depuis une décennie. Il convient toutefois de nuancer : "L’armée chinoise a le second budget dans le monde, avec près de 270 milliards de dollars. La Chine a mis l’accent sur une réorganisation profonde de l’Armée populaire de libération avec notamment la mise en place d’un département consacré à la logistique et aux technologies cyber. Sa capacité de production navale est énorme, elle possède déjà deux porte-avions, un troisième devrait arriver. Cependant, un des dangers, c’est de gonfler les capacités de Pékin. A travers cet essor et les manœuvres actuelles, on comprend que cette lutte à la fois pour Taiwan, mais plus largement face aux Etats-Unis est surtout une guerre psychologique. Il faut impressionner l’adversaire, qui doit se résigner. Il doit se dire dans le cas taïwanais que face à une telle puissance : à quoi bon exister ?"

Alice Ekman montre que, malgré les velléités chinoises, la perspective d’une invasion reste quasiment possible. "Malgré une hégémonie de plus en plus contestée par l’armée chinoise, surtout depuis sa modernisation rapide avec l’arrivée de Xi Jinping, la supériorité militaire américaine est encore écrasante. De même, l’Armée populaire de libération a de nombreuses lacunes. D’abord, elle a peu de partenaires d’exercice réels, et son manque d’expérience concret de guerre est total. Ainsi, ces manœuvres permettent surtout de s’entrainer et de tester les limites de la réponse des forces taïwanaises, les signes seront fortement analysés par Pékin." Selon elle, les tensions récentes révèlent une grande continuité des politiques étrangères américaines et chinoises. "Les tensions commerciales, technologiques, politiques n’ont pas décru, ni sous l’administration Trump, ni sous l’administration Biden. En effet, ce dernier ne remet pas en cause les ventes d’armes à Taïwan signées en 2018. Côté chinois, les opérations menées à la suite de la visite de Nancy Pelosi ne peuvent être interprétés comme uniquement liées à la conjoncture défavorable traversée par le pays. Les objectifs de Taïwan étaient, sont aujourd’hui, et resteront demain primordiaux, quel que soit le contexte précis."

François Wu affirme que la montée en puissance militaire de la République Populaire de Chine est de plus en plus forte. "Tous les cinq ans, la marine chinoise établit plus de bâtiments de guerre que l’entièreté de la marine française. En nombre, elle a déjà dépassé la marine américaine." Selon lui, cette montée en puissance mène à des transgressions de plus en plus fortes, notamment des limites maritimes et aériennes. "La ligne médiane du détroit de Formose (large de 183 kilomètres) n’est plus respectée par les bâtiments chinois. Leurs exercices militaires touchent les eaux taïwanaises, menaçant nos zones commerciales et ainsi la survie de Taiwan." Face à cette situation, Taiwan se prépare et renforce ses capacités militaires. "Taiwan a déjà décidé de renforcer ses capacités, par de nombreuses commandes militaires. La population se prépare également, prend l'habitude d’une menace permanente d’une grande puissance." Selon lui, l’exemple ukrainien montre l’irrationnalité des puissances russes et chinoises, qui doit être prise en compte. "Ce qui se passe en Ukraine nous donne un avertissement, la Russie a une ambition géopolitique qui mène à des décisions irrationnelles. De la même façon, la Chine a une volonté de domination, dépasser les Américains et dominer le monde. Son ambition, tournée vers le Pacifique, peut la guider vers des décisions abruptes et irrationnelles."

Références

L'équipe

Quentin Lafay
Quentin Lafay
Quentin Lafay
Production
Aliette Hovine
Production déléguée
Jeanne Coppey
Collaboration
Anna Pheulpin
Collaboration
Rodolphe Dourouni
Collaboration
Lou Garnier
Collaboration
June Loper
Réalisation