Lundi 1ier août, Joe Biden annonçait la mort d'Ayman Al-Zawahiri, bras droit d'Al-Qaïda, provoquée par une frappe aérienne américaine. ©Getty - Demetrius Freeman / The Washington Post
Lundi 1ier août, Joe Biden annonçait la mort d'Ayman Al-Zawahiri, bras droit d'Al-Qaïda, provoquée par une frappe aérienne américaine. ©Getty - Demetrius Freeman / The Washington Post
Lundi 1ier août, Joe Biden annonçait la mort d'Ayman Al-Zawahiri, bras droit d'Al-Qaïda, provoquée par une frappe aérienne américaine. ©Getty - Demetrius Freeman / The Washington Post
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Résumé

Lundi 1er août, Joe Biden annonçait le succès de la frappe aérienne américaine provoquant la mort d’Ayman Al-Zawahiri, ancien bras droit d’Al-Qaïda. Comment cet évènement s’inscrit-il dans la stratégie américaine de lutte contre le terrorisme ? Est-ce la fin du terrorisme global ?

avec :

David Martinon (représentant spécial de la France pour les négociations sur le numérique, ancien Consul de France à Los Angeles), Jenny Raflik (Professeure d'Histoire contemporaine à l’Université de Nantes), Olivier Roy (Politologue, professeur à l'Institut universitaire européen de Florence).

En savoir plus

Pratiquement un an après la prise de Kaboul par les talibans et le fiasco du retrait américain d’Afghanistan, les Etats-Unis viennent de montrer au monde qu’ils n’avaient pas encore totalement quitté le pays. Le décès d’Ayman Al-Zawahiri, provoqué par une frappe de drone américain, marque-t-il un tournant ?

Pour cet épisode du Temps du Débat, Quentin Lafay reçoit Olivier Roy, professeur à l’Institut Universitaire Européen de Florence (Italie) et auteur de Le Djihad et la mortJenny Raflik, historienne, professeure d'histoire contemporaine à l'Université de Nantes et spécialiste de l’histoire du terrorisme, et David Martinon, ambassadeur de France pour l'Afghanistan (depuis Paris).

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David Martinon salue la capacité d'intervention américaine : "Ils sont arrivés à éliminer Ayman Al-Zawahiri en plein cœur de Kaboul, dans une "safe house", ce qui signifie qu’il était très protégé. De plus, aucun dommage collatéral n’est à déplorer. Cette opération montre la capacité américaine à frapper "over the horizon", c'est-à-dire à distance, grâce à des réseaux de renseignement très efficaces notamment." Pour Olivier Roy, "ce que veut prouver Joe Biden, dans la lignée d’Obama et de Trump, c’est que répondre territorialement à un terrorisme global était une erreur. Par la réussite de cette opération, les américains montrent qu'une "guerre propre", sans envoyer des troupes à l’étranger, est possible. Cela permet également de justifier l’évacuation des troupes amériacines d’Afghanistan."

Alors la mort d'Ayman Al-Zawahiri marque-t-elle vraiment un tournant dans la lutte contre le terrorisme global ? Pour Olivier Roy"c’est un évènement important car c’est la fin d’Al-Qaïda comme Djihad global. C’est la fin d’un épisode qui dure depuis vingt ans. Al-Qaïda se portait mal, n’était plus impliqué dans des grandes opérations terroristes, ne survivait que grâce à ses branches locales." Jenny Raflik complète : "Cela marque un tournant pour la maison mère d’Al-Qaïda car Ayman Al-Zawahiri était le dernier leader du mouvement. Il a participé à la naissance, à la création et au cheminement de l’organisation. Pour l’organisation dans son ensemble, les conséquences vont être moindres. Les capacités opérationnelles des branches locales, comme celle du Sahel, vont continuer à se concentrer sur le terrain, de façon plus incontrôlées car elles ne seront plus régies par une maison mère."

Mais quelles sont conséquences d'une telle action ? Les actions militaires et diplomatiques occidentales encouragent-elles le terrorisme ? Olivier Roy nuance : "Je ne suis pas sûr que les frappes occidentales encouragent le terrorisme local. Par contre, cela encourage les mouvements d’opposition sur le terrain. Le problème est plus politique que militaire. En Afghanistan, les actions des troupes de l’OTAN n’ont pas augmenté les actions terroristes. Par contre, elles ont certainement incité au ralliement de la population aux talibans, en les présentant comme les défenseurs et les gardiens de la paix du pays."

Pour David Martinon, les conséquences de cette frappe seront limitées : "La réaction officielle des talibans est une réaction offusquée certes, mais pas plus dure que ça. N’oublions pas que les talibans incarnent une organisation profondément nationaliste qui n'a aucune visée universaliste. Je ne les vois pas tenter quelque chose à l’extérieur. Leur objectif est vraiment de construire un état taleb, en Afghanistan.Olivier Roy ajoute : "Des actions terroristes pour venger cette humiliation vécue par les talibans sont peu probables. La tendance est au déclin du terrorisme global."

Références

L'équipe

Quentin Lafay
Production
Jeanne Coppey
Collaboration
Aliette Hovine
Production déléguée
Anna Pheulpin
Collaboration