Une pancarte "Bravo les Lesbiennes" pendant une manifestation contre la lesbophobie. ©Getty - Gerard Bottino
Une pancarte "Bravo les Lesbiennes" pendant une manifestation contre la lesbophobie. ©Getty - Gerard Bottino
Une pancarte "Bravo les Lesbiennes" pendant une manifestation contre la lesbophobie. ©Getty - Gerard Bottino
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Résumé

De nombreux ouvrages récemment parus témoignent d'un intérêt croissant pour le lesbianisme politique. Au-delà même de l'orientation sexuelle, le lesbianisme serait-il un moyen de fragiliser la société patriarcale; un chemin souhaitable vers l’émancipation féminine, ou même un combat politique ?

avec :

Marie-Jo Bonnet (historienne), Natacha Chetcuti (Anthropologue, sociologue), Alice Coffin (Journaliste).

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Quarante ans après la dépénalisation de l’homosexualité en France (4 août 1982) et alors qu'Elisabeth Borne vient d'annoncer la création d’un poste d’ “ambassadeur aux droits LGBT+” et la création d’un fond de trois millions d’euros pour financer de nouveaux centres LGBT+, qu'est-ce qu'être lesbienne aujourd'hui ?

Etre lesbienne, est-ce vivre en dehors du patriarcat ? Est-ce que seules les lesbiennes, en échappant à la relation amoureuse et sexuelle avec des hommes, sont vraiment féministes ? Le lesbianisme serait-il alors la forme la plus aboutie du féminisme ? Ou, en d’autres termes, peut-on encore être féministe et hétérosexuelle ?

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Plus largement donc, quelle place doit prendre l’intime dans le politique, et le politique dans l’intime ? Doit-on structurer ses combats publics à l’aune de ses choix personnels - être lesbienne, donc s’engager dans la défense des droits LGBT et/ou du féminisme ? A l’inverse, le politique peut-il faire irruption dans l’intime, jusqu’à provoquer un changement d’orientation sexuelle ? Le lesbianisme, de simple orientation sexuelle, est-il devenu un combat politique ?

Pour répondre à ces questions, Quentin Lafay reçoit Marie-Jo Bonnet, historienne spécialiste de l’histoire des femmes et du lesbianisme, militante du Mouvement de libération des femmes (MLF) dans les années 1970, co-fondatrice des Gouines rouges, et autrice de Qu'est-ce qu'une femme désire quand elle désire une femme ?, réédité en juin 2022 aux éditions Odile Jacob, Alice Coffin, journaliste, militante féministe et LGBT, élue écologiste au Conseil de Paris, autrice du Génie Lesbien (Grasset, 2020), et Natacha Chetcuti-Osorovitz , sociologue et anthropologue, enseignante-chercheuse à CentraleSupélec et à l’Ecole normale supérieure Paris-Saclay, qui a notamment publié Se dire lesbienne : vie en couple, sexualité et représentation de soi (Payot, 2010).

Marie-Jo Bonnet raconte son engagement personnel et politique pour la cause des femmes. "J'ai consacré ma vie aux femmes, à l'amour des femmes, j'ai tourné ma libido vers les femmes. Le MLF m'a authentifiée. Dans un contexte de domination patriarcale, de domination phallique, choisir d'aimer les femmes, déjà, c'est un choix culturel, qui permet un épanouissement de notre "être-femme" dans la société, de notre féminité. Il y a un très fort courant théorique contre les femmes qui clive la femme contre la lesbienne. Pour moi, c'est avant tout une relation humaine, entre deux personnes, entre deux femmes. La relation permet de nous construire comme sujets. On ne peut mettre sur un pied d'égalité la lesbienne, on met beaucoup d'importance dans l'hétéronormalité, y compris des militantismes lesbiens qui revendiquent le mariage et la maternité. Je m'excuse, mais ce sont des catégories de l'hétérosexualité."

Selon Alice Coffin"le lesbianisme revendiqué vient heurter un double interdit, qui heurte les tenants d'une société uniquement hétérosexuelle, mais cela heurte aussi toute une tradition militante homosexuelle qui a été frappée par un discours homophobe, des thérapies de conversion qui s'appuient sur cet argument du choix." Elle rappelle également que "la société est complètement androcentrée, les standards culturels et politiques ont été construits par et pour des hommes. Et c'est pour cela qu'il y a une rencontre forte entre lesbianisme et féminisme, entre militants qui lient l'ensemble de ces combats. Il faut faire le lien entre le patriarcat et la lutte contre le racisme, et les générations climat par exemple font ces ponts entre ces revendications."

Pour Natacha Chetcuti-Osorovitz, "il n'y a pas une manière d'être lesbienne, il y plusieurs processus dans le lesbianisme. La catégorisation lesbienne impose la société hétérosexuelle une catégorie qui ne va pas de soi. Le processus du lesbianisme implique une déshétérosexualisation, une mise à distance des schémas de binarité qui sont construits par et à l'intérieur du système hétérosexuel." Concernant la question du lien entre lesbianisme et politique, elle nuance : "Est-ce que toutes les lesbiennes sont politiques, je ne sais pas, mais être politique suppose que l'on soit et que l'on construise en partie son lesbianisme à l'intérieur de mouvements collectifs, dans une perspective de lutte. Et l'une des figures majeures de la théorisation lesbienne, Monique Wittig, opposait "lesbienne" à "femme", car "femme" était pour elle une position dominée, idéologiquement et économiquement. Donc être lesbienne pour Wittig entre dans une conscience intime et politique, il faut refuser la catégorie femme, pour se sortir de l'hétérosocialité."

Références

L'équipe

Quentin Lafay
Quentin Lafay
Quentin Lafay
Production
Aliette Hovine
Collaboration
Jeanne Coppey
Collaboration
Anna Pheulpin
Collaboration
Rodolphe Dourouni
Collaboration
Lou Garnier
Collaboration
June Loper
Réalisation