Selon le Syndicat national de l’édition, la poésie, associée au théâtre, représente depuis 1990 entre 0,2 % et 0,4 % du chiffre d’affaires de l’édition. ©Getty - Michele Constantini
Selon le Syndicat national de l’édition, la poésie, associée au théâtre, représente depuis 1990 entre 0,2 % et 0,4 % du chiffre d’affaires de l’édition. ©Getty - Michele Constantini
Selon le Syndicat national de l’édition, la poésie, associée au théâtre, représente depuis 1990 entre 0,2 % et 0,4 % du chiffre d’affaires de l’édition. ©Getty - Michele Constantini
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Résumé

Déwé Gorogé, figure de la poésie et femme politique néo-kanak, est décédée le 14 août. La poésie dans sa forme traditionnelle, justement, semble décliner. Mais dans sa diversité, elle paraît traversée d’un puissant renouveau. Est-ce que la poésie peut profiter de l’époque pour se renouveler ?

avec :

Jean-Michel Maulpoix (Écrivain et poète), Magali Nachtergael (maîtresse de conférence en littérature à l'université Paris XIII), Rim Battal (Poétesse et autrice).

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La poésie a-t-elle disparu ? Pour certains, c’est un fait : boudée par des médias qui ne s’intéresseraient qu’à ce qui est rentable et par un lectorat qui aurait diminué, la poésie n'est plus. Pour d’autres, ceux qui, engagés dans un festival, une revue ou une maison d’édition, connaissent les lieux d’existence de la poésie contemporaine, elle est bien présente et visible aux yeux de qui se donne la peine de la chercher. Enfin il y a ceux qui considèrent qu’elle est partout, même si elle ne se nomme plus nécessairement poésie, naviguant sous le pavillon d’autres genres, qu’il s’agisse de la chanson, du slam ou des arts numériques. Alors quel état des lieux faire de l’univers de la poésie ? La définition de la poésie a-t-elle changé ?

Pour répondre à ces questions, Quentin Lafay reçoit Rim Battal, poétesse et autrice dont le dernier ouvrage Mine de Rien est paru en 2022 aux éditions Le Castor Astral, Magali Nachtergael, professeure de littérature française à l'Université de Bordeaux-Montaigne et Jean-Michel Maulpoix, écrivain.

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Notre perception de la poésie a-t-elle évolué ? Jean-Michel Maulpoix : "Je ne sais pas si la perception que l’on a de la poésie a changé, cependant le milieu a évolué, notamment par l’émergence des réseaux sociaux. Ces plateformes permettent aux poétes.ses d’accéder à d’autres formes d’audiences et ne les contraignent pas à passer par des circuits éditoriaux parfois difficiles à emprunter. Pour moi, ces plateformes restent quelque chose de relativement anecdotique par rapport au cœur de l’expérience poétique qui elle ne change guère. Je m’en tiendrai à la formule énoncée par Paul Valéry : « La poésie est un art particulier fondé sur le langage ». Personne ne peut contester cette formule, même si l'on ajoute à la poésie d’autres dimensions comme la musique ou l’image. Il ne faudrait pas que les inflexions contemporaines de la poésie conduisent à perdre de vue cette attention, cette réflexivité que l’on accorde à l’observation du langage humain. Je reste de ceux qui appartiennent à une vieille garde de poètes, ayant beaucoup lu les œuvres de ses aînés et dont l’astreinte dans le travail est fixée dans la bibliothèque."

Magali Nachtergael, pensez-vous également que la poésie est un art principalement fondé sur le langage ? "Les productions publiées sur les réseaux sociaux font appel à d’autres ressources, je note un intérêt pour les formes textuelles et poétiques accompagnées d’images, de sons ou de photographies. Le travail poétique n’a pas nécessairement besoin d’être exclusivement autour d’un texte, une approche esthétique est possible. Avec le temps, j’ai essayé de trouver des règles à la poésie. Qu'étaient ces formes hybrides que j’observais, si ce n’était pas de la poésie ? En définitive, je définis la poésie contemporaine comme une pratique créative de la littérature, dans toute la diversité de formes qu’elle comprend."

Jean-Michel Maulpoix, estimez-vous qu’augmenter le poème d’autres formes d’art comme la musique ou l'image présente un risque de diluer son essence ? "Tout à fait. Je pense que la poésie est d’autant plus forte qu’elle est concentrée sur son médium particulier, autrement dit le langage verbal. La transformer en spectacle ou performance l’éloigne de l’œuvre littéraire. Il faut choisir entre la recherche de la dimension de spectacle et l’objectif de diffusion et la dimension de travail et d’expérience poétique. Pour moi, la poésie suppose du silence, de la lecture, un apprentissage et une bibliothèque à laquelle s’adosser."

Rim Battal, pensez-vous que les thèmes abordés dans la poésie contemporaine évoluent ? "Oui, ces nouveaux thèmes sont initiés par des figures nouvelles de la poésie : des poètes et poétesses racisé.e.s, trans, militant.e.s… Des nouvelles problématiques très contemporaines comme la santé mentale ou les violences sexistes et sexuelles sont abordées, ce qui n’était pas le cas précédemment. Les réseaux sociaux ne représentent pas seulement des lieux de diffusion qui rendent la poésie plus accessible au public. Ils permettent l’expérimentation de nouvelles formes poétiques, par exemple grâce aux contraintes de signes, stimulantes pour la création."

Références

L'équipe

Quentin Lafay
Quentin Lafay
Quentin Lafay
Production
Aliette Hovine
Collaboration
Manon de La Selle
Collaboration
Lou Garnier
Collaboration
Rodolphe Dourouni
Collaboration
Jeanne Coppey
Collaboration
Félix Levacher
Réalisation