Deux jeunes filles prennent part à un entraînement à la "Castilla Leon Football School Women Federation" de Valladolid en Espagne. ©AFP - CESAR MANSO
Deux jeunes filles prennent part à un entraînement à la "Castilla Leon Football School Women Federation" de Valladolid en Espagne. ©AFP - CESAR MANSO
Deux jeunes filles prennent part à un entraînement à la "Castilla Leon Football School Women Federation" de Valladolid en Espagne. ©AFP - CESAR MANSO
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Résumé

Mercredi 27 juillet, l’équipe de France féminine affrontait l'Allemagne en demi-finales de l'Euro. Une première pour les Bleues, qui n'avaient jamais atteint ce stade dans une grande compétition. Cette réussite bénéficie-t-elle aux jeunes filles et joueuses du foot féminin amateur ?

avec :

Claude Delforge (Président du district du Val d’Oise 95), Marie-Christine Terroni (Élue à la Fédération française de football au sein de la Ligue du football amateur (LFA), présidente de la commission du football des jeunes et membre de la commission des compétitions féminines), Béatrice Barbusse (Seule femme à avoir présidé en France un club professionnel de handball, l’US Ivry Handball, maître de conférence en sociologie à l’Université Paris-Est Créteil. Co-responsable du plan de féminisation national au sein de la fédération de handball.), Candice Prévost (Internationale de football, Journaliste).

En savoir plus

Ces dernières années, les féminines ont largement gagné en visibilité et en popularité. Et elles font des émules : la FFF, qui a engagé un plan de féminisation du football dès 2012, “pour favoriser la place des femmes dans le football amateur et de haut niveau” se félicite d’avoir multiplié par deux le nombre de licenciées en 10 ans. Les 200 000 licenciées enregistrées cette année confirment l’engouement des femmes pour ce sport que la Fédération a pourtant réservé aux hommes jusque dans les années 70.

Mais cette progression, et la médiatisation de quelques (très rares) joueuses professionnelles ne sauraient cacher les écarts colossaux qui subsistent entre les garçons et les filles, que ce soit sur le plan du salaire bien sûr, mais aussi des infrastructures, de la formation, de la structuration des filières... Soit un ensemble d'éléments permettant aux filles de passer la porte des clubs et de pratiquer, de se former, d’évoluer dans de bonnes conditions.

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Le foot reste bien encore dans les imaginaires et dans la pratique un monopole masculin. Alors comment résorber ces écarts ? Les moyens engagés par la FFF en faveur du foot féminin sont-ils suffisants, au regard de ceux déployés pour les hommes ? Que peuvent mettre en place, à leur niveau, les districts et les clubs pour accueillir les filles au mieux ? Comment d’avantage structurer les filières féminines pour amener les talents au plus haut niveau ?

Pour évoquer ces questions, François Saltiel reçoit Candice Prévost, présidente de l’association Little Miss Soccer, présidente de la Fondation PSG, ex-joueuse du PSG et de l’équipe de France, Claude Delforge, président du district du Val d’Oise 95, Béatrice Barbusse sociologue du sport, enseignante-chercheuse à l'université de Créteil, autrice de l'ouvrage Du sexisme dans le sport, et Marie-Christine Terroni, élue à la Fédération française de football au sein de la Ligue du football amateur (LFA), présidente de la commission du football des jeunes et membre de la commission des compétitions féminines.

Candice Prévost, présidente de l’association Little Miss Soccer, présidente de la Fondation PSG commence par noter l'évolution positive du regard médiatique sur le football féminin. "L’évolution de la médiatisation est impressionnante. La coupe du monde 2019 a permis de grands changements, les médias ont repris les mêmes dispositifs que pour les hommes, en donnant des places de consultantes sur les différents plateaux aux anciennes joueuses : c'est un signe positif "

Pour Claude Delforge, président du district du Val d’Oise 95, la féminisation des représentations liées au football commence dès la cour de récréation. "L'initiative foot à l’école, permet de faire voir aux jeunes filles, par des tests en club dès le plus jeune âge que le foot n’est pas qu’un monde de garçons. Cependant, la féminisation ne doit pas être uniquement celle des plus jeunes mais aussi celle des encadrants. Concernant la professionnalisation, nous sommes actuellement en train de former 32 jeunes filles pour les amener à un brevet de moniteur de football. On leur propose donc un suivi personnalisé pour les amener à prendre des postes d’encadrement sur des équipes garçons ou filles."

Pour Béatrice Barbusse sociologue du sport, enseignante-chercheuse à l'université de Créteil, le manque d’audace politique des footballeuses françaises, par rapport à leurs collègues américaines, est lié à un fait culturel plus profond. "Premièrement, le soccer est là bas un sport féminin et non masculin. Aussi, la seconde différence est que des footballeuses américaines se battent de façon unis et déterminés portant un engagement féministe qui n’est pas présent chez les footballeuses françaises. On le sait, la culture de combat féministe est plus forte dans le monde anglo-saxon. Enfin cette retenue en public est d'autant plus forte que la fédération fait des efforts, comme l'organisation de la coupe du monde 2019. Lorsqu’il y a des choses qui sont faites, l'on se sent redevable et on peut s'enfermer parfois dans le remerciement." La sociologue propose également pour accélérer cette féminisation l'imposition de budgets genrés. "Il faudrait que le ministère des sports exige de la part des fédérations un budget genré. À partir de là, on pourrait objectiver et juger les politiques publiques, ce serait intéressant de voir ce qu’on dépense d’un côté et de l’autre. Est-ce que les campagnes menées par la fédération sont aussi importantes de part et d'autre ?"

Marie-Christine Terroni élue à la Fédération française de football au sein de la Ligue du football amateur (LFA), avance que l'égalité entre foot masculin et féminin se construira pas à pas et d'abord par la formation. "C’est la formation qui demain amènera la parité. Nous devons continuer à faire monter les clubs les structurer. Pour ce qui est du marketing, mettre beaucoup d’argent ne sert à rien si les équipes en face ne peuvent suivre, par exemple si il n'y a pas assez de spectateurs."

Références

L'équipe

Barthélémy Gaillard
Production déléguée
Roxane Poulain
Collaboration
Juliette Devaux
Collaboration