Emmanuel Macron, lors de la cérémonie en hommage aux victimes de la violente répression du 17 octobre 1961, au pied du Pont de Bezons, le samedi 16 octobre 2021
Emmanuel Macron, lors de la cérémonie en hommage aux victimes de la violente répression du 17 octobre 1961, au pied du Pont de Bezons, le samedi 16 octobre 2021 ©AFP - RAFAEL YAGHOBZADEH
Emmanuel Macron, lors de la cérémonie en hommage aux victimes de la violente répression du 17 octobre 1961, au pied du Pont de Bezons, le samedi 16 octobre 2021 ©AFP - RAFAEL YAGHOBZADEH
Emmanuel Macron, lors de la cérémonie en hommage aux victimes de la violente répression du 17 octobre 1961, au pied du Pont de Bezons, le samedi 16 octobre 2021 ©AFP - RAFAEL YAGHOBZADEH
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Lors du 60e anniversaire du 17 octobre 61, E. Macron a reconnu des "crimes inexcusables pour la République". Alors que la politique mémorielle française est très active, qu'une crise diplomatique est en cours avec l'Algérie et que la campagne présidentielle démarre, comment interpréter ce geste ?

Avec
  • Benjamin Stora Historien, auteur du rapport public "Les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d'Algérie" commandé en juillet 2020 par le président de la République
  • Jim House historien anglais, enseigne à l'université de Leeds, où il dirige le Centre d'études culturelles françaises et francophones
  • Sylvie Thénault Historienne, spécialiste de la colonisation en Algérie et de la guerre d’indépendance algérienne

Depuis le printemps et la publication du rapport commandé par le Président de la République à l’historien Benjamin Stora, Emmanuel Macron a posé plusieurs actes publics à propos de la mémoire de la guerre d’Algérie. 

Le dernier en date, samedi, consacré au soixantième anniversaire du massacre dans Paris de manifestants algériens a été considéré à droite et à l’extrême-droite  comme le signe d’une politique de repentance attentant à l’image de la France, tandis que les descendants de victimes, qui ont participé depuis trente ans à faire resurgir cet événement de l’oubli, ont été déçus que le Président de la République n’aille pas plus loin dans la condamnation et ne cite que le nom de Maurice Papon, alors préfet de police de Paris, comme responsable de ce massacre.

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Mais à qui s’adressait ce geste et ce communiqué d’Emmanuel Macron ? 

Pour ce débat, Emmanuel Laurentin reçoit les historiens Benjamin Stora, Jim House et Sylvie Thénault.

Extraits de l'émission

"Je trouve intéressant de relever l'absence de discours de la part d'Emmanuel Macron car c'est quelque chose qui n'est peut-être pas assez souligné. Il est vrai que dans les revendications mémorielles, il y a l'attente, qu'il y ait l'équivalent pour cette guerre et pour la colonisation du discours que Jacques Chirac a fait sur le Vél' d'Hiv. Est-ce qu'il y a un refus de faire un équivalent ? Parce qu'il existe une autre stratégie dans la politique mémorielle d'Emmanuel Macron, qui revient à prendre les personnes  groupe par groupe et de répondre aux revendications les unes après les autres. Pour moi, c'est ça qui pose problème car, suivant les groupes, le sens donné n'est pas le même. (...) Peut-être que l'absence de discours aussi revient à ne pas aller jusqu'à assumer un moment où les choses vont être théâtralisées, et où il y aura une parole forte qu'on pourrait comparer à celle de Chirac" Sylvie Thénault

"Je ne crois pas qu'un seul discours va réussir à calmer, à soigner, à réparer les mémoires blessées car le chantier mémoriel autour de l'Algérie est immense. Cela fait quarante-cinq ans que je travaille dessus, et j'ai moi-même cru longtemps qu'un seul discours d'excuse, de repentance suffirait à tout calmer. Maintenant, il y a une volonté de ma part d'avancer pas à pas, et je le revendique parce que je me suis aperçu au bout de quarante-cinq ans de travail que si l'on ne s'attelait pas à prendre les choses les unes après les autres, on ne ferait rien. Il est évident qu'en l'espace de quelques mois seulement, on a réalisé un nombre de gestes qui n'avaient jamais été réalisés pendant soixante ans ! (...) Pendant longtemps, il y avait une masse thèses, de savoir académique mais il ne se passait rien en politique. Moi, je me suis dit qu'il fallait commencer à faire des gestes" Benjamin Stora

"Je pense que situer le 17 octobre 1961 dans un cadre plus global de la question de la violence, des violences coloniales peut peut-être aider à résoudre une partie de ces tensions autour des violences en général. On sait bien que ces déclarations viennent en grand partie d'une pression exercée par  la société civile, et les progrès qui sont venus à travers le temps, d'abord avec les déclarations de François Hollande et puis, par la suite avec Emmanuel Macron, sont issus des décennies de militantisme  pour la reconnaissance d'une violence d'État" Jim House

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