Les progrès scientifiques justifient-ils les traitements et les manipulations ? Quelles sont les questions éthiques qui se posent ?
Les progrès scientifiques justifient-ils les traitements et les manipulations ? Quelles sont les questions éthiques qui se posent ?
Les progrès scientifiques justifient-ils les traitements et les manipulations ? Quelles sont les questions éthiques qui se posent ? ©Getty - Kulka
Les progrès scientifiques justifient-ils les traitements et les manipulations ? Quelles sont les questions éthiques qui se posent ? ©Getty - Kulka
Les progrès scientifiques justifient-ils les traitements et les manipulations ? Quelles sont les questions éthiques qui se posent ? ©Getty - Kulka
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Résumé

Le 24 février 1997, on annonçait la naissance de la brebis Dolly, premier mammifère cloné. Depuis, cette technique se développe aux États-Unis et en Chine alors que l’Europe réglemente son usage. Questions scientifiques et éthiques se bousculent quant à l’intérêt des manipulations génétiques.

avec :

Olivier Sandra (biologiste, spécialiste de la reproduction animale, directeur de recherche de l’unité biologie du développement et reproduction à l'INRA.), Corine Pelluchon (Philosophe, professeure à l'université Paris-Est Gustave Eiffel, spécialiste de philosophie politique et d'éthique normative et appliquée).

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Le 24 février 1997, le monde entier apprenait la naissance de la brebis Dolly, âgée de sept mois et gardée secrète jusqu’alors. Une brebis clonée qui suscita alors nombre de fantasmes laissant imaginer la possibilité de clones humains tels que la science-fiction l’avait cauchemardé.

Vingt-cinq ans plus tard, des clones d'animaux de compagnie existent en Chine mais de telles recherches sont interrompues en France. En revanche, d’autres manipulations génétiques peuvent exister dans le domaine de la recherche fondamentale ou de la thérapie génique. 

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L’annonce, le mois dernier, d’une xénogreffe de cœur de porc modifié sur un humain aux États-Unis a relancé un nouveau type de spéculation dans un contexte où le souci du bien-être animal a considérablement progressé. Ce type de traitement et de manipulation est-il justifié par l’idée de progrès scientifique ? Où commence la transgression éthique ? 

Pour ce débat, Emmanuel Laurentin reçoit Bertrand Bed'hom, vétérinaire, professeur au Muséum National d'Histoire Naturelle et membre du comité d'éthique de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), Corine Pelluchon, professeure de philosophie à l'Université Gustave Eiffel, spécialiste de philosophie politique et d'éthique, et Olivier Sandra, chef adjoint du département Phase (Physiologie animale et systèmes d’élevage) à l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (Inrae). 

Bertrand Bed'Hom met en lumière les problèmes que posent les modifications génétiques, et la nécessité de prendre davantage en compte le bien-être animal : "Est-ce qu’on doit le faire parce qu’on peut le faire ? Au sujet des questions importantes dans les nombreuses applications de la modification génétique, il y a deux problèmes : l’acceptabilité sociétale de ces modifications, et la valeur de ces modifications pour les consommateurs, la société, les animaux. On peut ne pas considérer de la même manière des modifications qui auraient un objectif très clair d’amélioration du bien-être animal dans un contexte d’élevage avec des modifications qui n’auraient qu’une considération économique pour les producteurs."

Corine Pelluchon expose la nécessité de repenser le rapport des humains à la Nature, en menant la recherche scientifique grâce à de nouveaux critères qui prennent davantage en compte les questions éthiques : "Il y a une attente de la société pour le bien-être animal qui est de plus en plus exigeante, et une volonté que les expérimentations aient un bénéfice pour la recherche. Or beaucoup d’expérimentations ne sont pas faites de manière assez aboutie, leur valeur ajoutée pour la connaissance est suspecte. D’autres règles doivent servir de critères. Plus généralement, pour des raisons morales, sommes-nous autorisés à faire ce que bon nous semble sur les animaux, dont personne ne doute aujourd’hui de la vie psychique, de la capacité à souffrir ? (...) Les sciences en elles-mêmes ne sont pas mauvaises, mais il faut prendre entre compte les êtres qui ont de la valeur, c’est l’éthique. (...) Alors même qu’on dit aujourd'hui qu’il faut se décentrer, que les humains repensent leur rapport à la Nature, là, on va beaucoup trop loin, c’est un vice que de considérer que les animaux ne sont que des simples objets, des réservoirs d’organes."

Olivier Sandra souligne l'intérêt des manipulations, réalisées uniquement quand aucune autre solution n'est envisageable, et la clarté des réglementations mises en œuvre aujourd'hui : _"_Il y a tout un travail réalisé sous la coupe d’une directive européenne de 2010, traduite en droit français en 2013, qui notifie que le premier impact de la recherche est de pouvoir recourir à l’utilisation de l’animal quand on ne peut pas faire autrement. Quand on fait de la recherche, on n’est jamais sûrs du résultat, on espère. Il y a un comité d’éthique en expérimentation animale qui évalue si la demande d’autorisation de projet est valide d’un point de vue éthique et il y a une validation par le Ministère de la recherche : les principes de base sont bien établis, la réglementation est très claire. On est dans un principe de réduction, voire de remplacement, qui n’a jamais été aussi fort que maintenant."

Bibliographie :

  • Corine Pelluchon, Les Lumières à l'âge du vivant, Seuil, 2021
  • Corine Pelluchon, Éthique de la considération, Seuil, 2018 (2d. éd. en poche, postface inédite, Points-Essais, 2021)
  • Corine Pelluchon, Manifeste animaliste : Politiser la cause animale, Alma éditeurs, 2017(2d. éd. en poche, postface inédite, Rivages, 2021)

En savoir plus : Clonage : 20 ans après Dolly, l'impasse ?

En savoir plus : De la sélection des embryons au clonage

Références

L'équipe

Emmanuel Laurentin
Emmanuel Laurentin
Rémi Baille
Collaboration
Fanny Richez
Collaboration
Thomas Jost
Réalisation
Chloë Cambreling
Production déléguée
Mathias Mégy
Collaboration
Juliette Mouëllic
Collaboration